Après une année 2018 placée sous le signe de la productivité, Tim Presley démarre 2019 en fanfare avec un disque tout neuf, “I Have to Feed Larry’s Hawk”. Et qui dit nouvelle année, dit nouveau procédé. De la composition de cet album au piano, en passant par ses problèmes de santé, le Californien nous a tout raconté.

La divergence des opinions est un phénomène omniprésent, même chez les journalistes. Il se propage parfois aussi, au sein d’une rédaction commune. Et à Gonzaï, nous n’avons pas été épargnés au moment ou nous avons reçu le dernier disque de Tim Presley (aka White Fence, ou Drinks, lorsqu’il fusionne avec Cate Le Bon). Quand l’un de chez nous écoutait le premier single, Lorelei, et le qualifiait de : “ni mauvais ni bon” avant de rajouter qu’il “ne procur[ait] presque aucune émotion” ; un autre journaliste trouvait lui, cette chanson emballante et réussie, malgré qu’il ne prenne pas de LSD. Alors, quand il a fallu discuter avec Tim Presley de son nouvel album, le choix de l’interlocuteur semblait plutôt… évident. La personne concernée désormais validée, ne restait plus qu’a établir une connexion entre New York, qui accueillait Tim pour un court séjour, et Paris, lieu de résidence dudit journaliste ; merci WhatsApp.

20h en France (14h sur la côte est des USA), le téléphone sonne ; Tim empoigne son smartphone et répond d’une voix rieuse : “Hello, ça va ? Nous ne mettons pas la vidéo ?! Je m’étais fait tout beau exprès…”. Désolé l’ami, mais nous ferons sans. Quand il n’est pas sur les routes, Tim n’est plus, non plus, à Los Angeles – d’où il a déménagé depuis quelques années —, une ville qui occupe “toujours une place particulière dans [s]on cœur”. Il l’a quitté depuis de longues années, car “ il s’y passe juste trop de trucs”, et qu’il y a “beaucoup trop d’action dans les mondes de la musique et de l’art” nous avoue-t-il, avec le recul acquis depuis. Mais plus que l’hyperactivité de la cité des anges, une autre raison a poussée Tim a retrouvé le San Francisco de ses parents et de sa famille : “J’ai senti que je devais quitter L.A., parce que j’avais un problème de drogue. Et le seul endroit que je connaissais, où je savais que je pourrais me créer un sanctuaire, c’était la Bay Area”.

L’Angleterre, le piano, les maux

On dit que la musique adoucit les mœurs, et dans le cas de Tim, cet adage s’est vérifié une fois de plus. Mais avant d’en apporter la preuve, un petit flash-back s’impose. L’hiver dernier, le Californien s’isole dans un coin reculé de l’Angleterre avec son amie Cate Le Bon. Au beau milieu de ce séjour en rase campagne, Tim Presley fait la connaissance d’un piano, une première dans sa carrière, même si en tant que White Fence il avait déjà composé avec un orgue. Le reste appartient à la légende : “Lorsque je me suis assis devant cet instrument, tout I Have to Feed Larry’s Hawk m’est venu assez directement. C’était étrange. Un peu comme si le piano avait écrit les chansons pour moi, alors que je ne sais pas vraiment comment en jouer…”. Fort de ces premiers contacts fructueux, Tim regagne San Francisco avec le squelette de son album, déterminé à immortaliser cette rencontre, prêt à graver sur disque les derniers soucis dont il s’est dépatouillé.

Quand j’entends quelqu’un jouer avec cet instrument, je sens son émotion ; reprends Tim. Puis surtout, les possibilités qu’offre le piano résumaient très bien ce que je ressentais : un peu de mélancolie, un peu d’optimisme”. Cette espèce d’ascenseur émotionnel permanent, se retrouve aussi dans les lyrics de I Have to Feed Larry’s Hawk, que le Californien a pensé comme un “journal intime de [lui] essayant d’aller mieux”, comme “une sorte de réhabilitation” mais de façon “rétrospective” ; puisqu’il nous avouera avoir triomphé de son addiction. Tim avait besoin de se sortir de cette situation pour finalement avoir le recul nécessaire qui lui permettrait de pouvoir en parler ; c’est ce qu’il nous dit. Mais avec un contenu si personnel, pourquoi un titre d’album qui ne l’est pas du tout ? Et qui est ce fameux Larry’s Hawk? Voici là deux questions légitimes, qu’on se devait de poser au premier concerné… Et comme attendu, la réponse sera double, mais quelque peu déconcertante.

Quand Tim Presley rencontre White Fence

Pour bien capter le mood dans lequel était Tim lorsqu’il a écrit ses chansons, il faut imaginer Larry’s Hawk, comme une métaphore qui représenterait un personnage existant dans la tête de chacun d’entre nous ; ou, comme “cette manie qu’on les individus à devoir nourrir leur ego, leurs addictions, ou n’importe quoi”. Une double (ou plus) personnalité donc, qui “est soit un fardeau, soit quelque chose que tu as à faire pour toi même” nous explique Tim. Une logique un brin schizophrénique qu’il faut parfois accepter — “là, est toute la question” — et qui est dans l’absolu “un moyen de se sentir mieux”. Vous êtes toujours avec nous ? Vous avez compris ? Très bien, nous pouvons continuer… Plus qu’aux paroles et au titre album, cette schizophrénie s’étend jusque dans la musicalité de ce disque — qui, au passage, est un double album ; nous y reviendrons plus bas.

“Ce disque ne ressemble pas vraiment à The Wink, ni au dernier que j’ai fait en tant que White Fence. C’est quelque part entre les deux…”

Au fur et à mesure que les pistes de ce dernier long format défilent, quelque chose d’assez évident se manifeste : la pluralité des styles. Certains, à la façon de I Love You ou Neighborhood Light, sont tantôt très marqués de l’empreinte de White Fence, quand d’autres, comme Until You Walk, portent la signature, ou tout du moins peuvent s’apparenter à ce que Tim a proposé sur son disque “The Wink” — seul album jusqu’ici estampillé “Tim Presley”. Notre analyse formulée, et illico presto soumise à l’artiste, a pour petit effet de le faire réagir : “Oui exactement ! C’est pourquoi je l’ai appelé Tim Presley’s White Fence ! Je n’arrivais pas à me décider. Parce que ce disque ne ressemble pas vraiment à The Wink, ni au dernier que j’ai fait en tant que White Fence. C’est quelque part entre les deux… Je ne savais pas quoi faire alors j’ai fait les deux”. Bien vu ! Mais il y a tout de même un hic dans ce décryptage ; les deux (et longs) titres qui clôturent ce disque.

Harm Reduction : ode à la musique synthétique

La doublette Harm Reduction qui termine I Have to Feed Larry’s Hawk se veut très synthétique, dans le pur style d’une Suzanne Ciani (Buchla Concerts 1975, par exemple, si vous ne connaissez pas), et s’allonge sur une vingtaine de minutes. Elle est relativement différente des autres chansons, et peut aisément s’en détacher ; d’où l’idée d’un double album, comme on vous le disait plus haut. Explications : “Quand j’essayais d’aller mieux, j’écoutais ce genre de musique le matin, et la nuit. Il me faisait me sentir relaxé et bien. J’adore la simplicité et la répétition dans ces musiques. Quand quelque chose se répète beaucoup, mon esprit réfléchit plus et je suis mieux capable de penser. Je me suis donc dit que ça serait bien de faire ça sur ce disque, qui est d’ailleurs un double album. Les deux dernières chansons sont un album à part entière. Si tu es dans un mood pour ce genre de musique, tu peux finalement juste écouter ce deuxième album”. Soit dit en passant, Harm Reduction est le nom d’un centre de réhabilitation que Tim a fréquenté.

En tout cas, rassurez-vous, Tim Presley (ou White Fence – ou les deux ?) va (vont) mieux, et les épreuves qu’il(s) a (ont) traversées paraissent maintenant bien loin, comme en atteste son (leur) dernier disque. À son grand bonheur. Et au notre aussi.

Tim Presley’s White Fence // Have To Feed Larry’s Hawk // Drag City (Modulor)
Pas de concert prévu en France pour l’instant.

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