Faire danser malin, ça n’est pas à la portée du premier idiot venu. Encore moins s’il est français. Heureusement, il y a Rubin Steiner. Parce que la french qui ne touch plus grand monde, ça commence à bien faire. Son nouvel album, qui sort à la rentrée, devrait servir de parfait antidote aux programmations de plus en plus consanguines des festivals estivaux.

Bien sûr l’imminence des festivals. Bien sûr s’amuser pour oublier qu’une fois la tente repliée, il faudra reprendre le chemin du bureau et des impasses qui mènent à la photocopieuse. Bien sûr, la jeunesse française camée jusqu’aux dreadlocks enroulées sous un chapeau de paille. Bien sûr, les crevards de la téléphonie/des services bancaires/des instituts de sondages et les emballeurs de burgers plus secs qu’un caillou sucé par un enfant presque mort s’en vont enterrer provisoirement leurs existences ennuyeuses dans la boue des campings où, avec un peu de chance, un plus défoncé qu’eux aura laissé tomber son shit coupé. Bien sûr, bien sûr, bien sûr. Oui mais.
Oui mais Rubin Steiner, camarade. Parce qu’un peu de « Discipline in Anarchy », ça vaut mieux qu’un chaos organisé où l’on rentre avec son ticketnet enregistré dans son smartphone. Parce que la sueur n’a pas toujours le même goût. Parce qu’avoir découvert l’électro avec Ed Banger, c’était la garantie de rentrer en musique estropié des deux oreilles. Parce que l’hédonisme, finalement, c’est une mauvaise idée. Parce qu’on peut faire la fête en faisant des grimaces. Parce que de toute façon, d’un festival à un autre, Shaka Ponk et Sébastien Tellier auront votre peau.
Pour toutes ces raisons et pour celles développées plus bas, écoutez pourquoi il vaut mieux installer un festival dans votre salon. Notice explicative garantie sans punk à chien et projection de ce qu’aurait pu être votre été si « Discipline in Anarchy » était sorti début juillet.

Logistique

Pour les maniaques du bordel, récupérez quelques sacs poubelle de terre dans le parc le plus proche, videz-les sur la moquette du salon, mélangez-y plusieurs fonds de bière et marchez dedans avec vos Converse déchirées. Vous voilà fin prêt à baisser les rideaux et à vous prendre Noize Beats en travers de la colonne vertébrale. Parfaite montagne russe de studio, cette track ravira les consommateurs d’ecsta vers quatre heures du mat et les vieux rockers qui restent persuadés que, même avec des machines, il convient d’écrire des chansons. Qui tapent. Noize Beats, c’est parfait pour accueillir Madame de retour du bureau, torse nu, la cravate autour du front et le paquet de chips pas encore tout à fait vide. En cas de grimace sur le visage de l’être aimé, pas ravie de patauger dans la boue au milieu de SON salon, lui tendre le paquet de chips en gueulant comme un ado de 14 ans : « T’en veux ??? » Si ça ne la déride pas, optez pour une nuit au camping. Sur le canapé du salon, donc.

Ambiance

Un festival, c’est d’abord une ambiance. Pensez à accrocher aux murs toutes les PLV que vous aurez trouvées à droite à gauche, de préférence celles faisant la retape des mauvaises bières fabriquées à base de riz parce que c’est moins cher. Sans alcool, la fête est plus molle, hein. Appelez tous vos potes, parce qu’un festival tout seul, c’est quand même la lose. Les voisins peu mélomanes ne garantissant pas une traversée de la nuit sans la visite de la police, mettez direct Peak Panic à fond sur la platine. Après le binge drinking, inventez ainsi le binge dancing : tandis que la moitié de vos amis vomissent leur mojito sur leurs baskets sous les coups de lattes incessants, façon rave de luxe, de cette folie à synthé, l’autre moitié s’agite à grosses gouttes dans la boue que vous n’avez pas eu le temps de nettoyer. C’est avec un sourire béat que vous les regardez retapisser les murs en agitant leurs pieds en tous sens, tels des épileptiques en pleine parade amoureuse. Prends ça, Pedro Winter. Sur la fin du morceau, tout le monde serre les dents, façon descente de speed, et dans la chambre conjugale, Madame jure de se venger. Vous vous resservez un Redbull. Il est 20 h 30.

Booker le remplaçant de James Murphy

DFA envoie la blague the Rapture en festoche tout l’été, et alors ? Vous avez bien mieux que ça en magasin : Try This One. Dernier morceau de « Discipline in Anarchy », cette petite fusée à (multiples) réactions pousse papy Murphy dans les orties avec un final à faire pousser les cheveux de Sim. Idéal pour le quart d’heure extatique entre couilles. Sommez donc tous vos potes de lever les mains en l’air à la moitié du morceau et à 5’52, tout le monde devient complètement cinglé. Prenez le temps d’immortaliser les sourires béats des danseurs en train de ruiner votre salon : ça vous fera des souvenirs les soirs d’automne, au moment de choisir entre fromage et dessert chez les parents de Madame.

Une programmation éclectique

Faire les andouilles sur des BPM kick ass, c’est bien joli, mais un festival, c’est d’abord plusieurs genres musicaux. Ça tombe bien, Rubin Steiner écrit aussi des chansons. Profitez que Dexter sorte des enceintes et que l’assistance fasse de l’air bass en regardant béatement le plafond pour aller vous réconcilier avec Madame. Car il flotte dans ce morceau un doux parfum de romantisme cold wave. Boule à facettes, d’accord, mais qui aurait été dessinée par le Paris de Nicolas Ker. Même topo avec Stripes and Wolves : « Putain ! Il est vachement bien, le nouveau Depeche Mode ! » braillera à coup sûr un de vos invités. C’est bien connu, les festivaliers n’ont pas beaucoup d’imagination. Il convient donc d’ajouter qu’au moment de mélanger vocoder, synthé et batterie, notre french producer n’est pas le dernier pour dessiner à la marge des hymnes fédérateurs. Rubin Steiner, songwriter de dancefloor ?

Drôle de chanson française

En France, les festivals sont bien obligés de programmer du chanteur français, sous peine de silence au moment de reprendre les refrains en chœur, assertion soumise au fameux théorème de Pavlov au pays des moutons. Qu’à cela ne tienne, faites chanter vos collègues avinés sur La plaie de ton doigt, surprenante pop song naïvo-hypnotisante qui prouve qu’on peut poser des textes en français sur un gimmick très chip music sans avoir l’air d’un con. Le tout en continuant de mettre des coups de pied au cul de l’auditeur. NRJ doesn’t like it.

Être éco-responsable

Une fois les gobelets recyclables au lave-vaisselle et le seau de Destop balancé dans les toilettes sèches, vous exhortez tous les fêtards à ranger le salon avec vous, munis de plusieurs sacs différents. Un peu de discipline dans l’anarchie, ça n’est pas si compliqué, finalement. En revanche, après le départ du dernier convive, le silence reprend possession de votre appartement et vous savez que vous êtes bon pour dormir sur le canapé. L’occasion de vous réécouter une dernière fois au casque le petit bijou de Rubin Steiner. En vous disant qu’à la rentrée, vous aurez autre chose à raconter que le vautrage scénique de Sébastien Tellier, les singeries de Shaka Ponk et les « classieuses versions live des bijoux de studio de ces génies de Metronomy ». Ok, Metronomy, c’est bien. Mais Rubin Steiner, c’est mieux.

Rubin Steiner // “Discipline in Anarchy” // Platinum Records
Sortie en octobre

15 commentaires

  1. Je vois de plus en plus ce genre d’article archi-pompeux et complètement condescendant qui desservirait presque l’artiste au bout du compte. Un peu de sobriété merci. Pas besoin d’en faire des tonnes pour décrire un bon album…

  2. C’estlalune, Si tu cherches de la sobriété et les articles aseptisés à la Javel, je te conseille n’importe quels Inrocks, Magic ou Tsugi. Tu y aura la joie de lire des demis-chroniques archis formatées et toutes identiques.
    Pour ma part je salue la performance. Qu’on aime ou pas, il y a encore des gens pour parler d’autre chose que des “classieuses versions live des bijoux de studio de ces génies de Metronomy”
    Bravo

  3. désolé, “sobre” et “formaté” ne sont pas des synonymes, et moi c’est ce genre de chroniques que je trouve formatées…la condescendance commence aussi a devenir un formatage, y’a rien a redire à l’album de métronomy (sauf qu’il a marché?) et rien a redire à l’album de Fred que j’adore. bon bref passe une bonne journée.

  4. C’estlalune, que tu n’aimes pas le papier, no souci, c’est ton droit le plus absolu, comme disait Mr Valeur. Mais la condescendance, là, je vois pas.

  5. En concert le 22 septembre à la Gonzaï VII, à la Maroquinerie ! (c’était l’instant pub, merci de votre attention le programme reprend tout de suite)

  6. C’est le style Gonzai et ça fait du bien. Si t’aimes pas… bah… enfin… tu as compris tout seul.
    Par contre, ne mettez pas Magic au même niveau que les Inrocks quand même. Dur à avaler ça.

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