Il était une fois, par un bel après-midi d’août 2009, une jeune demoiselle qui s’ennuyait à mourir.

Elle alla donc geeker un peu avant de tenter d’étancher sa soif insatiable de nouveautés musicales, car cet après-midi-là il faisait très chaud et, en écoutant la radio, elle avait vite compris que le bon sens des programmateurs s’était évaporé (la radio rock, mon ***), ainsi que leurs cerveaux. C’est par ce même après-midi qu’elle avait décidé d’arrêter d’écouter la station pop/rock de Radio France (avec un logo orange, histoire de vous aider à visualiser) qui avait osé passer Rihanna entre un morceau du Motorcycle Club et un autre de Jimi Hendrix. Il faut croire que ce sont des choses qui (ne) sont (pas) normales.

C’était un après-midi de merde parmi tant d’autres et, comme si ça ne pouvait pas être pire, la télévision ne jurait que par le classement des clips de NRJ avec ses “nouveautés” révélant de jeunes talents merveilleux aux dents tellement blanches qu’ils auraient pu faire de la pub pour Émail Diamant, aux textes particulièrement profonds et aux phrases répétitives afin que l’on en comprenne le sens philosophique – comme si il y en avait un.

C’était la merde, quoi.

Elle partit donc à la recherche du Graal musical, puisque cela relevait du devoir d’intérêt général. Et comme les miracles (n’) existaient (pas), mais que malgré les prières, incantations et rituels vaudou qu’elle avait fait pour qu’un clip de David Bowie passe à la télé – histoire de montrer que le monde ne jurait pas que par David Guetta – cela n’avait rien donné. Deux options s’étaient imposées à elle :

– soit Dieu n’existait pas, et dans ce cas-là elle était officiellement hérétique et irait en enfer à sa mort (en même temps, vu ce qu’ils passaient à la télé, elle se demandait si ce n’était pas encore la meilleure solution ; d’ici-là le royaume du Diable serait bien peuplé par tous les survivants du rock & Co qui auraient su dépasser l’âge fatidique des 27 ans…)

– soit le grand barbu existait, et dans ce cas il semblait que lui aussi vivait au pays où les hommes sont habillés mais pas les femmes, où il fait toujours beau et où il n’y a pas de crise économique ; un lieu où la gente féminine gémit du « yeah baby » et ne parle pas (seules les voies de Dieu sont impénétrables. Celles des nénettes dans les clips, non). Bref, un monde idyllique.

C’est finalement Lucifer qui lui vint en aide – car lui aussi surfait sur Internet , c’était plus sympa que de ramer dans les limbes. Et comme c’était un après-midi infernal, il lui apporta du pain béni pour un papier qu’elle allait écrire deux ans plus tard, c’est à dire aujourd’hui.

C’est donc après maintes péripéties que cette jeune demoiselle se retrouve à vous parler d’un groupe anglais, les Trailer Trash Tracys, qui vient tout juste de signer sur un label, qui n’a pas mis de musique en ligne sur son site Internet, qui a supprimé son Myspace et dont on ne connaît pas encore l’histoire, si ce n’est qu’ils font la première partie de la tournée des Vaccines en Angleterre. Mais la vie est bien faite – enfin parfois, c’est pour ça que l’homme sage a inventé YouTube (et que le pervers a crée Youporn). Par conséquent, plus aucune excuse pour ne pas filer écouter le morceau Candy Girl, plus précisément la première version en ligne, autrement dit la démo.

En découvrant  Candy Girl, notre héroïne a immédiatement converti son entourage aux guitares déglinguées, à la basse plus que présente des Trailer Trash Tracys, ainsi qu’à leur batterie tenant de la boîte à rythme.
Incapable de traduire la moitié de leurs morceaux puisqu’elle ne parle pas couramment l’anglais, la demoiselle demanda à ses amis bilingues de l’aider : ils ne comprirent pas les paroles mieux qu’elle car, comme le Moz, la chanteuse n’articule pas. Pas grave vous dit-elle, ce groupe est une bombe portée par la voix embrumée de Suzanne Aztoria. À défaut de chanter distinctement, celle-ci a néanmoins une voix féminine ; ce n’est pas non plus Nina Hagen après trois paquets de clopes et une bouteille de Jack Daniel’s, mais l’alcool et le tabac, c’est ce que m’a inspiré Candy Girl. Bref, honte à ceux qui ont pensé à la première écoute qu’il s’agissait d’un homme.

Dans la majorité des cas, on sait d’instinct si un morceau est bon ou pas, et à quel degré on saura l’apprécier. Dès les premières notes j’ai eu le coup de foudre pour Candy Girl, un morceau sur lequel on s’imagine facilement traîner la nuit on ne sait où, fumant une cigarette, profitant de l’euphorie que provoque l’alcool – ou l’ivresse – en se laissant porter par une douce mélancolie (parce que nos pieds, eux, ne peuvent plus nous soutenir après la bouteille de whisky). Douce mélancolie qui ne va pas sans rappeler les Jesus And Mary Chain, bien que leurs guitares soient beaucoup plus saturées.

Sur tous les morceaux, la musique est assez simple mais reste dans la tête ; j’en suis même venue à me demander pourquoi personne n’avait réussi à écrire la même chose avant eux. Ce qui est incroyable à mes yeux, dans la musique, c’est quand tout est monstrueusement simple. C’est la règle des 3 S : Stratégiquement Supra Simple.

Et, contrairement à beaucoup de groupes dans lesquels elle se contente d’être purement décorative, la basse est ici présente et tient une place à part entière. C’est agréable, ce processus interactif entre les instruments, bien que la batterie tienne plus du joujou Fisher Price que d’autre chose. Si dans certains groupes c’est la basse qui est figurative, ici c’est la batterie. D’un autre côté, si elle était plus présente, ne ruinerait-elle pas l’ensemble ? Un peu de synthé sur certains morceaux (Dies in 55), et au final, pour ce que j’en ai entendu, cela semble être un album assez hétérogène avec un même fil conducteur musical, un style bien définissable : une douceur saturée, discordante.

Où en étais-je ?.. Ah oui.

La demoiselle aima tellement ce groupe qu’elle fit quelques recherches : ils avaient déjà sorti quelques morceaux (sur le label No Pain In Pop) et venaient de signer chez Domino Records pour un album à paraître le 16 janvier. Impossible d’avoir plus d’informations personnelles sur le groupe, le peu de détails disponibles sur Domino relevant pour moi de l’extrapolation. Tout au plus pourrait-on ajouter que le groupe est apprécié par la presse anglaise avertie. Ce qui me permettra de faire un second papier sur ce groupe le jour où ils seront bien plus connus, pour la simple et bonne raison que Trailer Trash Tracys reste à mes yeux ce qui se fait de mieux – ou pas loin – dans la musique contemporaine. Ce groupe marqua d’autant plus la petite demoiselle (à présent grande, merci) que cela la changeait des BB Brunes qui passaient beaucoup trop à la télévision en 2009. Chaque histoire a sa morale, ou se termine par l’ironie du sort. L’ironie du sort, c’est qu’en écrivant ces mots, NRJ TV nous fait l’honneur d’un énième clip à la dimension particulièrement profonde, puis décide de diffuser celui des BB Brunes avec leur maudite semi-reprise d’Alright de Supergrass. Vite, il me faut un shot de Trailer Trash Tracys.

http://trailertrashtracys.com/

Quelques illustrations sonores de la merveilleuse histoire que vous venez de lire :

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1 commentaire

  1. hey! tu connais Lulu? comment il va? j’lai pas vu depuis un bon moment…
    au passage, je te rassure, “Dieu” n’existe pas

    j’vai de ce pas m’faire une ptite heure de trailer trash tracys pour voir si, comme tu l’écris, la basse est sa place…

    pour mémoire d’alien, la dernière basse m’ayant fait “swinguer” mon âme (ciel! mais je n’en ai pas!), c’était sur le rift de seven nation army (… j’di pt être un connerie, c’était une basse ou une guitare?)

    cordialement Le Duc
    *I’ll be back*

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