Nous avons reçu le nouveau disque de Bo, "Schyzopolis". D’abord on a lu le communiqué de presse et puis on s’est dit que forcément l’album ne pouvait pas être aussi catastrophique que ça, ou alors vraiment tres tres catastrophique, du Paco Rabanne, de la fin du monde musical, le point zéro de la néo chanson francaise. Alors on l’a écouté. Crash-test avant et après écoute, une conversation entre Cajon Kiddo et William Burren, sur les communiqués de presse, le dandysme et la bôté.

Cajon Kiddo: Je n’ai jamais eu l’occasion de rire à la lecture d’un communiqué de presse, mais je dois bien reconnaitre que là, c’était magnifique . «Bo : un songwriter-crooner-pop-trentenaire-parisien», suivi d’ un pléonasmique «oui, tout ça», comme si le rédacteur de cette publicité artistique à décalquer s’attendait à ce que l’on se dise « waow». Et ils en rajoutent une couche : « Un type trop bien habillé pour supporter les étiquettes du prêt à écouter. Un musicien qui pratique le mélange des genres en gardant son style. »

William Burren: Waow. Ca mérite une minute de silence. Sérieux Bo, quelqu’un te traite de songwriter-crooner-pop- trentenaire-parisien et toi, toi qui a écrit une chanson « ultra-sexy » qui s’intitule No more mister Nice Guy. J’imagine une référence chic à Alice Cooper, un homme qui buvait du sang sur scène, et toi qui poses nonchalamment sur la pochette de ton disque en relevant ton col, comme Pete Doherty le rebelle, qui lui même suivait l’exemple de Bob Dylan le rebelle. Toi, Bo, «salué notamment par les Inrocks , Télérama ou Tracks», toi, tu acceptes qu’on te décrive comme un songwriter-crooner-pop-trentenaire-parisien, l’exact définition du chanteur à abattre ? Et puis sérieux, tu as déjà entendu parler d’un musicien trop bien habillé pour supporter les étiquettes du prêt à écouter ? Elton John peut-être ?

Cajon Kiddo: En tout cas la pochette de l’album aurait pu être une pub de mode. Ce noir et blanc Calvin Klein… Mais ensuite ça monte d’un cran. Après avoir fait l’éloge du jeune dandy , l’attachée de presse nous encense le talent sexuellement insoutenable de la bête qu’est Bo. C’est que No more mister nice guy, premier extrait « ultra -sexy» de l’album , «promet de faire des ravages». Alors, après avoir été ravagé et avoir senti un feeling incroyable, mesdames, mesdemoiselles et messieurs préparez-vous à faire une plongée dans l’univers «intimiste» de Bo le magnifique avec le «vénéneux» duo Chemical kicks qui vous fera craquer – c’est tellement vibrant Kick comme mot – puisque Brisa roché, qui chante avec lui, y «injecte» sa patte artistique pour un «pur moment de poésie» . Et comme si cela ne suffisait pas – un brin de culture et une touche de discussions intellectuelles sont importants dans ce genre de situation – c’est Berlioz qui assure le quota érudition classique, Ravel étant déjà occupé avec Phillipe Delerm.

William Burren:  C’est vrai que Bo est très doué pour le name dropping. Le titre de l’album « Schyzopolis » est aussi le titre d’un honorable film de Sodherberg, ses chansons s’intitulent Lou Reed, Berlioz ou Monk et Billie… Des «références chics» nous dit le communiqué, c’est Lou Reed qui va être content.

Cajon Kiddo: Un communiqué de presse qui se veux papier sensuel proche de l’érotisme pour un univers ésotérique où les sensations sonores se passent dans un monde répondant au sombre nom de Schyzopolis . Attention Bo, je n’en peux déjà plus … On reprend une bière et on écoute ses chansons qu’on avait jamais eu l’occasion d’entendre malgré «des centaines de concerts et un buzz autour de Yokohama single survitaminé entendu en haute rotation sur Oui FM» nous dit plus loin le communiqué de presse

Cajon Kiddo:  …

William Burren:   …

Cajon Kiddo:  Parlons musique. C’est de la pop là.

William Burren:  Voilà, c’est ça qui est terrible… C’est pas si mal en fait. Ca ressemble un peu à de la pop française des années 60.

Cajon Kiddo:  Comme des chansons yé-yé il y a des airs qui te restent en tête . Tokyo par exemple, … Mais les paroles j’ai bô réécouter je ne comprend pas où il veut en venir. Notamment sur Lou Reed. Surtout que lui en écoutant la chanson, il l’aurait sans doute explosé!

William Burren:  C’est bien produit en plus.

Cajon Kiddo:  J’ai écouté trois fois l’album et musicalement c’est vraiment bien orchestré. dur à dire après avoir lu le communiqué de presse, mais c’est varié. Tu reconnais le style de l’artiste, mais tu ne te farcis pas le même morceau durant 45 min. Ce n’est pas du Christophe Maé. Il y a un vrai travail au niveau du rythme, des percussions.

William Burren:  Oui mais les paroles… en fait, à écouter les paroles, il y a un truc qui cloche, on a toujours l’impression d’être au premier degré et demi. C’est pas vraiment du premier degré, mais ça n’arrive pas non plus à être second degré.

Cajon Kiddo:  Non et pourtant je l’ai cherché le second degré, ou le lien entre les mots, les phrases ; en réalité c’est complètement déconstruit, sauf que ça ne fonctionne pas. Katerine par exemple, avec un morceau où il ne dit que «bla bla bla» , tu trouves beaucoup plus de chose à dire paradoxalement. Il y a quelque chose chez Katerine auquel tend Bo il me semble, sans vouloir le copier mais dans l’esprit. Mais Bô, c’est encore trop rigide.

William Burren:  En fait, le communiqué de presse est pareil, trop sérieux pour être drôle et trop drôle pour être pris au sérieux. Peut-être qu’il faudrait que Bo utilise ses textes pour le communiqué de presse et que son attaché de presse écrive les paroles de ses chansons, rien que cet échange standard augmenterait notablement la qualité générale du discours produit… Et puis changer de nom aussi, Bou Reed par exemple.

Cajon Kiddo:  Ou Bo Ring…

William Burren:  Encore que Bo ça marche quand même. On peut faire un duo avec Benjamin Biolay, Bo le lavabo, laid le Biolay..

Cajon Kiddo:  Comment ça Bo le lavabo ?

William Burren:  Beau le lavabo, le tube de Vincent Lagaf, en 1989.

Cajon Kiddo:  Ah d’accord, je peux pas connaître, j’étais pas née.

Bo // Schizopolis // Spozzle (MVS Records)
http://boproject.com/ 

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