Il y a un an et demi, je mettais une pièce sur une jeune Américaine à l’organe puissant, entourée de trois jeunes hommes défouraillant du rockab' très bayou. Début 2013, les affaires ne reprennent pas : elles prennent feu. Sallie Ford, vous êtes une sacrée lady.

Très franchement, l’envie d’utiliser le mot « rock » est venue tout de suite. Quand je dis tout de suite, j’entends « dès les premières mesures ». Tout le contraire d’un raclage de fond de tiroir intérieur, une moue à moitié convaincue sur une figure qui voudrait qu’on lui tiraille les joues parce qu’une vague guitare a mugi une distorsion. Non. Dès They Told Me, on se prend un truc rouillé en travers des oreilles. Le plus drôle, c’est qu’à première vue, Sallie Ford ne fait vraiment pas rockeuse. Avec ses lunettes de première de la classe, ses jupes fifties et sa mise en pli, on pencherait plutôt pour une jeune fille sage. Fatal error. Filez-lui un micro et la bête sauvage vous colle au mur fissa. Je dis ça, c’est parce que son nouvel album s’appelle « Untamed Beast ». Mais aussi parce que je commence à avoir des fourmis dans les bras à force de rester collé dans la cloison qui sépare mon salon de la cuisine.

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La Ford dans le rétro

Trêve de pitreries, on est là pour causer du mojo à la dame. Pour le coup d’œil dans le rétro, je vous la fais courte : il y a un peu moins de deux ans, une jeune Américaine au look pré-Mad Men et trois gaillards déboulent avec du rockab’ très bayou bayou, quand la moitié de la planète pousse des boutons assis derrière une pomme, des chaînes en or autour du cou, un blouson en skaï et des baskets vertes en guise de look. Passée la surprise du disque à rebours, « Dirty Radio » met déjà un sacré crochet à la foi, malgré un backing band parfois un peu trop tendre. Mais qu’importe : la miss emporte la mise avec cette voix à te racler le fond du tiroir (je sais pas ce que j’ai avec cette métaphore en ce moment, je dois passer trop de temps au bureau) obligeant à se regarder deux minutes de trop dans le miroir. Bref, on s’incline devant cette donzelle qui a du chien et éructe joliment que « jamais elle ne fera cette soupe infâme qu’elle entend dès qu’elle allume sa radio ». On ne reste pas à genoux cent sept ans non plus, hein, la vie continue. Mais on attend quand même le retour de Sallie en Ford Mustang. Enfin on l’espère. Je referme mon rétro.

SALLIE_FORD-untamed_beast-SFW_20121115_110251« Untamed Beast » s’ouvre donc avec They Told Me, tord-boyau balayant en trois accords poisseux la crainte de la redite qui accompagne la bonne moitié des seconds albums, où l’artiste soigne sa pochette mais pas l’auditeur. Les musiciens jouent plus fort, pas forcément plus vite, mais plus deep et plus lourd, on jurerait que le contrebassiste a découvert les joies de l’électricité, peut-être bien que le line up a un peu changé, en vrai s’en fout, on twiste déjà sur le parquet alors qu’elle n’a pas encore commencé à chanter. Et puis la voilà. Entière. Gouailleuse mais pas trop. Décidée. Déterminée. Comme jamais. « They told me, they told me, to get over it… » scandera-t-elle tout au long de ce rock gras joué à la bonne pulsation qu’elle empoigne – et  nous avec – à pleine voix. Avant de conclure par « But I won’t  never get over it ». You got it ? La Sallie Ford, les muselières, elle les mâche. S’ensuivra du braillement de guitare encore jamais entendue chez cette jeune femme à socquette. Wouhhhhhh ! Lyrics du morceau suivant : « I’m addicted to you, I’m addicted to you, I’m addicted to you… Cold Turkey, it’s a bad idear… » On jurerait pourtant que sa carrière durera plus longtemps que celle d’Amy Winehouse.

Nu, comme un bleu

Arrivé là, je vous épargnerai le track by track que mon logiciel de traitement de sons me supplie d’enclencher – force de l’habitude, manies qui ont la peau dure, tics d’écriture en veux-tu en voilà – car cette jeune femme vaut évidemment mieux que ça. Je lui gueule donc « won’t you give me more shivers », comme elle sur Shivers, chanson frisson qui met la barre déjà si haut alors que janvier n’est pas terminé, et c’est ce qu’elle fait. KO debout, je cherche comment vous expliquer correctement que ce qui ce passe avec ce disque, c’est tout ce qu’on attend de la musique, tout simplement.
Évidemment, je n’y arrive pas, ça m’énerve, je repasse mes morceaux préférés plus fort, une fois, deux fois, je pense à vous, très sincèrement, à moi, très égoïstement, pendant ce temps, Lip Boy me racle le tiroir (blague de bureau, hein) et Rockability déboule à un train d’enfer. Ayant perdu le fil, je ne m’aperçois pas que c’est déjà la fin du disque : Roll Around a éteint les amplis, Sallie Ford n’a pas lâché le micro et je n’ai pas dit mes derniers mots. Sa voix finit de me découper l’armure, le dénuement de tout ça vire à l’impudeur tellement j’ai envie d’écrire le mot frisson quarante-deux fois. Comme on n’est pas à la télé, vous ne voyez pas que je suis nu comme un con, la larme à l’œil sans une bière où tomber, un traitement de texte dans la main gauche et dans la droite, je te dis pas. Non, je te dis pas. Je suis tout à fait raide dingue de ce disque.

Sallie Ford // « Untamed Beast » // Fargo (Sortie le 19 février)
http://www.sallieford.com/

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