Larsens impeccables, poésie rageuse, beautiful piano et batterie d’outre-tombe : en 2021, impossible de trouver mieux pour danser la fin du monde en poussant des hurlements que le premier disque de Springtime, trio made in l’autre bout du monde.

Ça n’arrive pas souvent, un grand disque. Le « Springtime » de Springtime en est un. Chef-d’œuvre âpre, rêche, nerveux, aussi tordu que simple, bruyant par instants, taiseux souvent, comme une caresse aussi, parfois. Une tornade jaillie d’un ampli fatigué. Une tristesse qui refuse de baisser la garde ; qui incline la tête de côté, regarde ses baskets sales puis la relève, puis recommence, puis ne sait plus comment ni quoi faire et se secoue alors, extatique, excité, énervée, rincée bientôt.

Ce piano qui fouille, qui se tait, qui suggère, qui dégringole, qui attend son heure pour aller taper sous la peau. Cette guitare débraillée qui joue si peu d’accords et tant de séismes, qui saisit tes doigts pour les rentrer dans la prise. Cette batterie comme jouée depuis une tombe, rouleau décompresseur qui manie le subtil art du plein et du vide qui n’appartient qu’aux grands batteurs. Et puis ce chant. Puissant. Dingue. Rageur.

Faux super groupe

Parce que c’est foutu, fini, passé. Le monde moderne, l’autot(h)une, l’egotrip, les prods laptop, c’est non for ever. Donnez-moi des larsens, donnez-moi la rage Marshall, la colère en binaire, des coups et des syncopes, donnez-moi Springtime. Faux super groupe, les forces en présence émargeant à l’amicale des musiciens trop indés pour empiler le vues – Gareth Liddiard (The Drones/ Tropical Fuck Storm), Jim White (Dirty Three/Xylouris White) and Chris Abrahams (The Necks) – Springtime ne n’est pas emmerdé la vie et a donc appelé son premier disque « Springtime ». Une bonne blague vu ses allures de B.O. parfaite pour un automne de fin du monde, où l’on entend les feuilles mourir et la poussière lâcher des cris entre les silences.

 

Parce qu’on n’écrit pas un morceau comme The Viaduct Love Suicide avec un diplôme de clown. Pour le texte, Gareth Liddiard dit merci à tonton, Ian Duhig, poète multi-primé, qui s’est mis à la poésie après… quinze ans à travailler avec les sans-abri. Pour l’interprétation, le grand brun de Tropical Fuck Storm claque ici une performance qui rappelle que Nick Cave ne pouvait pas éternellement rester sur le trône des chanteurs australiens à nuque longue qui psalmodient des vers tristes et beaux après avoir été mordu par un chien enragé. Pour la musique, ça ressemble à ce qui te passe dans la tête quand rien ne va plus, avec arpèges plombants de rigueur, et cette putain d’envie de tout envoyer balader pour de bon, une bonne fois pour toutes, une dernière putain de fois. De la catharsis de Ligue des champions, au moins.

 

Avec ses larsens, son piano flippant et sa batterie hantée, « Springtime » est aussi bankable musicalement qu’un manchot à un concours de fléchettes, mais ces trois-là sont indéniablement TRÈS TRÈS forts au petit jeu du « je te tire des larmes puis je te mets des uppercuts dans le cœur ». West Palm Beach, juste avant la fin, raconte ça très bien. The Killing of the Village Idiot, qui suit et referme cette plaie ouverte quarante-cinq minutes plus tôt, est peut-être le plus beau « merde à dieu amplifié par centrale nucléaire » entendu cette année. Et probablement pour longtemps.

Bref, si tu aimes passer une saison enfer et en binaire, Springtime est pour toi. Les autres peuvent retourner aspirer bruyamment leur tisane en se promettant ne plus jamais mordre dans un animal mort.

Springtime // Springtime // Joyful Noise (Modulor)
Sortie physique le 4 février.

 

 

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