Le rock en France, c’est quoi ? Les 300 000 exemplaires du Johnny mort vendus dès le premier vendredi, les mémoires de Philippe Manœuvre sur BFM TV, Guillaume Canet qui fait de l’air guitar ? Dépression. Mais heureusement, c’est aussi cette cinquième colonne indie qui s’accapare le second album d’un petit groupe indie de haute volée : The Goon Sax.

The Goon Sax vient de Brisbane, et ça s’entend. Ça sonne, aussi. La relève de The Apartments, des Saints et des Go-Betweens est assurée. Pas si étonnant que ça, d’ailleurs. À chaque présentation de The Goon Sax, on n’échappe pas au clin d’œil (et ce papier ne fera pas exception) : Louis, le chanteur et guitariste du groupe, c’est le fiston de Robert Forster, anguleux co-leader des Go-Betweens, ce groupe magnifique qui fut l’un des secrets pop les mieux gardés des années 80. Mais ne parlons pas trop du père (à redécouvrir, pourtant) : ce serait faire offense au talent du fils, qui a bien compris dans quels interstices se situait le saint esprit du songwriting.

N’allez pas croire, malgré tout, que le Loulou soit du genre à la jouer solo. The Goon Sax, c’est un trio, un triangle dont James Harrison et Riley Jones sont les deux autres pointes. Deux mecs, une meuf, plein de possibilités. Celle qu’a choisi The Goon Sax ne manque pas de panache : reprendre le flambeau de l’indie-pop, ce territoire cristallin abimé par trop d’ironie et de facilités lénifiantes, par dix-sept milliards de groupes interchangeables jusqu’aux paires de chaussettes. Persuadé.e.s pourtant qu’il restait encore quelques grandes chansons à écrire avec des guitares qui carillonnent, des mélodies limpides comme l’eau vive et des textes honnêtes, sans esbroufe ni équivoque, les Goon Sax se sont collé.e.s au turbin. Une mission perdue d’avance dans un monde rap et électro ? Une aventure condamnée à l’ennui ferme ? Il faut croire que non, et plutôt deux fois qu’une.

Up to a classic

En 2016 déjà, leur premier né, « Up to Anything », laissait entrevoir de belles promesses juvéniles, coloriant la robe de Sarah Records avec des crayons Pastels. Ce deuxième album, « We’re Not Talking », les amène à un niveau encore supérieur. Les chansons sont aussi sincères et enthousiasmantes, mais plus nerveuses, plus accrocheuses dans leurs compos. Mieux produites, aussi, avec le concours de James Cecil et Cameron Bird, membres fondateurs d’Architecture in Helsinki. Çà et là, un violon, une trompette font quelques incursions. Autant de renforts qui accompagnent la transition de The Goon Sax : finis, le lycée, les années twee et teen, ces après-midis entières passées à câliner innocemment en écoutant du Marvin Gaye (vraie anecdote du trio, racontée chez Noisey AU). Place aux premiers déchirements adultes, à l’amour qui foire, l’angoisse, la dèche, la solitude, les spectres du placard, ce genre de sentiments pas toujours dans le ton à Poppy-Les-Petits-Oiseaux. Et pourtant, ça passe comme (devrait passer) une lettre à la poste.

The Goon Sax adopte la coupe cintrée, affine la taille. Ça réjouira les coquets.

Car malgré ses faux airs de petit disque qui ne paye pas de mine, « We’re Not Talking » s’avère riche en morceaux racés, vulnérables, évidents. Mêlant fougue et sensibilité comme le font tous les bons albums de jangle pop, ces Goonies-là alignent les chansons mirifiques comme à la parade : Make Time 4 Love, Love Lost, Strange Light (le meilleur titre des Field Mice depuis quand vous voulez), Sleep EZ, We can’t win, A Few Time to Many … Je pourrais citer quasiment l’intégralité de la tracklist. Car, que le tempo soit alerte ou ralenti, en formule électrique ou acoustique, les trois Australien.ne.s font preuve d’une rare habileté pour trousser leurs chansons et leur donner l’allure de classiques intemporels. Sur ce coup-là, The Goon Sax s’élève à la hauteur de Jonathan Richman (l’interlude Somewhere in Between), de Felt (She Knows), du nec plus ultra de chez Flying Nun, ou du sublime « 16 Lovers Lane » de vous-savez-qui.

Même pas besoin de forcer les compliments, ils viennent spontanément aux lèvres. Et quand bien même on tomberait à court d’éloges pour cet objet, il y fort à parier que d’ici vingt ans quelques esprits curateurs et malins ne manqueront pas d’aller le ranger sur l’étagère des disques cultes™, une auréole qui sera alors bien pratique pour justifier une réédition sur des vinyles à whatmille grammes trop chers, comme sur des supports technologiques dont l’idée n’est sans doute même pas encore venue à ceux et celles qui les inventeront (avant de se les faire racheter par les GAFA, histoire de contrôler un peu plus le monde).

On ne parle pas du futur

Douze morceaux en trente minutes : The Goon Sax adopte la coupe cintrée, affine la taille. Ça réjouira les coquets. Alors, oui, bien sûr qu’on a fait plus original que The Goon Sax. Plus cool, plus délirant, plus bruyant, aussi. Et on sait qu’on ne tient pas là le rock du XXIe siècle que Bobby Gillespie appelle de ses vœux ; « We’re Not Talking » aurait très bien pu sortir en 1988 sans que ça ne nous déconcerte outre-mesure. Et alors ? Si vous cherchez moins le futur numéro 1 du Top hype que des chansons pour passer l’anthropocène avec une bande-son pas trop dégueu, vous êtes au bon endroit (mort aux stars fuckers !). Et quand le pouvoir enchanteur d’une galette est plus fort que prévu, on aurait tort de se priver, ou de ne pas en parler. Le reste est littérature et notes de pochette illisibles.

The Goon Sax // We’re Not Talking // Wichita/Pias. Sorti le 14 septembre.
https://thegoonsax.bandcamp.com/album/were-not-talking

8 commentaires

  1. y’en a 1 espaignet ?? sur facetabouk qui n’a ecouter que des singles!!! bravp!! fortiche!!! mais pas ecouter les 2 albums!!! t’es 1 pipo!!!!! 1 peteux de prétentieux sans grâce!!!!!

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