Ty patron, Segall fourmi pop, Segall fais-moi ton cinéma, quatorze albums en six ans… Cher Ty, le plumitif musical te dit merci : grâce toi, il peut ressortir la machine à calembours. Et tout le reste d’ailleurs : en t’écoutant mettre une fessée à tout ce que la planète compte de faiseurs de pop imparfaite, il est enfin question de dépoussiérer ses tiroirs, à grands renforts de références et de héros sinon rock, en tout cas pop. Cobain, Morrison, Beck, Led Zeppelin, Syd Barrett, etc., etc. Et franchement, depuis quand cela n’était-il pas arrivé ? Avec la sortie de "Manipulator", il est temps de mettre un peu de « je » dans tout ça.

Car vois-tu, Ty, je prends le train infernal de tes mélodies fuzz en marche. Voire avec une grosse demi-décennie de retard. Dis autrement, je viens de me recevoir ton « Manipulator » en pleine tronche ; ça m’a pris cinq minutes pour atterrir dans ta poche. Ô joie, comme on dit chez les exaltés qui conjuguent leurs émotions au premier degré. Tu possèdes tout, soyons-francs : sens du tube (Feel, Tall Man Skinny Lady), intransigeance sonore et culture musicale digérée (surtout les sixties et seventies), sans parler de celui que tu t’es choisi comme père spirituel, John Dwyer de Thee Oh Sees, et qu’à mon avis, tu ne vas pas tarder à tuer. Tu sais (très) bien jouer des seuls instruments qui comptent (guitare, basse, batterie), tu aimes le boucan et les ballades, tu as parfaitement compris qu’une seule de note de chant au-dessus des autres sur le bridge fait toute la différence (The Singer), bref, t’es un tout bon. Mais alors, nom d’un producteur digne de ce nom, pourquoi ne règnes-tu pas encore sur la planète entière ? Mystère inversement proportionnel à l’accessibilité de tes mélodies de Californien indécrottable. Putain, quand tu chantes, le soleil apparaît. Même au plus fort du barouf sur lequel tu n’as pas peur de mettre, car mon salaud tu oses tout, des solos. Gamin, je te le dis, tu vas aller loin.

OK, la foule des sourdingues est encore nombreuse. OK, tu joues fort (mais sans jamais lâcher prise). OK, tu as l’air de t’en foutre, du haut de tes quatorze albums en six ans et de ton visage d’adolescent. Mais quand même : ce sens du groove, ces basses pour le bassin et les claquements de doigts (It’s Over, The Hand), ces riffs de surf rock qui filent des coups de soleil au bureau, ces refrains pour la foule de la salle de bains (The Faker) et nos épaules qui battent la mesure, c’est quelque chose. Et comment tu mènes tout ça rondement, bordel ! Tu n’as que 27 ans, et t’es déjà un sacré manipulator. Le soir de mes 40 ans, tu risques bien de truster ma platine. J’attendrai quelques verres avant de monter le son. Pour faire oublier le temps qui passe, je compte sur toi.

Ty Segall // Manipulator // Drag City
http://ty-segall.com/

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