A un âge où d’autres achètent des tondeuses, Ricky Hollywood n’a rien perdu de sa fraicheur de vivre. De retour avec un EP contenant le contre-tube parfait pour l’été (Chelou toi), il continue sa quête psycho-musicale après déjà plus de 20 ans de carrière. Il s’en explique ici dans une consultation hélas pas remboursée par la sécurité sociale.
Moitié Alain Chamfort moitié Katerine, fusion mentale de plusieurs prénoms français transbahutés dans un Hollywood qu’on ne verra finalement jamais et disposant pour seule arme d’une voix fluette qui rappelle cette époque lointaine où les chanteurs n’avaient pas besoin d’un gilet pare-balles pour balancer des refrains crève-coeur, Ricky n’a pas tous les jours la belle vie.
Musicien indépendant (comme tant d’autres) se heurtant au fait de ne plus être le newcomer de la semaine, il dissémine son talent depuis plus de trois quinquennats et ponctue chacun d’entre eux de petits rayons de soleils qui réussissent à percer à travers la cabine téléphonique où sont entassés ses fans. Cet insuccès tardif, qui lui évite tout de même d’avoir à aller chanter en playback chez Quotidien, prouve néanmoins que Stéphane Bellity, de son vrai nom, résiste pour prouver que la pop française de couloir existe. La preuve avec un EP planant où ses morceaux planent à l’hélium avec, au dessus, ce Chelou toi qu’on se prend à écouter en boucle avec l’envie d’imiter la chorégraphie chez soi en disant bonjour au soleil.
Le soleil, parlons-en. Pas sûr qu’il était présent le jour de l’interview qui suit. En distanciel car coincé dans un Campanile à Beauvais pour les répétitions de Neiges Éternelles, une pièce de théâtre pour laquelle il a composé la musique et où il est question des ascenseurs émotionnels de stars de la chanson française comme Balavoine ou Dalida dans leurs moments de crise, Ricky reste fidèle à lui-même : à la fois candide et terriblement lucide sur le monde qui l’entoure. « Le pitch de cette pièce, c’est assez proche de ma propre vie, le succès mis à part » précise-t-il. Sa musique a pourtant ceci de magique qu’elle éloigne les nuages. Tout de suite, un point météo avec le perchiste de la pop française qui rêve toujours de passer la barre.

Dans une autre vie, tu as publié une compilation nommé « Mes meilleurs succès d’estime » (chez Gonzaï Records) qui retraçait la première partie de ta carrière, de 2002 à 2010. Si tu devais résumer en accéléré ce qui s’est passé depuis, que dirais-tu ?
Durant toutes les années 2010, je me suis d’abord transformé en vrai batteur ; c’est devenu mon métier [pour d’autres, Ndr]. Parallèlement, j’ai sorti deux albums en 2017 et 2020, et aussi un disque parallèle avec La Souterraine et le Confort Moderne [le toujours aussi magique « Ricky et ses dix-iples », Ndr], composé de titres écrits en résidence avec des musiciens amateurs du Poitou-Charentes et Benjamin Gilbert d’Aquaserge enfermés avec moi pendant 5 jours. Je me mettais grave la pression à l’époque ; aujourd’hui ce serait différent.
Quelle place ta carrière d’artiste occupe-t-elle aujourd’hui dans ta vie de musicien ?
C’est fluctuant. Depuis 2020 et le Covid-19, il y a eu l’arrivée de la paternité dans ma vie et donc un moment de pause pour Ricky Hollywood. Le dernier album datait justement de 2020, et nous voilà 5 ans plus tard avec cet EP. J’ai eu du mal à me réapproprier mon destin artistique, heureusement que j’ai eu pas mal de stimulations de la part de ma psy, à qui j’avais offert mes disques. Elle m’a dit que je devais continuer, que c’était important parce que même à défaut d’avoir connu le succès, cela semblait important pour moi. Et je sentais que j’avais pas mal d’émotions contenues [notamment le décès de sa mère en 2021, Ndr] et il faut dire que la musique mise à part, je ne sais pas trop quoi faire d’autre. « Musique Magique », c’est un EP pour les gens qui se souciaient de savoir ce que devenait Ricky Hollywood.
Ta musique, justement, ta psy elle en penses quoi ?
La musique, en consultation, je lui en parlais beaucoup forcément. Donc histoire de ne pas parler dans le vide, j’ai fini par lui apporter les anciens albums. D’ailleurs ce qui est marrant, c’est que mon disque « Le sens du sens » il est toujours dans sa platine ! A chaque fois que je rentre dans son salon, je jette un coup d’oeil et ouais, il est toujours là. Je peux pas m’empêcher de systématiquement penser que oui, il y a une personne qui a mon CD dans sa platine.
Elle t’a dit si elle avait aimé ?
Elle m’a dit que ça valait le coup. Ce n’était pas formulé comme ça ; mais c’était le message. Que visiblement j’avais des choses à dire, et qu’elles étaient un peu différentes. Et qu’il fallait que j’apprenne à en être fier.
Hyper logique par rapport au nom de l’album en fait : « Le sens du sens ».
Totalement. Et le nouvel EP s’appelle « Musique magique » parce que je me suis reconnecté à des émotions ; la distanciation systématique était vraiment devenue trop pénible, j’avais envie de pouvoir assumer des émotions premier degré. Le côté magique de la musique, ça a aussi été la possibilité de communiquer avec mon fils dans ses toutes jeunes années, avant même la parole. Très petit il était déjà en transe sur la musique… bon maintenant sa passion, c’est les armes, aha !
Si l’on fait de la psychologie de bas étage, c’est aussi la première fois sur « Musique magique » que tu assumes de totalement poser sur la pochette, comme si Ricky Hollywood se dévoilait pour la première fois.
Il y avait tout de même l’EP « Aventure intérieure » où l’on me voyait [devant un feu de cheminée, Ndr]. Mais oui, c’est peut-être la volonté d’avoir un rapport plus direct, moins distancié, avec les gens. Donc c’est surement plus personnifié, mais la musique reste la même. Peut-être un peu plus premier degré, néanmoins. J’assume plus frontalement.
Les chansons sont toujours aussi chamforesques ; il y a toujours un spleen planqué derrière une mélodie pop.
L’EP devait être initialement beaucoup plus sombre, et on a rajouté un peu de lumière dans la dernière ligne droite, notamment avec Chelou toi. C’était salvateur de tirer l’autre bout du fil.
Chelou toi, c’est l’archétype du tube synth-pop de 1985. Cette histoire d’homonyme que tu aurais cherché à contacter, elle est vraie je suppose ?
Tout à fait. Dans les moments où on ne va pas bien, on peut éprouver le besoin d’une reconnection à des gens avec qui partager une histoire. Et un nom, c’est pas rien. Le mien, c’est Bellity. Quand j’ai trouvé ce Stéphane Bellity sur Instagram, j’ai immédiatement eu envie de lui écrire totalement naïve ; il avait l’air vaguement artiste, il avait le même âge que moi, etc. Très enthousiaste, je lui ai proposé qu’on se rencontre et le mec a… totalement flippé. Sa réponse, ça a été un simple « chelou toi ». Puis il a fermé son compte Instagram ! Elle est très loin l’utopie du village global où l’on pourrait tous être potes.
C’est quoi le grand rêve pour le Ricky Hollywood de 2025 ?
Très honnêtement, je me pose la question.
Le succès tardif d’artistes comme Gainsbourg, Katerine ou même Bertrand Belin ne te donne pas un espoir dans l’avenir ?
Je n’ai pas envie de vivre dans cette obstination de l’artiste ne vivant que pour le succès individuel. Et je vois très bien, dans mon entourage, que l’accession à ce même succès n’est pas forcément synonyme de bien-être. Evidemment j’aimerais que faire de la musique soit plus facile, que le déséquilibre soit moins grand entre la production des choses et leur écoute, notamment dans le monde du stream où tout est fait pour bâillonner les artistes indépendants. Ce que j’aimerais, c’est moins de charge mentale et plus d’opportunités pour jouer ma musique en public, histoire de pouvoir sortir un album plus rapidement qu’une fois tous les cinq ans.
C’est peut-être le moment de préparer un album avec ta psy non ?
Oui, aha ! Ou peut-être qu’elle monte un label !
Ricky Hollywood // EP Musique magique

