« Papillonnant », « monomaniaque », « jusqu’au-boutiste » et « audacieux » : le ‘’Chose your own adventure’’ des Vanishing Twin contient assez d’adjectifs pour une publication sur lesInrocks.com. Mais une fois n’est pas coutume, c’est aussi un bon disque.

Lalo Schifrin, 84 ans, est toujours en vie. Si l’on se permet de vous livrer cette information en préambule, c’est parce que le nouveau projet de Cathy Lucas possède, par certains aspects, cette pulsation jazz typique des films courses-poursuites des années 60. Tout cela est d’autant plus surprenant que si le premier est argentin, l’autre est anglais ; et que les deux singles les plus évidents de « Chose your own adventure » (Vanishing Twin Syndrome, The Conservation Energy) n’ont a priori rien en commun avec les thèmes de Mannix ou Mission Impossible.

Ce disque est d’autant plus anachronique qu’il arrive à ce moment où l’Angleterre ne semble ne plus rien avoir à offrir musicalement – du moins en surface, et alors qu’on se désespère que des estropiés comme Pete Doherty n’ait pas – depuis le temps – été écrasé par un camion poubelle plein gorgé ras la gueule des disques HMV dont le Royaume-Uni semble si friand depuis une quinzaine d’années. A l’inverse, Vanishing Twin tire sa force créative d’un flagrant pas de côté. Si la musique va mal, et que les ventes s’écroulent telles un Michael Schumacher sur un massif alpin, alors autant sombrer le corps en avant vers la pop expérimentale ; ce que le groupe d’ultra-déviance fait merveilleusement. Autour de celle qu’on entend également sur le nouvel album de Julien Gasc, on trouve des atypismes comme Valentina Magaletti (Tomaga, Neon Neon) et surtout l’incroyable Man From Uranus, cinquantaine dégarnie mais pro des synthés freaks, et tout ce beau monde fait de ce backing band de l’enfer la parfaite réponse à cette pop Brexit dont on espère qu’elle ne traversera plus jamais la Manche.

A l’inverse, encore, et parce que certaines fulgurances méritent d’être décrites en opposition au système dominant, Vanishing Twin fait preuve d’une liberté artistique déconcertante et à rebours. A commencer par cette pochette terriblement Panthère Rose d’où l’on croit voir surgir Peter Sellers, puis à cause de tous ces interludes en apparence inoffensifs mais qui œuvrent pourtant comme un ciment expérimental entre les petits tubes qui font tantôt penser à Jane Weaver, tantôt à Elysian Fields ou aux basses chantantes de Burgalat pour April March. Une somme de choix esthétiques qui éloignent certes du grand public, mais qui rapproche le groupe de cette mission impossible dont il était question plus haut. Chacun sa route, chacun son chemin. Et à chacun son aventure.

Vanishing Twin // Chose your own adventure // Soundway Records
https://www.facebook.com/Vanishingtwinmusic/

1 commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*
*

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.