Il semblerait que personne n'ait daigné prévenir Billy Corgan que les années 90 étaient finies ; Kurt Cobain est mort et Skyrock désormais premier sur le rap. Neuvième opus du groupe, et démenti formel à tous ceux qui pensaient que Billy s'était ramolli : "Oceania" n'est ni mieux ni moins bien que ses prédécesseurs. Il est exactement pareil.

Faut avoir un certain culot pour laisser sonner une distorsion comme sur la fin de The Chimera : le son lourd et propre du grunge FM nineties qui rappelle autant les grandes heures de Fun Radio (à l’époque où Black Hole Sun de Soungarden tournait en boucle) qu’une après-midi chez les marchands de grattes de Pigalle, Come as you are à fond sur le Marshall sous le regard approbateur du vendeur — sous-titré « t’es un killer, allez achète ». Tout ça pour dire que Smashing Pumpkins ne nous rajeunit pas. Encart talkin’ bout my generation : la première fois que j’ai entendu parler de ce groupe, c’était dans la cour du collège, Julien m’avait même passé une cassette de « Siamese Dreams ». Souvenirs souvenirs. De là à qualifier « Océania » de madeleine de merde, il n’y a qu’un pas que je ne franchirai pas. Procédons plutôt à l’écoute.

Les vingt premières secondes sont les plus dures, soyez prévenus. La scie à la guitare sèche sur quatre accords, la voix énervante de Corgan et une première question : c’est bien gentil d’avoir rebooté le staff rythmique, mais pourquoi ne pas avoir pas viré le chanteur ? Ah non on peut pas, mince. Ces vingt premières secondes, sans compter la transition épique avec les violons et la grosse guitare, c’est un peu comme ça qu’à mon époque on envisageait la chanson ultime. Quelque chose d’intimiste qui, progressivement, dans un immense élan romantique, se transfigurait en quelque chose d’énorme, de la chambre de jeune fille au stade de rock, le scénario de Braveheart en musique. Le son qui te donne envie de libérer l’Écosse.

Chimera, Glissandria, des morceaux bâtis sur des riffs. Un peu désuet comme méthode de composition. Inkless est du même tonneau, ça rappelle tout de même de bons souvenirs : Zero, Today. Peut-être qu’en Amérique il y a encore des gens qui s’émeuvent de ce genre de choses. Mais voilà que nous sommes à peine arrivés à la chanson-titre de l’album, et que j’ai déjà épuisé mon stock de sarcasmes. Ce qui n’empêche pas Billy Corgan de continuer à faire exactement ce qu’il sait faire. Rien ne semble pouvoir infléchir sa course. Et je suis persuadé que dans vingt ans ce sera la même chose — formule rhétorique, fin du monde en 2012 les gars. Rien ne semble pouvoir l’atteindre. Pas de virage électro à la Radiohead, et si un clavier est employé sur One Diamond, One Heart, il évoque plus INXS que l’avenir de la musique. Pas de virage hip hop non plus — mais c’est déjà plus casse-gueule pour un groupe de rock — même s’il faut saluer ici la tentative de Dee Dee Ramone sous le nom de Dee Dee King.

Alors c’est les Smashing qui gagnent. L’ensemble est solide et, à défaut d’identifier un quelconque morceau autrement que sous le tag générique de « morceau de Petit Billy », les douces mélodies s’enchaînent agréablement avec des parties plus coriaces, parfois au sein de la même chanson, formant une bande-son de fin d’après-midi sur l’A13 assez agréable. Le titre Oceania tire sa révérence au rock prog avec panache, Panopticon évoque une jeunesse désormais lointaine et Wildflower porte la touche mélancolique finale à l’ensemble. Fin du voyage, on coupe le moteur.

Smashing Pumpkins // « Oceania » // EMI
http://www.smashingpumpkins.com/

9 commentaires

  1. Franchement bravo parce que je crois que je n’aurais su dire mieux, j’ai pensé exactement la même chose sur ce disque, de bout en bout.

  2. J’ai toujours soupçonné Billy Corgan de se faire presser assez fort les testicules quand il chante.
    Quelle merde ce groupe, c’est fascinant.

    Allez je vous laisse, je vais écouter les commentaires de Thierry Adan sur l’étape du jour du tour de France. Il doit être fan des Smashing Pumkins ce mec, c’est certain.

    Pisse.

    Guitou

  3. Aha, bien envoyé, et reçu, ça fait plaisir !
    Putain, claire sinon que c’est quand même une bonne « madeleine » de merde les Pumpkins (encarton « talking bout my generation » hein). Pfff pour moi son dernier vrai album au Billy, celui qui boucle l’odyssée, c’est Machina, qui est (j’ose le dire) un grand disque de pop-rock-heavy sophistiqué et inspiré. Voilà !

    Sylvain
    http://www.parlhot.com

  4. Je vais être le commentateur qui ramène sa science.

    Depuis Machina, je trouvais que Corgan n’avait rien de fait de bon. C’est à l’aune des bouses successives que j’ai été agréablement surpris par cet Oceania. Mais comme vous dîtes, ça reste de la redite.

    Le problème de Corgan c’est qu’il n’a pas assumé le tournant électronique de l’album post-overdose « Adore ». Il ne l’a pas assumé parce que cet album ne s’est pas vendu, même si c’est un chef d’oeuvre. Les fans ayant rechigné à écouter du synthé et des boites à rythme, Corgan n’a eu de cesse de leur prouver qu’il avait fait une bêtise en leur vendant des albums rocks comme ils aiment.

    Maudits soient les fans, et maudits soient les reniements.

  5. Roust, j’acquiesce. L’ogre Corgan s’est fait manger par ses fans et son côté « fan boy » du rock alors que oui, il avait entamé une belle mue avec Adore, clairement… Pas eu les couilles d’un Thom Yorke le gars, pour ça qu’aujourd’hui il crache vertement sur Radiohead à mon humble avis.

  6. ba mon commentaire n’a pas été publié…

    je disais que les Smashing avaient changé de style en pleine gloire en signant « Adore », plus électronique, intimiste et sombre, mais que cet album n’avait pas marché. Ensuite ils sont rentrés dans le rang.

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