Y en avait un peu marre de tous ces groupes qui tiraient la gueule tout en ouvrant les portes de l’enfer à coup de Rickenbacker. La vérité, c’est que depuis un concert tout pourri des Black Angels, le cœur n’y était plus. Et puis, l’Alsace et la Lorraine sont apparues sur la carte rock. Ne souriez pas, je suis sérieux.

Amère, horrible, insondable déception : à une époque, j’avais tout misé sur les Black Angels. Pochettes de disques impeccables, psyché-rock dark à souhait, shoegazing de bouseux menés par une fille à la batterie… Tout semblait parfait. Ne manquait plus que la confirmation live. Ce qui, vous en conviendrez, est aussi fondamental qu’un orgasme du feu de Dieu après un baiser prometteur. Et là, patatras : du riff au kilomètre tout plat sur l’encéphalogramme ; pas une secousse, pas un frisson pour de bon, pas de sueur froide, pas de terreur broyant les os à s’en arracher les cheveux un par un, pas l’ombre de cette catharsis qu’on a hâte de coucher sur le papier, une fois de retour sur terre, tout fiévreux de la conviction qu’on tient là un truc, au point d’en balbutier devant son écran. Le concert s’était fini, la vie avait repris son cours et j’avais rangé le disque avec les autres, ce qui n’est jamais bon signe.

Vous ne m’aurez pas, l’Alsace et la Lorraine ! Ah bah si, en fait.

Et puis voilà que le Dissolve me des Feeling of Love s’est invité sur ma platine. Couteau headbangant dans la plaie, boyaux se mettant à chanter, doigts tremblants sur le clavier ; voilà que ça recommençait. Quel titre d’album !.. Et puis ce nom de groupe !.. Moi qui avais décidé de ne plus mettre de bandoulière à mon clavier, ni pédale de fuzz, ni chair de poule à quatre temps déclinés en paragraphes, j’avais l’air un peu idiot. Mais j’avais une excuse. Enfin deux, pour être exact. First : ce groupe semble jouer avec le sourire, ce qui vaut bien une poignée d’alléluias crachés dans sa purée. Second : ils sont français ! Metz ! Strasbourg ! Nom d’une saucisse ! J’ai résisté un peu, pour la forme. C’est important, la forme.

Voilà ce que ça donne : joies incantatoires, chorus à écouter sous Fervex, Farfisa fissa, beat monolithique enflant à vue d’œil, six cordes sonnant comme cent, groove très bayou. Ca et l’image d’un chef indien dansant et psalmodiant dans une rame du tram de Strasbourg. Avec arrêt à la station Numboy obligatoire : un pur moment de rock’n’roll, comme on dit. Le genre qui te donne envie de devenir le shaman de ton quartier, si tu vois ce que je veux dire. Autre moment de bravoure à savourer : I’m right, you are wrong, avec sa batterie qui galope au milieu d’une prairie d’asphalte où quelques herbes médicinales font de la résistance. Et puisqu’on est dans les potions magiques, autant causer de Là-bas c’est naturel, sur lequel le band semble avoir fini sa réserve de peyotl. C’est d’ailleurs là que j’ai vu la lumière : Black Angels et consorts m’avaient fait rêver, avec leur côté cow-boys. Mais maintenant je suis du côté des indiens. Décidément, Born Bad se trompe rarement. Cette précision faite, je retourne dans mon tipi. Le visage tout pâle.

P.S / Empty Thrash Bag est aussi très bien.

The Feeling of Love // Dissolve Me // Born Bad Records
http://www.myspace.com/thefeelingoflove

8 commentaires

  1. En effet, tout cela envoie quelque chose de très très sévère à coup de reverbs pulvérisatrices et hypnotiques. La mélodie est aussi très maîtrisée, c’est hyper bien, plus royaliste que le roi!

  2. ah ben voilà!Ca faisait longtemps qu’il avait pas pondu un papier,le vieux…et le nom de Vernon réapparait,lille est premier,Kurt Cobain est mort,et Monique à la sexualité indéterminée traine ses guetres et son fouet du coté de la rue Thiers.Gignac,ben il est pas bon,mon André-Pierre Cognac claque tjs aux lendemains de fete peu chantants.Bref,ton feeling of love est sympathique,sans mettre de gifle.Par contre Anna Calvi au Café Julien…
    Bises

  3. Qui plus est du très bon rock garage. Et puis d’abord, Anna Calvi, si on en parlait un peu moins, la face du monde serait inchangée et surtout elle existerait un peu moins…

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