J.J Cale n’est pas mort, il s’est réincarné en pin sylvestre au fin fond d’une forêt finlandaise et, scoop, il s’est laissé poussé la barbe comme les ZZ Top.

Derrière cette métaphore végétalo-pileuse, on trouve un trio nommé Talmud Beach, à traduire grossièrement par écrit rabbinique à lire sur la plage. Le groupe semble tout droit sorti d’un épisode de My Name is Earl, l’un des types est gras comme un cochon, l’autre est chauve ; les trois pourraient être ici de simples intermittents du spectacle accompagnant Johnny dans son ultime tournée d’adieu – 32e épisode – avec reprises d’Elvis à la clef, et pourtant leur premier disque sent le blues, le vrai. Pas celui de Patricia Kaas.

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L’idée même d’avoir à écrire qu’un groupe finlandais adepte de Blind Willie Johnson puisse sonner comme les bluesmen d’hier a quelque chose d’un peu risible, et pourtant les onze chansons de ce premier LP transpirent le cool californien, le cruising vitre baissée avec coude sur la portière et le lubrifiant (sur portière ou fesse de patineuse). Comme récemment avec Endless Boogie, Talmud Beach déjoue ici tous les clichés du blues (être noir, vivre à Chicago, porter des T-shirts en coton confectionné par grand-papa au fond du champ) et prouve que même les blancs peuvent sauter par dessus la barrière. Le résultat, c’est un disque à la fois pas prétentieux et plein d’ambitions qui évite le charabia habituel (des morceaux de 10 minutes alors que tout peut tenir en 1’30, coucou Wooden Shjips) et mixe boogie west coast (City Lights), comptines des plaines du Mississippi (The Wizard) et riffs à la limite du stoner (Drinkin’  Kilju).

Définitivement plus rednecks que bikers, et tout cela à même pas deux heures d’avion de Paris, les rois mages de Talmud Beach aiment la bière, les accords binaires et Tina Ternaire. De quoi convaincre tous les perdants pas magnifiques qu’il y a une vie après la beauté et les poses d’esthètes dans les boudoirs. Et comme nos amis finlandais le résument parfaitement sur Sold my hair : « I sold my hair to the devil / The Devil gave me the blues / Now I don’t need to use that shampoo anymore ». Si Robert Johnson a vraiment vendu son âme au diable, en voilà au moins trois qui ont refourgué tout leur premier degré à Eric Clapton.

Talmud Beach // Talmud Beach // Bone Voyage (Differ-Ant)
En tournée française au mois de mars

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