©Thomas Raw Journey

À 30 ans, Luca Retraite sort, avec son projet Ventre de Biche, son troisième album sobrement intitulé « III ». Un disque composé et enregistré en deux semaines dans un grenier, à Lyon.

Quand Luca part de sa ville natale, là où il a passé son adolescence, pour débarquer sans connaître personne à Strasbourg, il a 19 ans. Il fréquente les concerts de la ville et se fait vite repérer. « Surtout quand t’as presque 10 ans de moins que tout le monde », raconte au téléphone le musicien. Sa timidité l’empêche cependant d’oser demander à d’autres personnes de jouer avec lui, et c’est tout seul dans sa chambre, « au casque pour pas faire chier les colocs’ », qu’il va commencer à composer au synthé ce qui deviendra plus tard le premier album « Viens Mourir » sorti en 2015. Presque 5 années plus tard, Luca a quitté Strasbourg, s’est installé à Marseille durant deux ans (il erre en ce moment chez des amis car il ne sait où il veut aller) et vient de sortir un troisième disque avec Ventre de Biche, dont il nous parle ci-dessous, en mode very premier degré.

Depuis « Viens Mourir », comment tu vois ton évolution ?

Les premiers morceaux je suis limité par mon niveau, même si je faisais du mieux possible. Je n’ai pas trop écouté de synth-punk par exemple, j’ai toujours été plus rap et musiques de film (Ennio Morricone, Jean-Claude Vannier, François De Roubaix, etc.). Cet aspect où tu peux arranger toi-même la musique en studio, ça me plaît : si je veux rajouter un son de flûte par exemple, alors pour moi ça sera un son de flûte via un synthé, mais c’est facile. Peut-être que ma musique sonnait plus synth-punk avant que maintenant par la force des choses, ça varie en fonction de ton matériel et de ton niveau. Mais je prends plus le temps maintenant, et je préfère les musiques plus lentes.

Le nouvel album a ce coté plus diversifié, peut-être plus réfléchi que les anciens ?

Celui-là, je l’ai enregistré à Lyon en 15 jours dans le grenier chez mon oncle. C’est plus cohérent peut-être parce qu’il a été réalisé dans une période assez courte alors que le premier était une collection de morceaux que je jouais déjà depuis deux, trois années. Le deuxième disque s’est fait sur un an avec des grosses pauses. Là, je suis arrivé chez mon oncle sans une ligne de texte et sans aucune mélodie. Et je n’avais rien d’autre à faire : le matin, je me baladais et j’essayais de trouver des textes et l’après-midi, j’enregistrais. 

« Je préfère les intentions floues que des paroles très frontales. »

Est-ce qu’on peut dire que t’es le meilleur « punchliner » de l’underground ?

Non.

T’as quand même un certain sens de la formule : « Et si j’évite ton regard c’est que j’ai peur de me perdre dans le vide » par exemple…

Ce sont les titres du Nouveau Détective, tu vois, il y a un vocabulaire très particulier que j’aime bien. Mais j’écris énormément sans réfléchir et puis je supprime tout ce qui ne me plaît pas.Avant je ne réfléchissais déjà pas beaucoup et maintenant, je me pose encore moins de questions.

Tu cherches la rime ou un effet en particulier ?

La rime c’est bien, mais il faut la casser aussi. La sonorité des mots joue beaucoup, l’association d’idées, ce sont des choses que l’on retrouve beaucoup dans la trap. Cette écriture automatique dresse un portrait plus précis de la personne qui écrit.

Qu’est-ce qui te plaît dans le fait de parler du quotidien, plutôt triste, dans tes textes ?

Quand j’ai la pêche, je ne pense pas forcément à écrire. Quand ça va bien j’en profite. Du coup, l’inspiration arrive dans les moments où ce n’est pas la super fête. Après, je ne sais pas dans quelle mesure c’est perceptible, mais il y a toujours une ligne qui vient contredire la précédente et apporter un peu de recul. Il y a aussi beaucoup de blagues dans mes textes : j’essaye de contrebalancer les moments un peu déprimants en plaçant quelques conneries ou en me contredisant. Je laisse l’auditeur choisir quelle phrase est au premier degré ou au deuxième. Je préfère les intentions floues que des paroles très frontales.

On peut se sentir bête d’écrire des chansons joyeuses aussi…

C’est une fragilité d’avouer que ça va bien. C’est plus facile de jouer sur le côté noir des choses.

Et t’as jamais ce côté où, déjà, t’es pas en grande forme quand tu écris tes paroles, et en plus, tu dois les jouer sur scène et ressasser ces émotions-là ?

Au contraire, le fait de l’écrire ça met une distance, et le fait de transformer ça en chanson, au bout d’un moment, ça s’efface. C’est un truc de moins dans ta tête. Ça peut te replonger dans tel ou tel état, mais au final, c’est positif : tu passes à autre chose. Ça ancre cette chose-là dans le passé.

Il y a un morceau intitulé La Fête. Elle est finie du coup ?

La fête, quoi. La fête permanente, c’est plus la fête. Rien de plus à dire.

Dernière question : tu penses quoi de la formule « Les Agents du Maussade » que Gonzaï a employé pour une vidéo sur toi, Christophe Clébard et Rouge Gorge ?

[hésitation] Il y a une idée de scène dans cette formule et je ne sais pas si… ça mettrait tout le monde dans une intention commune et je sais pas si on peut parler des mêmes intentions entre Colombey et Noir Boy George par exemple. Il y a des trucs qui se retrouvent, mais regrouper tout le monde sous une seule appellation, je ne sais pas si c’est pertinent. Mais de base, je n’aime pas l’idée de scène : je préfère avoir le cul entre plein de chaises.

L’album « III» de Ventre de Biche est sorti le 29 novembre sur Teenage Menopause Records.
https://teenagemenopause.bandcamp.com/album/iii

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