Le vent qui monte doucement me décoiffe les cheveux et dans un souffle continu fusionne avec le bruissement des vagues. Avec Tame Impala, je viens lécher la bande de sable humide, couleur bronze doré, avant de venir imbiber de sel les bords de mon pantalon de lin blanc.

Des particules de sédiments viennent percuter le verre de mes Ray-Ban qui reflètent, dans les derniers rayons de soleil, le temps d’une seconde suspendue à jamais, un paysage crépusculaire sous polaroïd distordu, définit autant par le grain que par la lumière. Je porte le bord givré et citronné de mon verre de tequila aux lèvres et en captant ce gout particulier que je ne connaitrai plus jamais, je pense à Syd Barett et à son génie brulé, à Eleanor Rigby et sa solitude bénie, au Rock Bottom de Robert Wyatt et sa mélancolie salvatrice. Ils m’accompagnent tous cette dernière soirée à cette table de fer forgé blanc, dévorée par la rouille, oxydée par l’air iodé. Je pense aussi à ses cheveux blonds, lumineux, emmêlés sur mes draps blancs et qui bercent mes hallucinations.

Outre ses plages, l’Australie c’est aussi le berceau d’un nouveau groupe qui commence à faire sensation, bâti sur les cendres de Dee Dee Dums, duo aux accents blues, jazz et psyché. Après une poignée de concours et de festivals qui les font connaitre sur leur terre natale, fin 2007, un nouveau line-up amène un nouveau nom, en référence à l’impala, une espèce de petite antilope. Léger et racé. Tame Impala annonce la couleur. En 2008, un premier EP parait chez Modular Reccording mais, malgré toute ses qualités, peine à se démarquer de ses influences principales. Trop de Cream dans le café et une tournée avec les Black Keys, entre autres.
Ainsi, probablement pour éviter l’étiquette du groupe nostalgique qui prend trop facilement la root des sixties défoncées jusqu’à la moelle, Kevin Parker, leader et grand gourou en studio, va brouiller les pistes, doubler les prises, superposer les tracks à l’aide de Dave Frimann qui à déjà bossé pour Mercury Rev, Sparklehorse, Mogwai, The Delgados,…

Le temps est suspendu, le soleil repose, en apesanteur, sur un crépitement bleu et blanc. L’alcool a chauffé mon esprit qui divague et hypnotise mon regard  figé sur l’astre incandescent vibrant de rouge et d’orange; je végète entre deux dimensions, je fixe l’astre jusqu’à perdre toute notion d’espace. Les minutes qui s’égrènent prennent des allures de motifs infinis qui s’enroulent sur eux-mêmes pour mieux se redessiner. Mes rétines brulent, fondent et s’évaporent dans ma tête ne me laissant plus que des tâches de couleurs complémentaires et des éclaboussures de persistances rétiniennes gambader dans ma tête. Je suis une éponge j’absorbe et je rayonne. Je suis désintégré. Je danse avec le spectre des couleurs. Dans la lumière, je m’efface de l’ombre de moi-même et je me noie dans les dunes.

Guitares allégées mais pas moins saillantes, rythmique passée au tamis dans un groove précis à l’infini, voix embuée qui s’infiltre entre les couches de son et envolées magnétiques vont enfanter de petites enluminures au format (presque) pop retro-moderne, tout tend vers une relative volonté d’abstraction électronique.
Avec pour objectif de tromper les sens, de faire perdre ses repères à l’auditeur, de le noyer dans un brouillard aux odeurs d’acacias, Innerspeaker apparaît comme la bande son idéale d’un amour adolescent de vacances qui se définit dans la perfection des souvenirs qu’on s’en fait.

L’été se termine, le temps est venu de m’extraire de cette carte postale surexposée et défraichie dans laquelle je me suis enfermé plusieurs semaines durant. Alors je retiens mon souffle, ça chatouille dans ma poitrine. Les larmes me montent, salées, comme un juste retour des choses. Il ne me restera que des souvenirs filtrés de jaune et de poussière et Innerspeaker à écouter en boucle dans les abysses de ma baignoire.

Tame Impala // Innerspeaker // Modular
http://www.myspace.com/tameimpala

7 commentaires

  1. Cet album c’est juste un somment de psychédélisme, le son est ENORME, ultra(mal)traité, des phasers et des compresseurs en veux-tu en voilà, des pistes doublées à l’infini, une batterie folle qui n’arrête jamais les breaks, une basse omniprésente, de la fuzz à gogo, une voix à la Lennon noyée dans les échos… Et le tout n’est même pas indigeste tellement les compos sont bonnes ! Gros coup de coeur pour moi!

  2. Un incroyable disque, sur ses plus hautes cimes, on croirait presque reconnaitre Lennon jouant au Frisbee avec Amon Düül.
    Quand on sait que ce sont des australiens (des potes à PVT?), on se dit qu’il y a encore de l’espoir. Quelle claque.

  3. J’ai découvert ce groupe dans les tops de fin d’année de certains.

    Alors d’accord c’est bien produit, mais où sont les chansons, le songwriting est d’une fadeur peu commune. C’est flasque et sans énergie. Bel attrape-gogo. Je suis content d’arriver après la bataille, une fois que l’enthousiasme hypeux a décanté, ça m’évite de jeter des euros par les fenêtres.
    Je devrais faire ça avec tous les disques anecdotiques portés aux nues, toujours laisser deux trois mois avant de s’y pencher et voir si ça tient la distance.

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