D'un premier papier où les deux Lillois étaient peut-être injustement comparés à Empire of the Sun à une interview finalement transformée en phoner matinal depuis une chambre d’hôtel miteuse, voilà comment ce qui devait être une ‘’weekend affair’’ s’est finalement transformé en un retard de plusieurs semaines. Petite séance de rattrapage car c'est bien connu : tout ce qui est fait n'est plus affair.

Les disques dits « électroniques », qui plus est s’ils sont français, ont souvent la malchance d’un cordonnier mal chaussé ne sachant pas sur quel pied danser. Ecrasés d’un côté par la concurrence anglo-saxonne – Metronomy en tête, à qui Weekend Affair fait furieusement penser – ils le sont tout autant par les autres albums qui s’entassent tout au long de l’année sur le bureau des écritures. Pris un peu trop vite à la légère sans doute, ou à l’inverse pour ce qu’ils sont : de bons albums, certes pas révolutionnaires, qu’on se promet d’écouter demain. Toujours demain. Appelons ça une grosse flemme de chroniqueur biberonné aux anecdotes extra-musicales, tant il est vrai que le genre ‘’électro-rock’’ n’a pas pour coutume de brailler des manifestes sur tous les toits de Paris, ni de se tailler les veines sur scène pour faire vendre.

Ainsi, expédiés rapidement lors d’un papier plus court que la biographie de Soko, les membres de Weekend Affair espéraient certainement trouver chez le rédacteur en chef de Gonzaï une oreille plus attentive à la démarche. Raté. D’abord calée au printemps et finalement repoussée au début de l’été à cause d’oublis successifs, l’interview finit par se caler miraculeusement avec Cyril Debarge, par ailleurs membre de We Are Enfant Terrible, un matin que l’auteur de ce papier décuvait gentiment dans sa chambre d’hôtel lors d’un séjour dans une ville dont il a oublié le nom. Cinq mois passent, teintés de relance de l’attachée de presse du label qui après tout ne fait que son travail quand d’autres – moi ! – rechignent à faire le leur. On peut appeler ça un acte manqué, comme un manque de professionnalisme ; les deux étant aussi impardonnables tant « Welcome to your Fate », leur essai long format après un EP produit par Rubin Steiner, se distance des électro-blip-blip-baise-d’un-soir auxquels la scène française nous a habitué depuis le milieu des années 2000.

Enregistrée en été, dérushée à l’automne, ladite interview de Cyril Debarge, membre éminemment cultivé du duo – c’est assez rare pour être précisé – permet à défaut d’être exhaustive d’en apprendre un peu plus sur Weekend Affair ; groupe à cheval entre synth-pop, cold-wave et autre termes musicaux association des mots qui n’ont a priori rien à faire ensemble. Louis, le chanteur, est branché sur la folk americana et la pop suédoise, l’Indie au sens large jusqu’à Mac DeMarco ; Cyril (claviers, batterie) verse quant à lui dans la musique dansante à synthétiseurs, de Yellow Magic Orchestra à John Carpenter, Siriusmo, bref, « tous ces trucs à la con » qui lui font dire que « le synthé est l’instrument le plus immédiat et le plus punk, au sens intuitif et ne nécessitant pas une éducation musicale ». A écouter Cyril, un synthé c’est un peu comme une femme : « Tu mets ton doigt sur une note et là, PAF ».

Pour mieux comprendre cette digression sexiste, il faut remonter un peu plus profond dans les souvenirs d’adolescence de Cyril. Il a commencé la musique en découvrant un vieux synthé monophonique dans le grenier de son père, musicien reconverti sur le tard médecin après avoir promis à son propre père, sur son lit de mort, de soigner les gens. Avec Louis, la boucle se boucle, au propre comme au figuré. A la vingtaine, il finit par composer la symphonie inachevée de son père en découvrant dans une grande malle bleue métallique, caché sous une couverture, le synthé qui a notamment servi sur le disque « Oxygène » de Jean-Michel Jarre – dit Jean-Mi pour les intimes. « Je l’ai branché et là… ce fut la révélation. De carton en carton, c’est Noël : des Clavinet, des claviers analogiques ; le rêve de tout musicien ayant grandi dans les années 80 et s’étant mis à la musique au début des années 2010 pour échapper à l’angoisse d’un Contrat à Durée Interminable.

Si l’on retrouve une partie des instruments à papa sur l’album de Weekend Affair, ne pas croire pour autant qu’il n’y est question que de madeleines de Proust trempées dans le liquide des écrans LCD – Soundsystem ou pas. Moderne, au sens dans l’air du temps, digital et quelque peu solitaire, « Welcome to your Fate » est loin d’être un simple disque de divertissement composé pour des ados mongoliens n’ayant plus aucune conscience du monde qui les entoure. L’invisibilité dans une ville trop grande, la société de consommation qui uniformise les désirs d’appartenance, l’impression d’être prisonnier de boites (à rythmes) trop petites pour eux ; les deux distillent sur onze chansons le mal-être bourgeois qui a peu à peu contaminé toute la jeune société française, à la fois trop jeune pour s’inquiéter mais trop lucide pour complètement faire la fête. Si la danse prend parfois le pas (sic) sur les paroles, « Welcome to your Fate » est un disque de divertissement qui repousse malgré tout un peu les murs de l’électronique. Ce n’est certes pas « Man Machine » de Kraftwerk, mais il y a dans la démarche des deux enfants terribles le souci de durer au delà des modes, et des graphiques de vente. Peut-être aussi exister au delà de soi-même, comme en atteste la création de leur propre label en 2009, Play It Loud Records, où l’on retrouve moult groupes issus de la galaxie We Are Enfant Terrible, avec pour seule philosophie : « perdre de l’argent dans des beaux projets ». Oui mais comme l’indique le nom de ton album, c’est ton destin.

Weekend Affair // Welcome to your Fate // Platinum Records
https://weekendaffair.bandcamp.com/

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