Suer avec classe dans un smoking loué pour l’occasion, dévorer la coupe de champagne qui devait servir de bouclier et qui n’est qu’un Graal à ciguë, se laisser pousser la moustache dans la nuit, écouter les étoiles mourir en 87 BPM, prier le bouton replay comme un dieu tout-puissant. WhoMadeWho : compter en dansant les barreaux de la cage circulaire. Cercle vicieux, vraiment ?

Intro farceuse. Après Pantera et son Five Minute Alone, après le onzième album d’AC/DC et son titre existentiel Who Made Who, le trio danois à moustache Who Made Who claque LE tube de 2011, Every Minute Alone. Dark, cold, mélodieux, catchy et so début de XXI siècle. Tandis que les métalleux fuiront à mobylette cet hymne dance, leurs longs cheveux happés par un vent très scandinave, les clubbers prendront par la main les rockers perdus tournant depuis quinze ans autour d’un sampler sans vraiment savoir qu’en penser, pour s’en aller faire des trous dans le dancefloor afin d’y enterrer leurs derniers états d’âme, qu’ils ont pourtant nombreux. Un marteau-piqueur peint en rose fera l’affaire. Tout autour la foule, incrédule, camée jusqu’aux yeux et seulement vêtue d’une cagoule en latex, hochera en cadence de la tête, le pouce en l’air (like©), donnant à cette cérémonie d’inédits airs de transe SM (Super Mélancolie) pour jeunes gens jamais si à l’aise que lorsqu’il s’agit d’enfouir au plus profond le moindre sentiment menaçant d’éjaculer une purée de larmes. Après ça, va coller une étiquette sur la musique.

Intro « payons-nous Radiohead ». Tandis que Thom Yorke cherche encore comment enfiler son chapeau melon, le corps tout contorsionné de hoquets d’enfant gégènisé pour savoir où il a planqué ses Kinder, un chauve, un moustachu et un mec sachant comment mettre un chapeau sortent un EP à 9 titres sonnant le glas des ambitions du gang d’Oxford. Dit autrement, Who Made Who continue de fouiller là où Radiohead en est encore à réparer son GPS au fer à souder (n’est-ce pas, Johnny Greenwood ?), dans l’espoir d’en tirer des sons qui aideront leurs auditeurs à refréner le bâillement leur bavant aux oreilles. Le tout sans faire danser n’importe comment. Du grand (éc)art.

Intro « ouais mais tu vouaaaas ». « Ouais mais tu vouaaaaaas, quouahhhh, c’est trop pas booty ton truc, mouaaa c’que j’aimeuuuh, c’est quand tu perds le contrôle de ton corps, qouahhhh et c’est pas Two Feet Off Underground qui va me faire grimper au rideau, qouahhhh. Vas-y, remets-le pour voir, d’t’à l’heure j’ai pas écouté, je lisais le mail de Jérémy pour savoir s’il avait trouvé des taz, qouahhhhh… Ah ouais quouahhh, non j’veux dire, ça fout la fièvre ton truc là, j’ai b’soin d’un shot de vodka, t’ain ! Fait chaud d’un coup… Ah ouaiiis, ‘tain, ‘tends, v’là Jérémy, faut que j’te laisse… On s’appelle ? »

Développement : du rab. Y a une guitare, y a une basse, y a une batterie. Y a des ordis, des claviers, des machines, des moustaches, des morceaux de glaçon. Y a le bar qu’est vraiment TROP loin. Y a des mélodies, des refrains lightspot et des couplets « fous en l’air tes baskets ». Y a du riff de discothèque malade, de la fièvre au fond des verres et cette putain de fin du monde en 4 par 3 clignotant dans la tête à heure fixe. Y a du chic et des chocs (plein), du rêve party, du blues de parking qui revient, une montagne russe d’occasion courant dans la colonne vertébrale, des flashs et des fondus au noir, des absences, des oublis, des mains traînant sur les rampes de l’escalier de secours, du vernis à ongles, du panache, quelques bouts de lâcheté, la mer ondulant, au bout de la jetée.

La nuit leur appartient.

Y a All That I Am : romantisme à rebours pixellisé. Syncope. Ecope. Bateau sombrant. Panneau en 4 par 3. Claquement de doigts marquant la (dé)cadence. Kid B ?

Y a Nothin Has Changed, où « people are strange » et franchement, où est-ce qu’on la range ?

Y a There’s An Answer qui attend les réponses pendant 4’16, une foule de questions fouillant ensuite les os, un par un. C’est long. Trop long. C’est douloureux. Mais c’est aussi une caresse. Qui y a-t-il d’écrit sur cet immense panneau en 4 par 3, au loin là-bas ? There’s An Answer.

Y a Musketeer. Synthés plantés sur des iceberg, le moteur du bateau qui s’emballe, des remous dans la nuit et la main qui tâtonne, cherchant le chronomètre : re-corps battu. A mort.

Y a 555 et vous voyez où ils veulent en venir ? La musique du diable rembobinée sur elle-même attend, terrée au fond d’une vieille cassette, et puis vient le moment d’appuyer sur le bouton et le feu des artifices prend tout autour de vous, la foule, incrédule, camée jusqu’aux yeux et le visage trempé de larmes court chercher les issues de secours, elle se cogne aux murs, elle se bouscule, elle s’attrape par les épaules et les doigts glissent le long des peaux trop molles, tandis que bien planqué derrière sa cage de verre, le Dj augmente le volume. Par-dessus, les sirènes jouent toujours la même note évidemment stridente, et quelques fantômes en profitent pour faire leur APPARITION. C’est la panique. Au bon tempo.

Conclusion remixée. La fin du disque se solde sur quatre remix. Les deux premiers (Michael Myer et Tomboy) sont biens. Les deux autres, non.

WhoMadeWho // Knee Deep // Kompakt
http://www.myspace.com/whomadewhomusic

 

3 commentaires

  1. Thanx ! Pendant que j’y suis, une précision : les quatre remix concernent le même morceau : « Every Minute Alone ».

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