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Trisomie 21 vous souhaite une bonne année

Ils sont Français, portent un nom de groupe bizarre et font de la new wave aventureuse dans leur coin depuis 1979. Qui sont les Trisomie 21? Après une pause de sept ans et la sortie d’un nouvel album - «Elegance Never Dies» - qui marque leur grand retour : rencontre avec les Joy Division de la région de Valenciennes.

Quand je rencontre Hervé et Philippe – les deux frères Lomprez, membres fondateurs de Trisomie 21 – ils me font remarquer que quelque chose se passe en ce moment pour eux. Quoi donc? On dirait bien qu’il y a de la réhabilitation dans l’air pour le groupe : ils sont programmés dans des festivals électroniques, ont un public de plus en plus jeune aux premiers rangs et ces mêmes concerts affichent partout complet. Cerise sur le gâteau : la prestigieuse maison de disques américaine Dark Entries les a contacté pour une réédition de leurs premiers albums proto cold wave.

Après tout, comme dans toutes les belles histoires de losers magnifiques, ce n’est que justice. Loin de sonner comme une simple version franchouille de Depeche Mode, T21 a toujours été du côté obscur de la force dès la fin des années 70. Des pochettes déprimantes, des titres de chansons – La Fête Triste – en passant par le nom du groupe lui-même : tout cela a amené Trisomie 21, groupe novateur et avant-gardiste, loin des radios, des Inrockuptibles ou des compilations « New Wave pour l’apéro » de Spotify. Ce qui a plongé le groupe dans une certaine confidentialité et engendré le culte d’une scène gothique. Mais ils ne sont pas là pour pleurer : après tout, ils l’ont bien voulu. Ils n’ont jamais été attirés par la facilité, et leur discographie le prouve. Un disque comme « Chapter IV» de 1986 est traversé par de la beauté et du désespoir sur une production électronique qui ne ressemble à rien de connu. Trisomie 21 sont, avec le groupe Kas Product, les dignes héritiers la new wave français du nord de la France. Une région ravagée par le froid, l’alcool et le chômage de masse dû au démantèlement des usines d’acier. Murs de briques rouges, froid polaire, province ignorée de la capitale, expérimentation et fureur punk en 1980 : Trisomie 21 et Joy Divison, même combat? Pour leur grand retour, la cinquantaine entamée, ils nous délivrent un nouvel album toujours rageur et rêveur. Rendez-vous pris dans un hôtel parisien très classe – et pas très punk – pour en parler.

(C) Gerard Love

(C) Gerard Love

Votre nouvel album possède une couleur assez rock dans l’ensemble. Il y a des titres beaucoup plus mentaux, comme baignés dans un liquide amniotique. La vision globale du disque, elle est venue comment? Je tiens à vous préciser que c’est une question merdique, j’en ai conscience, mais c’est pour briser la glace…

Philippe : Ah ah ! Non, elle n’est pas merdique ta question. Disons que pour le processus de la réalisation d’un album, nous on a besoin de trouver une veine. Concernant ce disque, la veine est venue vite mais nous n’en avons pas pris conscience avec la même rapidité. C’est comme un puzzle, tu sais, tout s’est imbriqué naturellement. Au début, il y avait deux ou trois titres qui fonctionnaient bien et on s’est dit qu’à ce moment-là on avait quelque chose. Ensuite, on a apporté d’autres idées, et là on s’est rendu compte que l’on tenait un nouvel album. On a toujours besoin d’un concept, on ne cherche pas à faire un tube. Non : il faut que les morceaux se répondent. Et je trouve que sur ce point, cet album est réussi. Bon, on est toujours contents de nos albums, sinon on ne les ferait pas, mais celui-là, on y est attaché.

Hervé : Avec ce disque, on a réussi à insuffler du vieux, c’est-à-dire la suite Is Anybody Home qui était déjà sur notre deuxième album en 1984. Et puis on a réussi à faire comme cela nous arrive souvent : casser l’album avec un morceau qui n’a rien à voir comme Thunder Now, qui, lui, est beaucoup plus électronique. Donc il y a toujours cette cohérence globale tout en restant dans la continuité de Trisomie 21.

Pour votre grand retour, les concerts ont été annoncés sold out longtemps à l’avance, c’est super, non ?

Hervé : Oui, c’est clairement étonnant, surtout que l’album n’était pas sorti. On a rien fait là-dessus, il n’y a pas de com’. C’est étonnant…

Comment ça, c’est étonnant ?

Philippe : Eh bien, je pense que quelque chose se passe en ce moment. On s’en est rendu compte dernièrement à Saint Etienne pour le festival électronique Positive Education. Ils nous invitent parce qu’ils se disent : « il y a eu un début dans l’électro, et T21 fait partie de ces débuts« . On a servi de source d’inspiration pour les Djs, des artistes comme The Hacker nous l’avait dit. Donc, le festival nous fait venir mais ils nous demandent: « vous avez un certain âge, et là c’est un public jeune : comment cela va se passer concrètement ? » C’était un public, en plus, qui connaissait quelques titres mais qui n’était pas notre fanbase. Au final ça s’est super bien passé car le public à compris. Et ça, c’est quand même nouveau. Le responsable du festival, en me raccompagnant à 4h du matin, me dit: « quand j’ai assisté à votre concert, après avoir vu les sets des autres DJs, j’ai compris et j’ai vécu le lien ». Les jeunes ont adhéré, il y a eu beaucoup d’énergie : on s’est pris une claque pour notre retour, c’est clairement nouveau comme réaction. D’habitude on est étiqueté Cold Wave avec un public cold : une culture où les gens sont froids et te tournent le dos. Là, à ce festival, c’était l’inverse. Jamais je n’aurais pensé voir ça un jour.

« Nous sommes des gens normaux, c’est juste notre musique qui est anormale. »

Et quand vous dites, c’est nouveau : vous avez pris conscience qu’il se passait quelque chose avec Trisomie 21 en ce moment ou bien un peu avant ?

Philippe : Non, en ce moment.

Hervé : Tu sais, il y a un mois et demi, j’étais à Paris du côté de Pigalle avec le guitariste : on m’a demandé des autographes dans la rue. Ouais, ça fait bizarre…

Philippe : Oui maintenant, les gens nous reconnaissent. A Strasbourg, c’est pareil. Alors qu’on n’est pas un groupe qui se met en avant. On n’a jamais été dans le trip rock star, nous sommes des gens normaux, c’est juste notre musique qui est anormale, dans le sens où elle refuse d’être coincée dans les normes.

Une certaine reconnaissance, avec ce nouveau public, cela fait vraiment plaisir ?

Philippe : Oui, voir des gens plus nombreux un peu partout, des nouvelles têtes, et qui comprennent ce que l’on fait : c’est super gratifiant, cela veut dire aussi qu’on n’a pas travaillé pour rien. Notre musique est froide, nous-même on a un peu ce côté autiste : mais on se force tout le temps à aller vers le public. Il y a des gens qui nous suivent depuis trente ans, à force on se connait.

Cela ne vous a pas échappé qu’il y a un gros trip retromania qui court depuis des années à propos des années 80. Parfois même par des artistes qui ne les ont jamais connus. Des artistes comme Gary Numan, par exemple, ne veulent pas entendre parler du passé : il a remis ses vieux synthés analogiques au placard. Et pour vous ?

Hervé : Au niveau instruments, par exemple, j’utilise de moins en moins les vieilles machines. Par contre je fais ce qui me plait, pas seulement de la musique électronique. Et puis, il y a des artistes qui vont faire de l’électronique bien mieux que moi. Il y a beaucoup d’évolution au niveau du matériel en l’espace de cinq ou six ans. C’est curieux car j’ai aussi ressorti des vieilles machines tout en pensant que j’en avais des bons souvenirs: et puis je me rends compte qu’en version plug (logiciel d’instrument virtuel. Nda), elles sonnent meilleur. Dans cet album il y a très peu de clavier, c’est surtout des guitares jouées avec du Ebow (instrument qui fait vibrer les cordes comme sur Heroes de Bowie. Nda) qui est passé à travers des effets. Autant à une époque j’achetais des machines analogiques, mais maintenant je n’en éprouve pas l’envie ni le besoin. J’ai besoin de quelque chose de plus humain.

Philippe : Ce nouveau disque ce n’est pas juste un Best Of comme un prétexte à une nouvelle tournée. On n’est pas là pour rejouer les années 80. On n’est pas un groupe nostalgique, revenir en arrière c’est chiant. On ne fantasme pas cette époque des 80’s : si tout était vraiment super à l’époque, on n’aurait pas pris Trisomie 21 comme nom de groupe. Il y avait un malaise dans cette décennie.

Cela vous fait quelle impression de voir tous ces jeunes artistes ou moins jeunes, qui se rachètent de l’analogique, du vintage pour sonner comme entre 1979 et 1982 ?

Hervé : Il y a de très bonnes choses-là dedans, mais je n’ai pas envie de faire ça car je l’ai déjà fait à l’époque. Si on refait un album comme « Chapter IV », le public va se dire qu’on n’a pas réussi à évoluer. Pour des jeunes qui découvrent, les machines sont peut-être plus simples que les logiciels.

« Notre volonté c’était d’enregistrer du bruit.« 

Vous aviez cette volonté de faire table rase du passé, d’allers vers autre chose.

Philippe : L’inconvénient à utiliser des vielles bécanes aujourd’hui, c’est que c’est souvent pour sonner comme ce qui se faisait avant. De notre point de vue, c’est chiant – même si les gens font ce qu’ils veulent. Sinon rien ne bouge. Si dans les années 80 on avait continué de faire ce qui se faisait dans les années 70, la nouveauté elle serait venue quand, en fait ? Ces sonorités-là, à l’époque, elles se sont mises en place pour briser la chaine. Ce n’était plus guitare-basse-batterie et les grosses nappes d’orgue Hammond. Nous, notre volonté c’était d’enregistrer du bruit. Le côté industriel vient aussi de là. Que cela soit le bruit du marteau piqueur qui devient une rythmique, ou encore les expérimentations avec des chambres d’échos. Si on découvre à nouveau les années 80, c’est comme si on découvrait le feu à chaque fois.

Hervé: Par contre, on est conscient que nos morceaux de l’époque, ils sonnent nettement mieux dans leur époque. Quand on joue nos vieux morceaux, on ne les joue pas sur du matériel actuel : les gens ne veulent pas. Si on joue notre morceau La Fête Triste avec un clavier propre : ça ne le fait pas et cela n’a pas d’intérêt. On garde ces sons pour les vieux morceaux, c’est normal : après on passe à autre chose. A côté de cela, pour ceux qui veulent, on va ressortir un coffret avec des anciens disques – dont l’album « Chapter IV » en version d’origine.

 

Ce n’est pas une interview pour Audiofanzine, mais quand vous avez commencé, surtout comme vous qui n’êtes pas d’un milieu bourgeois, dans le nord de la France : comment on met la main sur du matériel pour commencer en 1979 ?

Hervé : Nous, on n’avait carrément rien. Philippe il a commencé à jouer de la batterie sur des barils de lessives et des plaques de métal. De mon côté, j’avais acheté une guitare sèche. Mais le problème c’est que lui il faisait trop de bruit avec ses bidons. Donc je n’avais pas le choix, je me suis trouvé une guitare électrique à quinze euros. Ensuite, je n’avais pas d’ampli : bah j’ai pris l’ampli hifi du salon de mon père, je l’ai mis à fond et ça a fait un bruit bizarre. L’ampli a tenu quinze jours ! On n’a jamais eu beaucoup de moyens. Un clavier devait valoir quinze mille francs à l’époque.

Philippe : Le côté débrouille c’est typiquement les années 80. On possédait un vieux magnéto à bande Grundig, avec une chambre d’écho intégré et on jouait avec. On avait du matériel tellement peu sophistiqué que c’était d’une fiabilité proche du zéro.

Hervé : Avec le recul, on a eu beaucoup de courage. Quand je vois les jeunes qui se plaignent actuellement en ouvrant leur Macbook : « Putain, j’ai zéro milli seconde de temps de latence sur ma carte son », ça nous fait rire. Notre boite à rythmes bougeait tout le temps, se décalait toute seule. Par exemple, le premier clavier que j’avais, il ne tenait pas l’accord plus de deux minutes. Du coup on mettait une bouillotte dessus. Les sons se déréglaient constamment. Quand on se pointait pour continuer notre morceau de la veille, ce n’était pas pareil. On n’avait ni presets, ni mémoire : rien du tout. C’était très compliqué.

Mais vous avez trouvé votre propre son.

Philippe : L’idée un peu folle, au début, c’était de ne surtout pas faire de reprises. Tous les copains autour de nous, ils reprenaient Les Portes Du Pénitencier à la guitare, ces conneries là… Nous on voulait créer nos propres morceaux avec une batterie et une guitare. Bien sûr, ce sera nul car on ne sait pas jouer, mais ce sera notre morceau. Cela a permis de nous développer indépendamment : plutôt que de chercher des idées chez les autres on a essayé de les trouver en nous, de creuser. Et c’est cela qui a créé notre identité musicale. Je te dis ça maintenant, mais bien sûr, on n’en avait pas conscience à l’époque. Nous on n’écoute pas de musique, on se fout de ce que font les autres. On va faire notre propre truc. Cela peut paraitre prétentieux, mais on a fait notre carrière comme ça.

Vous n’écoutiez pas d’autres groupes, vraiment ? 

Philippe : Oui il y en a, bien sûr. Quand on a demandé à Tuxedomoon de jouer sur un morceau, par exemple, c’est parce qu’on aime ce groupe. On n’est pas sourd, on entend des choses. Kraftwerk, ils sont nés en 71 ou 72, donc fatalement on a entendu Autobahn sur la radio libre anglaise. Donc, on entend, mais on ne s’est pas dit : on va faire du Kraftwerk. Notre premier concert, on se fait défoncer par un journaliste qui nous dit: « bah la guitare c’est les Cure, la voix c’est Ian Curtis, la batterie cela pourrait être du Killing Joke ». Il étale toute sa connaissance de musique moderne. A l’époque tous ces groupes sortaient leur premier disque. Mais nous, à l’époque, on était comme des cons car on ne connaissait aucun de ces groupes. Pas même de nom. Du coup, on a commandé ces disques – souvent en import difficile à trouver – on les a écouté : et puis on a tout mis dans une malle pour les écouter deux ou trois ans plus tard. On n’avait pas compris ce qu’on avait à voir avec ces groupes. Il n’y a pas de courant New Wave ou Cold Wave: ce sont juste des gens qui se mettent dans un coin pour faire des trucs. Après effectivement, il y a des points communs, mais on a toujours été allergiques aux influences.

Vous avez eu une adolescence punk ou bien ce mouvement vous est passé au-dessus ?

Hervé : Non je n’ai jamais été punk. C’est curieux car beaucoup de gens disent que T21 était un groupe punk mais on n’a jamais compris pourquoi.

Philippe: Moi, j’ai croisé Steve Jones et Paul Cook des Sex Pistols à Londres en 1976. J’avais 16 ans: ils étaient suivis par une armée de groupies. C’est seulement après avoir vu leurs têtes dans un magazine que j’ai compris qui ils étaient. On a forcément dû entendre « Nevermind The Bollocks » à l’époque – peut-être même que je l’ai acheté. J’avais trouvé génial d’avoir cette liberté et cette réactivité épidermique. Comme nous venons, géographiquement, de cette zone de chaos absolu sur le plan social et culturel, cela nous a parlé. Tu sais, notre région, après les fermetures d’usines métallurgiques, s’est retrouvé laminés, complètement broyés. On était à l’école dans des quartiers très défavorisés : nos potes étaient des ouvriers. Tout cela nous sautait à la gueule : c’était toute la ville qui mourrait. Ce n’est même pas une question de mort – car la mort dure un bref instant. Non, là c’est une question d’existence broyée sur le long court, comme passé à la moulinette. On en garde une colère contre l’inhumanité du système.

« Quand on porte un nom comme Trisomie 21 ça emmerde le monde : tu ne passes pas en radio et la presse prends des pincettes en se bouchant le nez. »

Aujourd’hui vous avez acquis une certaine reconnaissance de la part du public. Mais au début, avez-vous eu le sentiment d’avoir été aidé ou soutenu par une certaine presse ?

Hervé: Non.

Philippe : C’est plutôt l’inverse ! Quand on porte un nom comme Trisomie 21 ça emmerde le monde : tu ne passes pas en radio et la presse prends des pincettes en se bouchant le nez. Et c’est pire maintenant. D’ailleurs dans les notes de pochette de l’album «Chapter IV», on avait écrit : « Nous ne remercions personne ». Moi, à titre personnel, j’avais un peu une dent contre la presse des années 80 en France. On nous considérait comme des Belges, d’ailleurs. En France ça ne bougeait pas pour nous parce que pour faire du rock, il fallait être anglais.

Comment vous avez vécu cette scène très parisienne avec des groupes comme Marie Et Les Garçons, le Paris-Palace, la new wave paillette ? Les jeunes gens modernes, vous n’y étiez pas, vous ?

Philippe : Non car nous n’étions même pas considérés comme français, c’est pour te dire… On était à une heure de Bruxelles. Alors tout ce côté Paris, Palace… on s’en foutait. Après, vu le choix de notre nom, dès le départ cela montrait une volonté de ne pas se faire attirer par les paillettes. Un nom pareil, c’est un garde-fou du tonnerre ah ah ! Pour faire de l’argent, ce nom marche moyen, mais cela nous a permis de rester libre.

Trisomie 21 // Elegance Never Dies // Chromo Music Production
http://www.trisomie21.tv/

Le groupe sera en concert le 9 juin à la Maroquinerie avec Delacave (Gonzaï Night) et vous pouvez réserver votre place ici
A noter aussi : la réédition des quatre premiers albums chez Dark Entries.

3 Comments

  1. public image ltd.

    13 janvier 2018 at 11 h 18 min

    Kas toi, product inc!

  2. boutentrain

    15 janvier 2018 at 16 h 03 min

    tu tacle ou tu butte l’autre

  3. BillY BraccO est UN SalauD

    15 janvier 2018 at 21 h 27 min

    Baaary ne cranne pas!

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