Octobre 2000 : coincé entre le succès de la French touch, la mort programmée du trip hop et ce qui n’est pas encore la génération babby-lunettes fumées de la Nouvelle Star, un producteur en vogue décide à 37 ans de passer de l’autre côté du miroir avec un premier album mal compris mais qui a  poussé une grande partie de ses auditeurs à rêver d’une musique française mutante évitant autant le lire-larmes en chant de canard que les couinades faussement expérimentales pour fils de joueurs de synthé Yamaha. Vingt ans plus tard, « The Sssound of Mmmusic » est réédité par Tricatel. Et c’est l’occasion pour Burgalat de nous raconter la genèse de cet album fondamental dans une interview presque aussi longue que la cyclade électronique dont il est ici question.

Dans les manuels musicaux, ceux qu’on adorerait avoir découvert à l’époque où l’on écrivait moins que ce que l’on lisait, il doit être quelque part écrit qu’il est fortement déconseillé de rencontrer ses idoles, et tous ces gens que l’on a passé des heures à placer sur un piédestal parce qu’ils ont contribué à changer votre vie, à modeler ce que vous êtes devenu; tout cela parfois grâce à une mesure, une série d’accords étranges, un choix d’instruments qui s’inscrivaient comme un contre-pied à l’époque. Confronter le réel à son imaginaire, par définition romancé, c’est dans bien des cas l’assurance d’une déception, d’un mur qui s’écroule, d’une normalité brutale amenant rapidement à l’idée que celui qui vous fait face est un miroir IKEA de vos propres projections, en moins bien.

Il est des exceptions, et Bertrand Burgalat en est une. « L’Éthique, c’est d’être à la hauteur de ce qui nous arrive » écrivait Gilles Deleuze. La citation colle parfaitement au fondateur du label Tricatel qui, depuis ses débuts, en dépit des succès d’estime et déceptions répétées, reste fidèle à l’image que je m’en faisais le jour où j’ai découvert ce premier album dont on n’arrive toujours pas, presque 21 ans après, à comprendre comment il a été bâti, de quelle année il vient, de quel bois il est fait, avec quelles notes il est joué et pourquoi l’homme qui semble chanter faux dessus avait en vérité anticipé ce qui allait être le bug de l’an 2000 : la recherche impossible de la perfection.

Majoritairement instrumental, porté par des tubes de chambre comme Attention Amiante, OK Scorpios ou Ile de béton, « The Sssound of Mmmusic » m’a toujours fait l’impression d’être cet album de musique électronique conçu pour de jeunes êtres inadaptés à la vie sociale et festive et qui pourtant, dans un élan d’optimisme un peu vain, se décidaient à lancer leur corps hésitant sur la piste en rêvant d’un summer of love allemand sans bimbos ni branchés bronzés en baggy façon Prodigy du Limousin (on était en 2000, rappelons-le).
C’est surement pour cela que ce disque d’outsider, le huitième à sortir chez Tricatel, n’a pas immédiatement marqué les esprits. Trop en avance sans doute, mais surtout publié trop tard, et après que Burgalat ait rencontré un parquet d’emmerdes, flottantes. Trop vieux pour débuter, pas assez chanteur, trop branché, pas assez France du milieu; celui qu’on accusera plus tard d’être l’un des artificiers de la musique d’ascenseur est longtemps resté coincé entre deux étages, patientant plus ou moins tranquillement pour que, finalement, l’histoire lui donne raison. Et que des dizaines, centaines, de gens ayant découvert ce disque ne se décident, comme ce fut le cas avec l’album du Velvet Underground, à eux aussi passer à l’acte. Mais sans jamais parvenir à procurer la même émotion que les premières secondes de Gris métal.

Vingt ans plus tard, et alors qu’un nouvel album est prévu (« Rêve capital », sortie le 11 juin), Bertrand prend le temps de refaire sa rencontre avec ce lui-même du début des années 2000. Son pardessus lui va toujours comme un gant.

The Sssound of Mmmusic // Réédition double vinyle gatefold avec 2 titres supplémentaires // Sortie chez Tricatel le 12 juin

Rêve capital // Sortie chez Tricatel le 11 juin

Bertrand Burgalat - The Sssound of Mmmusic - Disquaire Day

Bertrand Burgalat - Topic - YouTube

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12 commentaires

  1. hello burglar! te souviens tu des disques de hiphop balancé sur la platine avec le houelbeck;; in near hyeres,

  2. bon la en ecoute a hgh volume c the groovies -jumpin in the night- d que finit je passe un acetate du sieur de tricatel

  3. son unique bon disque le reste de la discographie c’est de pire en pire et surtout quand il s’essaye au chant le bobo corse burgalat c’est un désastre

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