Richard Clayderman de l’EPO ras les narines jouant au beau milieu d’une rave réservée à un collège d’happy fews : Aufgang, c’est du grand n'importe quoi joué à la perfection. A la fois horrible, beau et parfois effrayant. Avouez que ça n’arrive pas tous les jours.

Commençons n’importe comment. Ici les pianos ravelisent en rave et la batterie s’emmêle en syncopes tandis qu’un laptop éructe des bruits fou de fin de nuit chargées. Au point de finir par danser sur la tête, un index dans une narine et l’autre (index, pas la narine, on n’est pas là pour écrire au pif) pointé vers le public d’un dancefloor invisible qu’on salue avec panache avant d’aller faire sécher sa chemise au pressing le plus proche en récitant du Verlaine. Est-ce que vous voyez où je veux en venir ? Non ? Vite, des indices. Un steinway à réaction ; un escalier avec beaucoup trop de marches beaucoup trop raides ; une chorégraphie militaire exécutée par des robots avec des smileys à la place des yeux ; la pavane d’une infante pas vraiment défunte jouée à la triple croche devant un parterre de crevards sous kétamine cherchant l’after pour décompresser et arrêter de voir des araignées partout ; cinquante-cinq minutes à chercher la sortie du musée des (Fatal) error. Mais pas que.

Indice ennuyeux, ou la minute wiki : « Aufgang est un trio réunissant les pianistes Francesco Tristano et Rami Khalifé, et le batteur Aymeric Westrich, pour un projet unique entre musique classique et électronique. » A y est ? Tout l’monde ronfle ? Je reprends.

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Aufgang bang

Je n’ai absolument aucune idée de ce que signifie « Istiklaliya », second album de ces trois zigotos, où les morceaux s’appellent Abusement rigide, Diego Maradona ou encore Kirie. On s’en fout un peu, non ? En revanche, la rigidité folle et dévastatrice de Vertige vaut la peine de déblatérer du signe au kilomètre. Journalistiquement parlant, c’est l’illustration parfaite des choix esthétiques du label qui les a signés, In Finé : Aufgang pourrait jouer dans un auditorium… devant un public de punks à chiens à la recherche d’une enceinte où se fourrer la crête. Ils sont virtuoses, sonnent comme du Ravel joué par Richard Clayderman assis sur un métronome gonflé à l’hélium et donnent autant envie de citer Debussy que Simian Mobile Disco. Epidermiquement parlant, Vertige porte évidemment bien son nom. Ce qui, venant d’un groupe s’appelant « escalier », tient la route. Là où on fait moins les malins, c’est quand ils passent la démultiplié, transformant leur colimaçon en grand huit, refilant sueurs froides et vue imprenable sur ce qu’auraient pu pondre les Chemical Brothers s’ils avaient su se servir d’un piano. On sort de là plus lessivé qu’après une Gymnopédie en accéléré, la basket fiévreuse, le cheveu collé au front et les bras beaucoup trop en l’air ; avec au bout, le poing qui reste serré. Longtemps. Les dents, n’en parlons pas.

Debussy, Ravel, Satie… Pourquoi Clayderman, me direz-vous alors ?

Pour les passages, sinon un peu trop « piano au coin du feu » remixé dance, tout du moins borderline. Car si Vertige est cet équilibre parfait entre gammes folles et appel à l’hystérie collective sous la boule à facettes, la beauté hypnotisante des premières mesures d’Ellenroutir  laisse place, après un break de batterie trop cliché pour être honnête, à une immondice de Casio ; le genre de truc à finir en générique du reboot de Stade 2. Le tarif – début frisson et surprise, 1,2,3,4 sur la caisse claire, riff de synthé plus pompier tu entres à l’harmonie militaire, visage fier, le torse bombé, le cheveu au vent tandis qu’éclatent les obus au bar d’à côté – est très exactement le même pour Kyrie, où on se demande, encore un peu plus perplexe, s’ils n’ont pas baissé leur culotte courte. Sauf que. Sauf que plus loin, une folie attend les corps imprudents s’étant aventurés jusqu’à la fin du morceau. Dans ce pays de sueur où ton slip collera à ton slim. Aufgang ? Un groupe capable de te faire danser la gigue (Balkanik) en te faisant croire que non seulement c’est tendance, mais qu’en plus, Carl Craig aura envie de les remixer. On n’avait jamais entendu pareille partouze sonore, encore moins aussi bien organisée.

Autre raison de tomber de cheval, les pieds pourtant biens calés dans leurs drôles d’étriers en forme d’écouteur : la guimauve mid tempo African Geisha. Ici, pas d’emballement des BPM et même, un début – ce doit être une manie – prometteur, avant de sombrer du côté obscur de Sébastien Tellier. Bon. Pas au bout de leurs surprises, les oreilles prennent une frappe en pleine lucarne avec Diego Maradona, folie trépignante dessinée au steinway, idem avec le tabassage en règle de Stroke, joué sans aucun soupir sur la partition. Ayant affaire à des zigues ambitieux, on n’allait pas finir sur un truc mou du genou, vous vous en doutez. Ils mettent donc tout ce qu’ils ont sur Rachael’s Run, qui cumule à elle seule toutes les qualités et les horribles défauts du groupe : une virtuosité tantôt foudroyante, tantôt horripilante (imaginez Charlie Oleg découvrant la cocaïne), des ponts et des digressions à n’en plus finir, des instants de beauté saisissante et des passages staccato à se toucher le bout des seins en les prenant pour notre âme. Et puis c’est le silence. On croit que le disque est fini. Mais plus loin, le piano revient. Fier et droit. Hautain juste ce qu’il faut. Puis tout recommence et se soulève. Électronique et clavier dessinant la dernière vague. Terminons n’importe comment : leur cover de Smell Like Teen Spirit pour Le Mouv est très décevante.

Aufgang // Istiklaliya // In Finé
https://www.facebook.com/aufgang.music

4 commentaires

  1. J’ai eu du mal avec ce disque, coincé le cul entre deux chaises (virtuosité vs ambitions dancefloor) : difficile d’écouter ça chez moi. En live, c’est sans doute une autre affaire.

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