La Bretagne ça vous gagne et le garage ça déménage. Deux jeux de mots de merde à garder en tête au moment de prendre la route avec Kaviar Special pour deux dates dans le sud de la France. Portrait griffonné du groupe de garage français le plus prometteur du moment. Ou du moins, un essai. L’alcool n’aide pas.

La légende raconte que les groupes rennais connaîtraient la recette de la potion magique. Cette potion, c’est celle qui permet de te bourriner les tympans en deux couplets, un refrain et un solo ; c’est encore un garage simple et efficace digne d’une représentation de Conservatoire et c’est enfin se taper 2000 bornes pour jouer à Béziers, ville aussi subversive politiquement que culturellement. Et foutre le feu. Ce soir-là, chez Ménard, Kaviar Special fait la démonstration de ses prouesses techniques ; coucou les gros riffs sales et bonjour la batterie clinquante. Pourquoi se compliquer la vie quand on peut faire simple ? Ces Bretons ne sont pas là pour trier les lentilles. Jugez plutôt :

Comme chez Gonzaï on n’est pas dupe et qu’on ne croit pas aux légendes, on a bien remarqué que ces gars-là avaient une motivation anormalement suspecte pour des Bretons supposément alcooliques. En tant que représentant des autorités compétentes, nous avons donc décidé de les retrouver quelques mois plus tard pour un autre concert à Nîmes, pour 24h de dégrisement au soleil en première partie de Meatbodies – un énième groupe californien consanguin (Wand + Fuzz + Together Pangea) mais qui envoie lui aussi du feu de Dieu. Premier constat en arrivant sur place : le guitariste de Kaviar Special porte le même T-shirt (des Dead Ghosts) qu’à Béziers. Je sors mon Moleskine de ma poche pour y noter « SALE » en lettres capitales. En les abordant à leur arrivée, les mecs me confient qu’après 12h de van directement enchainées avec une heure de soundcheck, la seule chose dont ils rêvent c’est d’une bonne douche. Je raye ma mention précédente pour la remplacer par « PROPRE ». On se donne rendez-vous après le concert, le temps de boire quelques pintes devant la scène tout en laissant à mon acolyte le temps de prendre quelques clichés.

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Finale de la coupe du monde de baby-foot catégorie garage – Kaviar Special VS Meatbodies.

La musique de salon ça va bien cinq minutes et, pas de doute, Kaviar Special est vraiment un groupe de live. Même si leurs enregistrements sonnent bien, c’est en concert que la confrontation avec le public se fait, non derrière des barrières distantes du mastering. Bien content de la soirée, j’entame alors une filature avec le groupe dans les escaliers de l’immense Paloma pour accéder aux loges et papoter avec eux et les Américains qu’ils accompagnent. Je suis encore loin d’imaginer le carnage que ça va être. Musique à fond les ballons, vodka à foison, imitation de Drake jouant au ping-pong et cendriers pleins. Complètement loufoque, absolument mémorable.

« J’ai fait un cauchemar, j’ai rêvé que tu savais jouer de la batterie. »

Rares sont les groupes qui semblent aussi excités à l’idée de faire un after. Un moment, le chanteur de Meatbodies me confie être sourd de l’oreille droite tellement ils jouent avec leurs amplis au volume 12. Tu m’étonnes. J’assiste aussi à une partie de baby-foot d’anthologie : FRA vs USA. Kaviar Special l’emporte haut la main, probablement un signe prémonitoire. Vu qu’ils jouent le lendemain à Montpellier avec You Said Strange, on convient de se donner rendez-vous dans un parc royal où j’ai prévu de ramener quelques bières pour papoter dans une ambiance « chill ».

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Quatre garçons dans le vent du sud.

Là-bas, les discussions sont tout aussi spirituelles que la veille. Il est question d’alcool fort, d’afters, des Griffins, de vidéos de machines à laver qui explosent et de la haine des hippies qui squattent dans le parc en jouant de la flûte et de la guitare. On a aussi un peu parlé d’eux. Du nouvel album, “#2″, qui est une bombe au napalm signée par Howlin’ Banana Records, de leurs potes de Volage avec qui ils se travestissent à chaque Halloween et des blagues de merde qu’ils déballent automatiquement en concert entre chaque morceau, à l’image de leur nom de groupe et du nom de leur album. « Pour info on n’aime pas le caviar, on est plutôt galette-saucisse. Et si notre album s’appelle #2 c’est simplement parce qu’il s’agit du deuxième. On n’est pas obligés d’avoir une explication à tout, on est un groupe quoi. »

« Là, il est 17h, on boit de la bière pour faire genre, mais dès 20h on passe à l’essence. »

Un groupe, quoi. Simple et intègre, sincère et sans artifice. Et bien que ce soit déjà beaucoup, rien de plus qu’une bande de potes qui jouent ensemble avec d’autres bandes de potes un peu partout en France et qui se fichent de brûler leur essence sur l’autoroute.
En attendant la fin du monde musical où chaque groupe pétera plus haut que son cul, foncez les voir en concert et n’hésitez pas à leur taper la discussion avant qu’ils ne deviennent trop grands et qu’ils oublient d’où ils viennent, comme beaucoup tant d’autres. Mais ce ne sera certainement jamais le cas.

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Kaviar Special // #2 // Howlin’Banana – Beast Records
https://kaviarspecial.bandcamp.com/

© Photos : Prescilia Vieira

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