Qu’est ce qui relie le jeune Maxime Le Forestier, un vieux film érotique allemand, une ballade de jazz et Sonic Youth ? Le dernier album de Zëro. Papier garanti sans aucun jeu de mots sur le nom du groupe et dieu sait s’il a fallu se retenir.

Zëro est sur le papier un groupe de post-rock qui sort ses disques sur le label Ici d’ailleurs. Par « post rock », il faut entendre « ce que vous allez écouter ne correspondra probablement pas à ce que vous attendez ». Par « Ici d’ailleurs », il faut entendre à peu près la même chose, le label étant passé maître dans l’art de surprendre ses auditeurs. Savoir que le groupe accompagne ces temps-ci Virginie Despentes dans certaines de ses lectures permet à la rigueur de commencer à se faire une idée. Mais quand on écoute leur titre San Francisco et qu’on a l’impression d’avoir allumé Fréquence Jazz, on a quand même la vague impression que quelqu’un se fout de notre gueule.

Trois, deux, un.

Pour comprendre un peu mieux d’où vient Zëro, il faut se replonger dans la scène noise et post-rock des années 1990. À l’époque, Eric Aldéa (guitare et chant) et Franck Laurino (batterie) font partie de Deity Guns (89-93), puis de Bästard (92-97), deux groupes avec lesquels ils défendront bec et ongles un rock bruitiste et expérimental, avec Sonic Youth comme grande inspiration. Plusieurs albums au compteur, une myriade de concerts… Les années passent et dans les manifs, les slogans « Balladur, ordure » laissent la place aux « Juppé, enculé », la K7 audio devient obsolète et sans qu’on s’en rende compte les nineties sont déjà derrière. J’essaie de la faire courte.

Début 2000, les deux Lyonnais poursuivent leurs expérimentations : Franck avec Spade and Archer, Eric pour des créations de danse contemporaine et dans Narcophony, projet plus apaisé, qu’il fonde avec Ivan Chiossone (clavier et guitare). Tout ce beau monde se réunit en 2006 sous le nom de Zëro. Dix ans plus tard, ils sortent leur cinquième album : ‘San Francisco’.

Tout est dans le contraste.

Rien de plus rasoir que les disques sans relief où tous les morceaux dégagent la même énergie. Zëro, c’est un peu le cas inverse. Reste à savoir si les mecs sont des génies ou s’ils n’en ont tout simplement rien à foutre. Quoique les deux sont probablement un peu liés. Le disque alterne ainsi des passages d’une noirceur profonde, digne d’un Trent Reznor à qui on aurait annoncé une maladie incurable et des instants de grâce, lumineux, où le temps se suspend. Des moments de violence sonore rugueux, entrecoupés de titres doux comme de l’astrakan.

De la légèreté aussi, à l’image du riff de guitare accrocheur et de la batterie sautillante de Ich…ein groupie, le faux single de l’album, qui a le droit à son clip. Ambiance pop désabusée sur des images d’une blonde platine se trémoussant devant un groupe de rockeurs moustachus qu’on pourrait croire tout droit sortis d’un film érotique allemand des années 1970. En fait, c’est le cas. Je suis une groupie est vraiment un soft porn teuton sorti avant l’invention de la VHS. Clin d’œil ironique, private joke ou souvenir ému de dimanches soirs adolescents à attendre la fin de Culture Pub sur la six pour voir quelques bouts de fesses non cryptés… on ne saura pas.

Un album très riche donc, fourmillant d’idées, de paysages sonores et de bons morceaux, tout simplement. Les trente-cinq minutes de voyage s’achèvent sur cette ballade jazzy qui donne son titre à l’album, San Francisco, sorte de générique de fin du disque, ou alors d’un étrange feuilleton policier anglais. On imagine les noms défiler, on reprend notre respiration, on rallume la lumière et on s’en retourne à la vie réelle.

 Zëro // San Francisco // Ici d’Ailleurs
http://zeromusik.bandcamp.com

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