Au cas où vous auriez pris le guatémaltèque en LV1, « Reward » signifie récompense en français dans le texte. Le cinquième album vaporeux de la Galloise est à cette image ; on l’écoute d’une oreille distraite, pour être mieux y revenir après.

L’autre fois, je mixai dans un lieu comme il en existe des milliers en France ; l’un de ces endroits où l’on est toujours stupéfait de réussir à passer des morceaux passionnants que la foule n’écoute que d’une oreille distraite en sirotant sa bière, dans l’attente de la tête d’affiche. C’est alors que je contemplai ma setlist et l’inutilité de ma fonction de DJ d’ascenseur que je découvris une option cachée sur mon logiciel, et permettant de passer automatiquement les morceaux les plus populaires du moment sur Spotify. Allez savoir pourquoi, j’ai pensé à Cate Le Bon.

Résultat de recherche d'images pour "cate le bon reward"Non pas que son nouvel album « Reward » soit taillé pour les dancefloors – c’est même, de fait, l’inverse – mais je me suis subitement demandé à quoi ressemblerait un monde où cette musicienne originaire du Pays de Galles – pas la nation du clubbing comme on l’aura compris – ferait partie du « top 50 global » de Spotify. Outre le fait qu’on aurait été débarrassé d’Ed Sheeran et de DJ Khaled, cette performance marquerait sans doute un espoir pour l’Humanité. En terminant mon set, j’en suis néanmoins rapidement arrivé à la conclusion que rien de tout cela n’arrivera jamais ; l’un des meilleurs titre de « Reward » culmine à 65 000 vues sur Youtube et donne l’impression d’écouter un vieux titre de Brian Eno passé au ralenti et chanté par une poétesse tout droit sorti d’un grimoire écossais.

Si « Reward » s’avère solide, c’est sur la longueur. Inégalement chiant, l’album plein de solitude réussit cet exploit de capter autant qu’il distrait, capable de débuter avec un bon stimulant (Miami) puis de vous foutre un sédatif par derrière (Home to you) avant de vous rattraper dans la foulée avec un titre qui rappelle que Cate a bossé avec Tim Presley (Mother’s Mother’s magazines). Tout l’inverse d’un disque immédiat donc, et qui s’inscrit en contrepoint d’une époque où l’auditeur aime à sauter les préliminaires. Arrivé au deux-tiers de « Reward », on s’interroge : quel disque écoutait-on déjà ? Cate qui ? C’est le moment que la Galloise choisit pour balancer Magnificent Gestures, titre rythmique qui évoque autant St Vincent que la magie de Vanishing Twin.

La suite, c’est une attention approximative tout au long des 10 titres qui composent « Reward » et qui, pour le coup, procurent cette impression étrange d’être successivement largué puis rattrapé par ces comptines de soft jazz un peu râpeux sur les bords, jamais complètement directes. Si vous avez toujours préféré le thé au café, c’est donc le moment de refaire chauffer une casserole.

Cate Le Bon // Reward // Mexican Summer
https://catelebon.bandcamp.com/album/reward

En concert le 29 Mai à Bordeaux (iBoat) et le 8 Juin à Paris (Villette Sonique)

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