Souvent relégués au fond de top 10 d’artistes à suivre parrainés par des marques de téléphone, ils luttent contre 60 ans d’histoire pour se faire une place dans le cœur d’auditeurs qui croient avoir tout entendu. Eux, ce sont les musiciens d’aujourd’hui, anonymes et fauchés. Bref, voler ses héros est généralement mal vu. Sauf quand le casse est élégant. Le groupe Ballet a écouté Suicide, Spiritualized, le Velvet Underground et Primal Scream. Puis ces Américains ont décidé de tout garder.
Il existe deux catégories de musiciens. Ceux qui passent leur vie à expliquer pourquoi ils ne ressemblent à personne. Et ceux qui débarquent avec un pied-de-biche, fracturent la discographie de leurs groupes préférés et repartent avec le coffre-fort sur l’épaule. Ballet appartient clairement à la seconde catégorie. Chez eux, les influences ne sont pas dissimulées mais plutôt stockées à l’arrière d’une vieille bagnole garée devant la maison avec le moteur qui tourne.
Le procureur jubile déjà. Les empreintes d’Alan Vega sont partout. Des traces de sang de Jason Pierce et Peter Kember traînent sur les murs. Lou Reed fume dans un coin de la pièce l’air dubitatif. Et les pièces à conviction s’accumulent. Hollywood Mythology ressemble à un morceau de Suicide oublié dans un tiroir pendant cinquante ans puis retrouvé par accident dans une veste en cuir. Strange Girl, c’est du Velvet tout craché (Lou Reed apparaît-il dans les crédits ?). The Ballet est un ping-pong entre Alan Vega et Sonic Boom. Quant à New Ecstasy, l’influence de l’album « XTRMNTR » est aussi flagrante qu’un sample de Kraftwerk chez un producteur de techno berlinois. C’est une évidence : Ballet emprunte beaucoup. Peut-être trop. Mais condamner un groupe après sept morceaux reviendrait à juger un marathonien après 500 mètres.
Jouer la carte mystère
Dans une époque où un groupe poste dix stories avant d’avoir écrit une chanson, Ballet fait exactement l’inverse : il mise sur le minimalisme. Très peu d’infos sont dispos. On sait qu’il s’agit du projet d’un artiste américain, Zachary Arthur Taylor, connu sous le nom de Dreamer Boy, qui a sorti trois disques entre 2018 et 2024. Mais à part ça, nada. Bilan des courses ? Zéro interview. Sept morceaux. Quatre clips. À peine quelques photos en noir et blanc. Putain, on sait plus de choses sur le régime alimentaire des membres d’Imagine Dragons que sur ces quatre Américains.
Ce qui sauve Ballet du simple exercice de style, c’est qu’on sent derrière ces chansons autre chose qu’un groupe de collectionneurs capable d’aligner ses références préférées. Là où beaucoup de formations néo-post-punk recyclent leurs influences comme des étudiants en école d’art trop scolaires, Ballet cherche déjà à produire un effet. Une tension. Une ivresse lente. Quelque chose qui flotte entre la transe de Suicide, le romantisme déglingué de Spiritualized et les lendemains chimiques de Bobby Gillespie.
Pour l’instant, le groupe marche encore dans les traces de ses héros. La réalité, c’est que tout le monde peut copier Suicide et Primal Scream. Mais très peu peuvent survivre après l’avoir fait. Le premier album dira si Ballet est une révélation ou la meilleure contrefaçon de l’année.