Salariés, mère de famille, toxicomanes[1], vous n’avez pas le temps d’écouter toute l’actualité musicale mais souhaitez briller dans les diners, jamais en reste d’une punchline bien sentie pour surfer sur le dernier buzz en ville? Ah bon, vous en avez aussi marre des chroniques longues comme un parchemin remplie de références inconnues? Telex Review, une nouvelle chronique hebdo certainement faite pour vous. Parce que c’est pas parce qu’on n’a pas le temps d’écouter des disques qu’on n’a pas le droit d’en parler.

La crise de l’industrie musicale a beau chanter ses louanges, le facteur passe pourtant tous les matins au bureau Gonzaï. Dans ses bras, des dizaines de disques toutes les semaines : des bons (pas beaucoup), des médiocres (souvent), des perles (on les enfile rarement), des géniaux (on les accroche au mur, c’est pour vous dire). Certains ne méritent pas une chronique, d’autres pas forcément d’être passés à la trappe. Plutôt que de les ranger directement au placard, Telex Review les fait sécher sur la grande corde à linge de l’esprit critique. Revue de disques de la semaine par les troupes Gonzaï, forcément dispersées.

Serlach, comme tous les matin vers 14H, se gratte à l’entrejambe au réveil : aura-t-on un bon disque de folk cette semaine ? Il est le premier à dégainer:

Dylan Leblanc « Pauper’s field » : Look de space cowboy, pochette sépia et une jeunesse qui trépasse sur le passé glorieux des 70’s avec Graham Parsons et Neil Young acoustique en ligne de mire. Malgré une belle pedal steel, on se fait doucement chier sur la platitude des compos et on pourrait même bailler si on le voyait en première partie de Ray Lamontagne. Avec un peu d’âme et de relief ça pourrait pourtant décoller, ouais.

Vic Vega a beaucoup de choses à dire cette semaine, contacté par téléphone on ne l’arrête plus, c’est presque un abécédaire à lui tout seul :

!!! ((chk chk chk) « AM/FM »: « Quand le punk poseur new-yorkais tente de faire danser les masses sur la pointe des pieds ; on se prend à rêver d’un disque dépouillé de névroses, touillant l’habituelle dance-soupe avec des beats mobiles. Puis, trop vite le potage vire au GHB mental et l’on attend la fin de la nuit au fond du trou ».

Dean & Britta « 13 most beautiful songs » : un album hommage à Warhol, cela sonne comme un gag. Sur I’ll Keep It With Mine, Britta pourrait nous chanter sa sécheresse vaginale qu’on n’aurait pas davantage envie de contracter la sclérose en plaques. Sur les autres pistes, le dandysme robotique de chaque morceau prend le pas sur le cliché d’ensemble.

Hilaire n’aime pas vraiment la rentrée, il prolonge l’été indien avec un disque sorti en.. juillet :

I am Kloot « Sky at night » : a l’ombre de l’été, I Am Kloot vient de sortir un vaisseau spacieux comme du Spiritualized. Du prog’ orchestral ballet d’hippopotames avec Elbow à la (ba)barre. Morsure d’un serpent à plumes, c’est Starsailor & Lula qui traversent en dehors des kloots.

Charline, plus laconique, du tacotac :

Brandon Flowers  « Flamingo » : Le chanteur des Killers revient comme une fleur pour nous filer le bourdon avec sa sale manie de butiner chez Bono.

Vernon est remonté comme un coucou, on reçoit son mail dans la nuit, qui transpire encore :

Jamaica « No problem » : Justice qui jouerait de la guitare en plastique, Phoenix en crise d’anorexie dans un ascenseur, une horde de Pony Pony Run Run bousillée à la kétamine, la BO les années 80 avec  Marc Dorcel à la batterie électronique (ta mère, ça va de soi) : No Problem disent-ils. Et c’est bien ça le soucis. Ou quand la coolitude agrandit un territoire dictatorial de plus en plus étendu. Mon royaume pour un ponrey kité, que je file poser des bombes (à eau, ça va de soi) jusque en Jamaïque. Jah je sais pas , mais moi je love pas.

Christophe Deodato confirme, aïe aïe aïe pour les rastas :

Jamaica « No problem » : Le 1er album des deux ex Poney Poney  (Antoine Hilaire & Florent Lyonnet), produit par Xavier Rosnay de Justice (youpi) est une caricature électro –rock labellisé french qui se touche. « I Think I Like pas du tout Jamaica « . No Problem

C’est bien simple, Le Poulpe, lui, ne se remet pas du nouvel EP d’Alex Rossi :

Alex Rossi « My life is a fucking démo » : la dernière fois que j’ai craché du sang, il n’était pas aussi rouge que le blase d’Alex Rossi. Si la vie est une chienne, j’aime à fond le cul de la mienne. My life is a fucking demo s’écoute dans l’urgence comme un bon vieux coup de SAMU, avant de crever la bouche ouverte sur le pavé.

Ismène de Beauvoir, la mauvaise langue toujours bien pendue, s’excite au bout du combiné :

The Hundred in the Hands « The Hundred in the Hands » : Un nom à la clarté sibylline ne doit pas faire oublier le principal : On peut être signé chez Warp et faire du sous-Au Revoir Simone.

Chief « Modern Rituals » : Si tout le monde n’en n’avait pas parlé, comment aurais-je su qu’il fallait en parler ?  Sinon, ça va toi ?

Bester clôture la première conférence d’écoute, qu’a-t-il écouté cette semaine ?

Sufjan Stevens EP « All Delighted People » : ça commence comme d’habitude, un arpège à la con, une réputation de messie longtemps ursurpée avec des albums à la con de Noel et d’autres plus concepts sur des territoires américains à la con eux aussi. Sur ton nouvel EP Sufjan (un prénom à la con ça aussi), y’a au moins une chanson qui m’a fait chialer trois fois, « Heirloom », un monument de beauté tout en picking qui rappelle Crosby Stills and Nash dans leurs plus beaux efforts. Fais gaffe Stevens : avec de si beaux miracles, je vais vraiment finir par croire que dieu n’existe pas.


[1] Les trois peut-être, et là c’est pas de bol !

11 commentaires

  1. Personnellement pas écouté… j’avoue n’en avoir rien à foutre. Je pense même que le nouveau disque de Britney Spears m’intéressait plus. Pour info les Inrocks le place dans les disques de la rentrée, un bon indicatif…

  2. On peut ne pas aimer Of Montreal mais on a pas le droit de ne pas les connaître, surtout les 7 albums et les 6 EP qu’ils ont sorti avant que les Inrocks n’apprennent seulement leur existence, soit au moment de la sortie de Hissing Fauna…, début du déclin selon moi. Ben quoi combien de groupes n’ont fait que deux albums corrects, les premiers en général (beaucoup selon moi)?

  3. Encore une fois nous sommes d’accord, cher Matt.
    A ta dernière question, j’ai envie de dire qu’ils sont nombreux en ce moment, d’où la naissance de cette rubrique, finalement. Mais fais gaffe hein, à force on va t’engager.

  4. Je prends pas mal de plaisir à être d’accord avec vous, en prendrait davantage à écrire comme vous, en conserve toujours autant à rester indépendant.

  5. Et je prends pas mal de plaisir à lire ce commentaire, ça je le sais depuis le début de nos correspondances par commentaires interposés. Ca fait un bail déjà, d’ailleurs.

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