Graham Coxon, Eric Clapton et Marcel Dadi sont sur un bateau mais la country tombe à l’eau, qui est-ce qui reste ? Découvrez-le vite sur 3615 BANJO (appel non surtaxé). Et si vous êtes trop moderne pour encore posséder un minitel, lisez le papier qui suit pour comprendre comment un rescapé de Lambchop et Silver Jews a réussi à encapsuler un bout de l’Amérique dans son troisième album en trompe-l’œil.

« Perspectives et enjeux de la country à l’épreuve de la modernité. » C’est le premier slide à transition dynamique qui pourrait résumer l’introduction Powerpoint à ‘Modern Country’, troisième album de William Tyler, 36 ans au compteur et une carrière déjà riche de plusieurs collaborations. Vue de ce côté de l’Atlantique, c’est un peu comme si tout était à refaire, tant sa contribution aux deux groupes précités se révéla modeste. Gentiment éconduit du projet Lambchop après qu’on lui a fait comprendre qu’il n’était précisément pas un excellent organiste, l’Américain décida de creuser sa propre tombe avec une carrière en solo qui, à l’écoute de ‘Modern Country’, ressemble plutôt à une résurrection.

L’article ici en pièce jointe devait au départ être une ode à la country contemporaine, délestée de tous ses poncifs ; et j’avais prévu de vous parler de l’utilisation quasi outrancière des nappes de claviers qui font des morceaux comme Highway Anxiety un écho lointain au Springsteen de Streets of Philadelphia, davantage qu’aux roucoulades de Waylon Jennings. Ça, c’était avant d’écouter le reste d’un album instrumental qui, en plus de nous épargner l’habituelle analyse de texte façon Langues Étrangères Appliquées dès qu’il s’agit de parler d’un sous disciple de Dylan, part un peu dans toutes les directions hormis… la country.

Celle de Tyler est évidemment américaine ; ce sont certes les grands espaces en trame de fond, mais pas d’histoires pénibles à l’horizon. Drapeau des Républicains à franges rangé au fond de la boite, ce sont les USA atemporels qui se jouent ici sur fond de guitares en cascade et ‘Modern Country’, dont on aura compris à ce stade que le nom est un double sens, est surtout un herbier à références folk où se croiseront le négatif de Paul McCartney né dans le Kentucky (I’m Gonna Live Forever), Jimmy Page période Kashmir (Gone Clear), les cavalcades du cowboy contemporain Chris Forsyth et l’ombre indienne de Richard Buckner, autre pied nickelé signé chez Merge Records. Tout ce beau monde semble réuni en tailleur autour du feu de camping et ‘Modern Country’, à force d’écoutes, de plus ressembler au fantasme d’une Amérique qui aurait définitivement réglé sa crise identitaire qu’à un énième pastiche de country conservatrice à peine bonne à égayer un discours de Donald Trump. À la fin du morceau de clôture, The Great Unwind, on entend des oiseaux gazouiller sur fond de synthétiseurs ; on ne sait pas trop qui les entendra sur l’autoroute à six cordes illustrée sur la pochette et, en fait, on s’en fout. Très bon album.

William Tyler // Modern Country // Merge Records
http://www.williamtyler.net/

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