La house est-elle soluble dans Gonzaï ? Délicate question à laquelle il nous apparait utile de répondre, comme ce fut le cas tout récemment avec deux Gonzaï Shows organisés à la Gaité Lyrique, ou aujourd’hui en décortiquant l’actualité disques via notre rubrique express nommée Telex Review. Parce qu’en fin de compte, il n’y a aucune raison que l’on occulte ici une esthétique qui participe de la pop culture, s’émancipe essentiellement dans les marges, et continue à se régénérer par l’action conjuguée du « crossover » et des nouvelles technologies. Alors… Can you feel it ?

Cela pourra paraître dingue aux yeux de certains, mais sur le créneau de la house, il y a des tas de trucs stimulants qui continuent de sortir régulièrement. Bien sûr, on ne parle pas ici de gens comme David Guetta ou Martin Solveig (qui produisent au kilomètre de la « dance » dans son acceptation la plus péjorative), mais bien de cette « internationale » underground qui officie dans les meilleurs clubs, soirées et festivals de la planète. Comme chacun sait, le format de référence, pour tous ces morceaux destinés à être joués sur de gros sound-systems, c’est le maxi-vinyle. Ou le fichier numérique puisque l’époque s’y prête, mais quoi qu’il en soit, c’est le morceau dans son unicité qui prime. Morceau qui prendra tout son sens une fois inséré dans une playlist cohérente et évolutive, mais aussi au sein d’une « écurie », d’un label dont le gros du travail consiste à fédérer autour de sa « couleur » différents artistes. Plus que les albums, ce sont donc des compilations (de préférence mixées) qui traduisent au mieux la vivacité de ce courant musical, petite sélection de ce que l’on a écouté de mieux ces dernières semaines.

DJ Koze – « Amygdala » (Pampa)

de-0331-445852-frontPour commencer en douceur, toi lecteur qui aime à t’enfiler des disques de space-rock en te gavant de substances hallucinogènes (herbe à chat, champignons rares, Stilnox et autres benzodiazépines), voici un disque dont les effets peuvent s’apparenter à ceux d’un bon vieux Pink Floyd, sauf que bien sûr, les envolées instrumentales ont ici été remplacées par des boucles et des rythmiques en 4/4 (et c’est là qu’il s’agit donc de s’accrocher). Partout sur cet album, celui d’un vétéran gentiment allumé de la house allemande, on entend des effets stéréophoniques de toutes sortes, bandes à l’envers, voix trafiquées, samples échafaudés sous influence : difficile de faire plus psyché dans ce registre, d’autant qu’ »Amygdala » se prête avant toute chose à une écoute domestique. Pour rendre sa came plus accessible, DJ Koze l’a coupé avec des interludes plus downtempo, lumineux au possible, puis l’a fait tourner à des invités de choix, de ceux qui emmènent la pop moderne dans des directions inédites (Caribou, Apparat, Matthew Dear). N’ayez pas peur de vous plonger dans ce long trip sensoriel, comme plongé dans le liquide amniotique d’une vache qui aurait ingurgité trop de pavot (Marguerite, ton lait va tourner).

Compilation : « Rebel Rave 3 » (Crosstown Rebels)

V1364202414_crosstown-rebels-present-rebel-rave-3-2013ous souhaitez pousser un peu plus les portes de la perception ? Le voyage commence ici, chez Crosstown Rebels, l’un des labels les plus respectés sur la scène internationale. Aux commandes, une sorte de grand gourou copieusement cramé, Damian Lazarus, ex-journaliste et directeur artistique anglais aux oreilles fines, passé depuis de l’autre côté en mettant sur pied sa propre structure (qui fête cette année ses dix ans d’activisme) et en devenant à son tour l’un des meilleurs DJs sur le circuit. Pour fêter la fin du calendrier maya, le mec a récemment organisé un festival en plein cœur de la jungle mexicaine, au pied d’une pyramide. Il aurait eu la révélation après avoir rencontré un shaman… Voilà pour situer : beaucoup d’ésotérisme, des fêtes données un peu partout sur la planète, celles-ci étant généralement affiliées à des séries de compilations dont les intitulés parlent d’eux-mêmes (Get Lost, Rebel Rave, Day Zero). Sur ces compiles, Lazarus collecte toutes les tendances de la house, pour peu que ce soit à la pointe, underground, et propice au décollage. Vous aimerez certains trucs, vous en détesterez d’autres. Mais vous ne pourrez plus ignorer que le bonhomme a une nette longueur d’avance sur ses contemporains.

Compilation : « Hot High Lights » (Hot Creations)

hot-creationsParmi les nombreux artistes que Damian Lazarus a lancé, il en est un qui est aujourd’hui au firmament : Jamie Jones. Branché à l’origine sur la même veine « post-minimale » que son mentor, ce Londonien d’origine métisse s’est émancipé il y a trois ans en opérant un retour aux fondamentaux de la house – groove, profondeur, hédonisme – subtilement revisités à l’ère du numérique. Son label, Hot Creations, accueille tout un tas de jeunes producteurs qui rafraichissent le genre à coups de gimmicks 80’s, de grosses basses synthétiques et de vocaux qui empruntent autant au R’n’B qu’au hip-hop. C’est assez pute dans l’ensemble, ça manque même souvent d’aspérités, mais quand les tubes commencent à tomber (Hot Natured, Miguel Campbell, Danny Daze, Infinity Ink, Wildkats…), personne ne peut résister à cette musique taillée pour la saison estivale, charriant des flots d’images de filles superbes, la peau brunie par le soleil, ondulant outrageusement du bassin dans leur bikini bleu turquoise. Bref, ça suinte le funk et le sexe par tous les pores, et ça donne une bonne idée de ce qu’aurait pu faire Prince à ses débuts si il avait anticipé la house (et moins joué à la diva virtuose).

Compilation : « 10 years » (Get Physical) et Compilation : « Back to back vol.7 » (Mobilee)

DFrontcover 1400x1400 300dpiImpossible de passer en revue les nouveautés du moment sans s’arrêter un minimum sur ce qui fait l’actu à Berlin, la ville de tous les possibles, de tous les excès, et surtout la capitale mondiale du clubbing « permanent » (le nombre de DJs au mètre carré suffit à expliquer la chose). Bien sûr, les labels indépendants y sont légion. Parmi les plus connus figurent Get Physical (qui fête aujourd’hui ses dix ans) et Mobilee (un peu plus jeune), deux maisons mères qui partagent une vision très contemporaine de la house, « digitale » au possible, incarnant à merveille le glissement progressif de ce genre vers le tout-numérique (ou comment enregistrer une musique de mieux en mieux produite sur un matériel de moins en moins cher, puis la distribuer – sans intermédiaires – sur sa propre plateforme web). Pour autant, ces deux labels (qui ont comme beaucoup d’autres assimilé le revival « deep » de ces dernières années) ont chacun leur « signature » : Get Physical a toujours joui d’une imagerie sexy et hédoniste, quand Mobilee, un peu plus austère, s’inscrit typiquement dans la fameuse tradition minimale allemande. Tout cela vous en touche une sans faire bouger l’autre ? Privilégiez les drogues de synthèse, et on en reparle.

Maceo Plex – « Dj-Kicks » (!K7)

K7306CD_coverEt s’il ne devait en rester qu’un… enfin tout du moins en ce moment, ce serait lui. Eric Estornel, alias Maceo Plex (quand il fait de la house), alias Maetrik (quand il fait de la techno), alias tout un tas d’autres pseudos qui ne sont là que pour traduire la variété du champ d’action de cet Américain, installé en Espagne. Vétéran du métier (même si son physique de jeune premier pourrait laisser penser le contraire), il a vu sa côte monter en flèche il y a deux ans tout juste, à la sortie de son premier album sur le label… Crosstown Rebels. « Life Index » est sans doute l’un des meilleurs albums house de tous les temps : parce que pensé en tant que tel (un début, une fin, des enchainements), parce que focalisé sur l’ADN de cette musique (le plaisir immédiat que procurent un beat lourd et une bonne ligne de basse), parce qu’à la fois respectueux de ses racines et totalement inscrit dans le temps présent. Depuis, les maxis et remixes de Maceo Plex ne font que confirmer son immense talent : celui d’un producteur et DJ au-delà des modes (comme le montre cet ultime volet de la série de compilations mixées « Dj-Kicks », plutôt sombre et panoramique), celui d’un mec qui a – tout simplement – remis les mouvements du bassin au premier plan.

5 commentaires

    1. Cher PA,
      Vous avez sans doute raison, mais j’ai quand même un gros doute. Pourriez-vous me l’ôter en détaillant votre argumentation ? Cela m’aidera pour la suite.

      1. Cher Summer,
        Peut-être été un peu brut dans mon commentaire. Mais en tant qu’amoureux de house, j’ai été un peu perplexe face à votre sélection selon moi assez fade. Je m’explique: vocals vulgaires, son plutôt chiant (c’est lisse, sans aspérités… sans âme ?), grooves pas très marrants accompagnés de mélodies agaçantes. Un peu cocktail à ibiza quoi. Tout ce à cause de quoi j’ai mis si longtemps à me tourner vers ce genre quand même étrange. Pourtant on trouve là dedans des choses bien plus intéressantes que ça: Motor city drum ensemble, Terekke, Kassem Mosse, Kris wadsworth, John Robert… pour des sorties récentes.

        A part ça, très bon papier sur Daft Punk,
        PA

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