« Si j’avais vraiment voulu être une star, je me serais peut-être créer un personnage ». Ça, c’est Yan Wagner, 38 ans, quand on lui demande pourquoi il ne remplit pas encore les stades de France alors que ses chansons sont au niveau de celui qui l’a lancé, Etienne Daho. Qu’importe : toujours chic et choc, celui passé par à peu près toutes les couleurs du spectre musical assoit sa vision de la musique pop avec « Couleur chaos », un troisième album clairement à part dans le panorama monochrome de la chanson dite française.

Commençons par un souvenir personnel : mai 2012, un jeune mec blanc comme un linge monte sur la scène de la Maroquinerie, pour une soirée Gonzaï, où deux Canadiens éclopés et écrasés par la postérité (Chevalier Avant Garde) tiennent le rêle des headliners. Yan Wagner, lui, fait ses débuts avec « Forty Eight Hours », un premier album quelque part entre Daho et Depeche Mode – même s’il avouera plus tard avoir découvert les garçons coiffeurs à force que les médias lui mettent la comparaison sous les yeux. C’est beau, mais il y a 50 personnes dans le salle, un peu plus peut-être, dans tous les cas, pas assez pour le talent naissant du bonhomme.

Dix ans plus tard, la voix du jeune homme a pris du grain, le songwriting, de l’épaisseur. Passé par un deuxième album de crooner électronique absolument formidable (« This never happened« ), Wagner a cru bon de passer au français pour son troisième album, « Couleur chaos », avec assez de courage et de confiance en lui pour éviter le ridicule qui touche 90% de celles et ceux qui passent du sous-titre à la version originale. Et difficile après l’écoute de placer encore de vieilles références à de vieux chanteurs; ici Yan Wagner saisit l’opportunité de ses origines (un père peintre californien et une mère orthophoniste) pour fusionner toutes ses obsessions, du modern-funk à la langue française sur 11 titres qui d’abord perturbent, titillent et poussent l’auditeur à dépasser le sempiternel « j’aime/j’aime pas ». Ce dont il est question ici, c’est de tomber dans le piège, celui tendu par un garçon à mi-chemin entre l’artiste reconnu et la star, mais sans jamais avoir tranché sur la question. Au centre, de parfaites petites vignettes dansantes sans profondeur, puisque tout se joue en surface, sans arrière-pensée. « Couleur Chaos » est un disque léger qui aurait pu sortir avant l’été, et qui renoue avec le meilleur des années 80, dans l’idée qu’on se fait d’une époque où le jour d’après était encore un espoir.

Même si le titre évoque le dernier album de Christophe (« Les vestiges du chaos »), celui de Wagner a plus la couleur des serviettes de bain et de l’huile qui glisse. Et l’esthète de prouver qu’il existe un chemin pour ceux refusant autant la compromission que le poids de l’artiste maudit. Pour le weekend à Rome, Yan Wagner peut attendre encore un peu.

Yan Wagner // Couleur Chaos // Yotanka
https://yanwagner.bandcamp.com/

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