Bono le présentait à l’époque comme le cinquième membre de U2. Il a fricoté avec Björk, produit Massive Attack, Tricky, les Happy Mondays ou New Order. Il est un des plus éminents et talentueux producteurs de musique électronique de la décennie. Ladies and gentlemen, voici Monsieur Howie B. On l’a retrouvé.

En même temps, il n’était pas très loin : figurez-vous qu’Howie B vit en France depuis plusieurs années maintenant. Sur une île très typique en Charente-Maritime. « Tu sais, j’ai vécu dans des grosses villes pendant près de 34 ans : J’en ai eu assez. Et puis, j’adore la France ! ». Il est comme ça, Howie : très simple, un vrai gentleman. Et après des années 90 complètement dingues et dignes des Rolling Stones, on comprend qu’il ait voulu se tenir à l’écart de toute « cette folie », comme il le dit lui-même. Qu’est-ce qui destinait à une vie bigger than life ce jeune Ecossais fan de Santana et d’after punk ? Comment s’est-il retrouvé à travailler avec Brian Eno, Björk, New Order, U2 ou les Happy Mondays ?

Comme il nous le raconte, Howie a appris sur le tas et semble avoir toujours été au bon endroit, au bon moment. Un exemple parmi tant d’autres ? Quand, jeune galérien au chômage au milieu des années 80, il frappe à la porte d’un studio musical londonien pour quémander un job, c’est Hans Zimmer qui lui ouvre la porte. Avant de devenir l’un des plus prestigieux compositeurs pour Hollywood (Une centaine de bandes originales, dont ‘Le Roi Lion ‘, ‘Interstellar’, ‘Pirate Des Caraïbes’ ou encore ‘Gladiator’ ) il faut savoir qu’Hans Zimmer était un proto-punk qui avait fait partie des Buggles et produit les synthés du groupe italo-new-wave culte Krisma.

Zimmer fonde alors à Londres le studio Lilie Yard avec Stanley Myers, où se créaient surtout jingles, habillages de publicités pour la BBC et autres library music ainsi que des scores de films intellos anglais. À cette époque donc, Howie B découvre la magie des studios grâce à Hans Zimmer et surtout la technique, ce qui comptera énormément dans sa carrière : contrairement à beaucoup d’artistes et de DJ-producteurs qui se verront proposer des sommes astronomiques en échange de productions hésitantes, Howie B maitrise toute la chaîne de production. Lors son séjour dans ce studio, il se fera la main sur des kilomètres de bandes et des centaines de projets différents abattus avec un rendement qui relève de la rigueur allemande (Hans Zimmer est d’origine teutonne). À cette même époque – 1987/1988 – Howie découvre les clubs et les prémices de la musique électronique anglaise. Un autre exemple du right time, right place du DJ écossais ? Le premier projet musical sur lequel il collabore en dehors des studios d’Hans Zimmer sera le premier album de Soul II Soul en 1989. Son disque fondateur “Club Classics Vol.1” s’écoulera à plusieurs millions d’exemplaires, et ce son typique de l’époque – entre New Jack swing, soul électronique et funk futuriste – influencera cette époque  de Paula Abdul, Neneh Cherry jusqu’au son trip hop de Bristol.

La fameuse scène trip hop – dont Howie B est un des architectes sonores originel – prend forme vers 89 dans les soirées dominicales du club londonien African Center. Une époque, novatrice, intense et très créative sur le plan artistique – et curieusement assez peu documentée – où se mélangeait la culture reggae, le funk de Chaka Khan, le jazz et la house. C’est dans ce club que Howie va se lier d’amitié avec les futurs Massive Attack. La suite pour Howie B ? Comme il le dit lui-même : « C’est un devenu la folie ». Il se retrouve à travailler avec Brian Eno, Björk mais aussi sur l’un des disques les plus bizarres qui lui coûtera plusieurs années de sa vie : “Pop” de U2, en 1996. L’album de la crise de la quarantaine des Irlandais millionnaires, celui où ils s’autorisent toutes les folies (ce sera d’ailleurs la dernière fois de leur carrière, devenue très pénible par la suite). “Pop” mériterait un livre à lui tout seul, tant la gestation de ce disque tient du péplum : deux années de studio payées rubis sur l’ongle, des paroles signées Allen Ginsberg, un documentaire dadaïste narré par Dennis Hopper himself, une coupe de cheveux iroquois pour Bono, des costumes de scène absolument incroyables signés du designer avant-gardiste belge Walter Van Beirendonck et pour finir une moustache Village People pour The Edge (la même que Glenn Hughes, merde).

Howie est embarqué sur la tournée mondiale pour trois ans, dans les plus grands stades, U2 sort d’un citron géant pour chanter Love To Love You Baby de Donna Summer, juché sur une demi-boule à facettes gigantesque devant le plus grand écran LED jamais construit pour l’époque et au sommet duquel est placé un totem publicitaire de 54 mètres de haut représentant le “M” de McDonald’s. La décadence romaine des 90’s la plus pure.

Parallèlement à ce train de vie digne d’une rockstar en jet privé, Howie a aussi mené une carrière sous son propre nom. Il a réalisé des disques superbes, comme le très contemplatif “Music For Babies” dès 1996, l’indispensable “Snatch” en 1999 ou le très hippie “Folk”. Signe distinctif ? Nombre de ses albums sonnent incroyablement novateurs à la réécoute. Rien à voir avec du trip-hop cucul gorgé de voix langoureuses sur des boucles jazzy. Non, le travail du gourou électronique est plutôt axé sur la recherche d’un son krautrock abstrait, qui joue sur les fréquences et le minimalisme d’un groove imparable qui font d’Howie B le digne successeur de Brian Eno ou de Conny Plank. Imaginez des démos du groupe CAN jouées sur un multipiste à bande Revox A77 avec ce grain inimitable, à la texture étouffée, d’un AKAI MPC2000. Howie B a aussi collaboré avec des artistes singuliers au détriment des artistes plus commerciaux qui lui faisaient du pied : un album de kraut-reggae avec Sly & Robbie, les faux gitans des Négresses Vertes, le projet baggy-sound Mayonnaise ou encore plusieurs collaborations avec Robbie Robertson du groupe The Band – oui, le hippie-sexagénaire et compagnon de Bob Dylan dans les années 60. Ajoutez à cela que Howie a créé son propre label Pussyfoot Records dès 1994, sur lequel il a sorti et produit des centaines de références. Un véritable laboratoire dédié à une espèce de new jazz futuriste et minimal.

Depuis, Howie s’est rangé des voitures tout en continuant de produire des artistes de façon plus discrète. Puis, très récemment – c’était plus fort que lui – il a décidé de reprendre du service derrière sa console et d’enfiler sa casquette de chef de label pour ressusciter Pussyfoot et produire de nouveaux protégés. Il a même embarqué avec lui Norman Reedus (oui, oui, le motard à l’arbalète de « The Walking Dead ») en featuring sur son dernier morceau Love From Outer Space.

Anyway, tonton Howie va nous raconter tout ça…

Howie, tu redémarres le label Pussyfoot : pourquoi avoir pris cette décision ?

Je pense que si l’on observe la scène musicale actuelle, on a une partie de la réponse ! Je continue à produire et à réaliser de la musique mais je constate que tout ce que j’entends autour de moi se ressemble beaucoup. Pour moi, la musique c’est “vive la différence !” (en français, ndlr) et il n’y a plus beaucoup de propositions variées de nos jours. Je suis allé chercher mes anciens partenaires de Pussyfoot et je leur ai expliqué que je pensais réellement qu’il existait une place pour nous et qu’il serait peut-être temps de redémarrer le label. C’était à la fin de l’année dernière et nous avons passé ces huit derniers mois à chercher de nouveaux artistes, à bosser le nouveau site web, etc…. On a de la superbe musique qui arrive pour l’année prochaine : on sort six ou sept disques, de nouveaux artistes mais aussi des anciens. C’est un fantastique challenge mes partenaires et pour moi. C’est aussi simple que ça.

Tu sors ces jours-ci un nouveau morceau, Oh The Place You Go. Un album est-il prévu ensuite ?

Oui, un nouveau disque est prévu, je pense pour avril ou mai 2019. J’en ai déjà terminé la moitié, en fait. Je passe beaucoup de temps à produire ces nouveaux artistes et à monter le label, mais l’album sera prêt. Ce sera un peu comme un nouveau Howie B, une renaissance, aha.

Avec le recul, Pussyfoot était l’un des labels les plus excitants des années 90 avec Mo Wax Records. Quand on regarde l’énorme catalogue, on voit que beaucoup de disques étaient difficiles à trouver; ils sortaiet exclusivement au format vinyle.  C’est pour rendre compte de l’incroyable vitalité de l’époque que tu redémarres le label ?

Oui, exactement. Ce qu’il y a de génial avec l’époque actuelle, c’est que l’on peut présenter le catalogue dans son intégralité. Nous avons mis pratiquement 6 mois à compiler toutes ces œuvres. Nous faisons le pari que sortir des nouveautés sur le label permettra de mettre en lumière l’ensemble de notre catalogue. Tout le back catalogue est disponible : libre au gens de venir le découvrir à nouveau. C’est un réel plaisir pour moi de pouvoir rendre accessible tous ces anciens disques. On pourrait penser : « ça date de 1995, ça a vieilli », mais je continue de penser que la musique que l’on a produite à cette époque continue de bien sonner et passe très bien l’épreuve du temps.

Quel genre d’adolescent étais-tu, à Glasgow ? Quels sont les artistes qui t’ont donné envie de plonger dans la musique ?

Il y en vraiment beaucoup ! Quand j’avais dix ou onze ans, j’ai choisi la musique comme une façon de m’exprimer, que cela soit vis à vis de mes amis ou de mes parents. Je pense que j’étais un gamin classique du début des années 70. La musique était peut-être une chose plus physique à cette époque. On n’écoutait pas la musique sur nos téléphones ou nos ordinateurs mais on allait régulièrement dans des magasins de disques. J’y trainais des heures pour pouvoir m’en acheter un seul. Je rentrais à la maison, je l’écoutais la semaine entière, puis je retournais le samedi d’après en choisir un autre avec soin. On économisait pour s’acheter ces disques. Les artistes que j’écoutais à l’époque étaient Siouxsie and the Banshees– dont j’étais un grand fan – mais aussi Santana, John McLaughlin, Sly & Robbie, beaucoup de reggae, Brian Eno, etc… J’aimais aussi les trucs plus heavy rock, j’étais un gros fan du groupe Rush par exemple. Plus trop maintenant, mais à l’époque, oui : j’avais plus de cheveux aussi. La notion de groove était la chose la plus importante pour moi. Et puis ensuite, j’ai bougé à Londres, car je savais – et cela depuis tout jeune – que je voulais absolument travailler dans le monde de la musique.

Malgré mon goût pour la musique, je n’ai jamais été musicien. Le seul moyen pour y parvenir, c’était de travailler comme technicien.

J’ai donc frappé à la porte d’un studio londonien et – inimaginable – on m’a offert un job : oui, j’ai commencé en faisant du thé pour les employés du studio. L’incroyable chance que j’ai eu, c’est que le studio était la propriété de l’incroyable compositeur Hans Zimmer. J’ai commencé à être au contact de ce dernier mais aussi d’un autre compositeur, Stanley Myer – qui était aussi un compositeur très talentueux de musique de film-. J’ai fait du thé pour eux pendant près de trois ans. Au fur et à mesure, ils ont commencé à me donner d’autres missions, jusqu’au jour où je me suis retrouvé derrière la console à enregistrer. À cette même époque, un ami du nom de Jazzy B travaillait à son premier disque, c’était le projet Soul II Soul. Jazzy et moi avons trouvé un studio et l’avons réalisé ensemble. Puis je suis parti sur un studio anglais pour me lancer en tant que producteur freelance en grande partie grâce à l’immense succès rencontré par l’album de Soul II Soul. Il se passait beaucoup de choses excitantes en Angleterre à la toute fin des années 80, et ce disque était le reflet de cette époque. Et puis…Et puis…Et bien en fait les choses se sont enchainées et sont devenues complètement folles !

Les artistes que j’admirais me demandaient de les produire. Je me suis retrouvé à travailler pour Siouxsie and the Banshees ou Brian Eno. C’était de merveilleux moments. J’ai mixé trois singles de Siouxsie and the Banshees: Peek A Boo, Killing Jar et le troisième… je m’en souviens plus. Brian Eno m’a appelé directement pour me demander de faire de la musique avec lui. J’ai donc travaillé avec lui sur plusieurs projets. Et puis tout s’enchaine : U2 m’appelle, puis Björk, Tricky, New Order, etc.…Quand tout cela s’est déclenché, je me suis décidé aussi à faire ma propre musique pour m’exprimer en dehors de la production d’autres artistes : C’est ainsi qu’est né le label Pussyfoot au début des années 90.

Qu’est-ce qui t’as le pus marqué lors ton expérience passée au studio Lillie Yard? 

[Il réfléchit] J’ai appris l’atmosphère. Je sais cela peut paraître bizarre, mais j’ai dû travailler avec ces mecs sur environ vingt-cinq à trente films pendant ces trois années. Et arriver à créer l’atmosphère d’un film est essentiel. Que cela soit à l’aide d’un synthétiseur Moog ou d’une simple guitare acoustique. J’ai vraiment appris tout cela : la texture, l’environnement et les émotions.

Stevie Wonder y a enregistré une fois. Tu l’as rencontré ?

Oui, c’est vrai ! Il est venu enregistrer pendant deux jours au studio. C’était en 1987 je crois, j’étais tout jeune à l’époque. Hans Zimmer m’a pris à part et m’as dit : « Howie, Stevie Wonder va venir au studio demain, je ne pourrai pas être présent, c’est donc toi qui t’occupera de la session ». Je ne pouvais pas y croire ! Tu ne peux pas imaginer : c’était juste deux jours de malade. Stevie est venu car le studio Lillie Yard était l’un des tout premiers à posséder le nouveau synthétiseur Fairlight Recorder : c’était comme une grosse machine où tout était synchronisé. Stevie Wonder avait l’habitude de s’en servir, il était en tournée en Angleterre et en Europe et voulait enregistrer des pistes différentes. J’avais juste 24 ans et je le regardais jouer, c’était juste magique !

En partant de là, comment t’es-tu retrouvé impliqué dans la scène électronique : la culture techno, le deejaying et les clubs ?

Je dirais que je me suis retrouvé impliqué, car la musique électronique était le seul moyen de m’exprimer musicalement puisque je ne savais jouer d’aucun instrument. Mais je me savais capable de produire et de faire surgir des sons merveilleux d’une machine. C’est aussi à cette époque que les premières boîtes à rythme et samplers sont apparus : j’y ai vu un moyen pour m’exprimer. Produire n’est pas un problème pour moi, mais à partir du moment où j’ai commencé à bidouiller des trucs pour moi, j’ai réussi à créer la matière première grâce à la musique électronique. Tu sais, par exemple, le tout premier disque que j’ai réalisé sous mon nom est sorti pour le label Mo Wax de James Lavelle. Si mes souvenirs sont bon, je pense même que c’est le deuxième 45 tours publié. C’était vraiment un moment très excitant pour moi, car jusqu’à présent je travaillais dans l’ombre pour les autres et là je naissais comme un artiste.

En 1988- 1989 – à l’époque où tu trainais avec Jazzy B et Soul II Soul – comment était la scène ? Je pense notamment à ce club, The African Center à Londres, où tu te produisais souvent, et considéré comme l’épicentre de la culture underground.

L’African Center se trouvait dans le quartier de Covent Garden à Londres. Je garde des souvenirs vraiment délicieux de cette époque. Musicalement, on y jouait de tout : aussi bien de la musique américaine que du hip hop japonais, du R&B, James Brown, du Rare Groove, du disco ou encore de la soul. C’était un superbe mix ainsi qu’un superbe environnement. Il n’y avait pas un genre unique de musique là-bas. Les gens qui fréquentaient le lieu formaient un mélange incroyable et étaient le reflet de la culture jeune alternative de la fin des années 80. Il y avait des danseurs de hip-hop, des Breakers. Le club a fonctionné pendant trois ou quatre années sous cette forme puis est devenue un lieu ou des groupes se produisaient en live. On a pu y voir les Brand New Heavies ou les débuts de Massive Attack. Cela a eu impact culturel, pas seulement à Londres, mais qui s’est fait ressentir à New York, Los Angeles, Tokyo…L’African Center était la scène culturelle de l’époque. Il n’était pas question de nouvelle drogue ou d’histoire de relation avec des gangsters : c’était juste de la musique. C’était une époque très productive. C’était aussi une scène où les cultures se mélangeaient, c’était très ouvert. J’étais un juif blanc de Glasgow qui faisait de la Soul music : cela n’a aucun sens, mais c’est ce qui se passait à cette époque.

Tu étais à Londres. Comment s’est réalisée la connexion avec la scène de Bristol et le collectif Wil Bunch? Par Nellee Hooper?

Oui, Nellee, Daddy G, Tricky et 3D venaient jouer avec nous lors des soirées Soul II Soul à l’African Center. Ils formaient tous l’entité The Wild Bunch, un Sound system de Bristol. Quand The Wild Bunch a explosé, Nellee est resté à Londres et a commencé bosser pour Soul II Soul. Milo Johnson (un autre producteur de Wil Bunch. Ndlr) est parti à New York et Daddy G, 3d et Tricky ont formé Massive Attack. Je me suis occupé du mixage du morceau Unfinished Sympathy sur “Blue Lines” de Massive Attack, par exemple. Puis Tricky a quitté Massive Attack pour sa carrière solo, et j’ai travaillé aussi sur son premier album “Maxinquaye”. Après toutes ces années, je continue à garder le contact avec tous ces gens. On était tous impliqué dans les projets de chacun, nous étions comme une grande famille. Chacun possédait une identité différente : Tricky était un peu sombre et torturé, Massive était plus orienté dub et sound-system, Soul II Soul était plus funk. Chacun a su trouver et continuer son chemin avec beaucoup de succès. Nellee Hooper est devenu un producteur à succès pour Bjork, Madonna ou Janet Jackson. J’ai aussi travaillé pour Bjork, U2 ou Brian Eno. On est arrivés à s’exprimer individuellement. C’est un peu comme si nous étions liés entre nous par la production, le son et à la musique. Cela reste unique, pour être honnête.

“The Edge débarquait au studio et me demandait : « Hey Howie, tu te souviens, en janvier dernier – soit six mois en arrière – à 16h pile, j’avais joué une suite d’accord pas mal. Est-ce qu’on peut la retrouver s’il te plait ? »”.

Comme tu dis, les choses s’accélèrent à cette époque pour toi : un jour tu reçois un coup de téléphone pour bosser avec Bono sur un morceau en hommage à Leonard Cohen.

Oooh mec, c’était une époque complètement folle. J’ai eu ce coup de téléphone de Brian Eno en personne qui voulait que je travaille avec lui. J’étais sonné : Brian Eno était l’un de mes héros ! Son œuvre – que ce soit ses disques ou ses livres – est incroyable. Il est intouchable. Il faut savoir qu’entre les deux disques de U2 et la tournée, j’ai passé trois années avec eux. C’était une époque brillante, très studieuse et qui m’a ouvert l’esprit. L’album sous le nom de Passengers (U2, Eno et Howie B) est un superbe disque et “Pop” reste un disque brillant, même si je sais que ce disque n’a pas fait l’unanimité lors de sa sortie. Mais je l’adore. D’ailleurs, j’aime beaucoup le fait que l’on se pose des questions à propos d’un disque. La tournée Pop Mart Tour de U2 a duré un an et demi et je me suis retrouvé chaque soir à faire le DJ dans des stades de 90 000 personnes. Chaque semaine, on devait jouer pour 250 000 personnes ! Je m’occupais aussi du son des concerts avec deux autres ingénieurs. J’y ai appris beaucoup choses, notamment concernant la signature sonore d’un groupe, son identité et comment communiquer des émotions en live dans des stades. Cette opportunité était une véritable chance pour moi.

“Pop” de U2, c’est une histoire compliquée. Le disque est sorti dans l’urgence pour des impératifs de tournée mais il semble que des pistes et des expérimentations issues de ses sessions n’aient encore jamais vu le jour ?

Tout à fait. En général, un album c’est dix heures d’enregistrement, avec U2, on a dû en sortir plus d’une centaine ! L’enregistrement de “Pop” a duré quinze mois, c’est l’enregistrement le plus long que j’ai réalisé. D’autres producteurs intervenaient ponctuellement sur le disque pendant deux ou trois semaines, mais pour moi c’était non-stop du début à la fin : j’étais là du premier jour jusqu’à la fin de la tournée. Pour moi c’était un peu comme retourner à l’école. Par exemple – à cause des longueurs des sessions d’enregistrement – c’était la première fois que je me suis mis à prendre des notes. D’habitude, cela me prend en général deux ou trois jours pour enregistrer des chansons et encore deux ou trois jours pour les mixer, je me souviens de tout. Mais après six mois de studio… c’est beaucoup plus compliqué, ah ! Du coup, j’ai commencé un journal de bord pour ne pas être débordé et passer à côté des choses. Mais c’était la seule solution quand tu te retrouves à bosser avec un mec comme The Edge. Il débarquait au studio et me demandait : « Hey Howie, tu te souviens, en janvier dernier – soit six mois en arrière – à 16h pile, j’avais joué une suite d’accord pas mal. Est-ce qu’on peut la retrouver s’il te plait ? ». Oh Putain ! The Edge est un véritable génie, il se souvient d’absolument tout. Je me plongeais dans mes notes pour retrouver l’enregistrement au bout d’une heure et demie ! Voilà, c’est comme ça quand on travaille avec des artistes de haut niveau, et qui sont – je ne dirais pas fanatiques – mais tellement impliqués dans ce qu’ils font. Ils pouvaient travailler deux ou trois semaines sur une seule chanson, puis tout jeter parce qu’ils estimaient que ce n’était pas assez bon. Et moi, je les regardais, médusé, en me disant : « Putain, c’est pas vrai » …

Mais au final, ils avaient raison, ils faisaient les bons choix. On commençait à travailler sur une autre chanson, complètement différente, et on oubliait les sessions précédentes. Puis on y revenait au bout de plusieurs mois ou semaines. C’était très intéressant parce qu’ils restaient concentrés sur leur signature sonore, les mélodies et les chansons. Mon approche c’est aussi cela, avec aussi la notion de groove que je devais insuffler sur “Pop”.  C’était une nouvelle façon de travailler pour eux. Ma culture est plus électronique et basée sur les atmosphères. U2 était un groupe de rock ‘n roll. Je devais sortir leurs âmes, c’est pourquoi je leur jouais constamment des disques pour les inspirer. Des disques des années 50, 60 ou 70 pour leur donner une idée de la vibe : Cela leur ouvrait d’autres champs et Bono s’en allait pour revenir au bout de deux jours avec une nouvelle chanson. C’était une façon de travailler assez expérimentale, avec des bribes d’idées assez floues et des atmosphères qui – au final – sont devenues de véritables chansons.

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Nosferatu à gauche, le chauve sourit.

Après tout ça, bizarrement, tu te retrouves à produire le magnifique album « Trabendo » pour les Negresses Vertes. C’était pour retrouver une atmosphère plus… sereine ?

Ah c’est super que tu me parles de ça, car pour moi c’est un des plus beaux disques que j’ai réalisés. Une chanson comme Ce Pays est une superbe chanson. L’enregistrement de “Trabendo” s’est effectué sur Paris pendant deux mois en 1998 ou 1999. Les Négresses Vertes avaient cette simplicité, ce regard sur le monde et ils étaient aussi – pour moi – typiquement français, ce que j’adore ! Il faut savoir qu’un cuisinier avait été recruté pour assurer les repas pendant l’enregistrement, c’est là que je me suis rendu compte de l’importance de la bouffe pour eux. J’ai adoré ces sessions. Au début, on passait des heures à table à manger et à discuter ; et moi j’étais un peu impatient qu’on se remette à bosser du genre : « Allez les gars, on y retourne ».

Mais petit à petit, j’ai pris conscience que ces moments de sociabilité, le fait de prendre le temps de s’asseoir ensemble et de partager les repas, ces grandes discussions sans fins étaient réellement importantes; elle marquent l’esprit de ce disque. C’était superbe et nous avons réalisé de magnifiques chansons. Je les ai enregistrés d’une façon vraiment spéciale : en live, mais tous assis pour se regarder jouer. On a donc loué une salle et installé la console au milieu. Ils jouaient sur scène, et quand je sentais un truc, j’enregistrais. C’était vraiment très simple et très beau, ça a duré six ou sept semaines, ensuite j’ai ramené tous les enregistrements à Londres, et on a découpé et mixé pendant quatre semaines. C’est curieux, car j’ai joué le disque à mon fils il y a un mois, et il avait un grand sourire sur le visage. Ce disque n’a pas pris une ride et sa magie opère toujours.

Ce sont des choses qui arrivent dans l’industrie du disque : les gens pensent savoir ce qu’ils font, mais en fait pas du tout.

Tu peux me parler du projet obscur Mayonnaise, avec qui tu as sorti trois disques ?

Mayonnaise, c’est trois mecs : moi, Crispin Hunt du groupe pop Longpigs et Donovan, mon ingénieur son – il a commencé comme teaboy et est devenu mon ingénieur, comme quoi l’histoire se répète ! Il est arrivé un jour, en disant qu’il voulait chanter. “Pourquoi pas, écrivons des chansons!” ai-je répondu. Le projet Mayonnaise est quelque chose de très spécial. Nous n’avons jamais eu l’intention de nous produire en live, de promouvoir les disques ou même de se faire de l’argent avec, en toute honnêteté. L’idée c’était juste de se faire plaisir en studio et de composer des chansons que l’on n’aurait jamais osé faire tout seul. C’est une très belle collaboration et pour tout te dire c’est la première fois que l’on me questionne sur ce sujet car peu de personnes connaissent ce projet ! Il y a un type d’un label américain qui a adoré et a sorti les trois disques : mais c’était juste un seul mec à Los Angeles. Ah ah ah !

Magie d’internet, le producteur Sunny Levine a balancé dernièrement le mix original que tu avais réalisé pour l’album « Uncle Dysfunktional » des Happy Mondays. Comment ça s’est passé avec eux?

Mes souvenirs avec les Happy Mondays ? Je dirais que c’était un sacré trip ! Shaun Ryder est un génie : ses paroles et son univers sont uniques. Je continue de penser que c’est un des meilleurs artistes anglais. J’ai travaillé avec le groupe deux ou trois mois sur ce disque et c’était superbe. C’est Sunny qui était derrière la console et qui avait la casquette de producteur. Moi j’étais au mixage, mais j’aidais aussi Sunny qui était très jeune à l’époque, 22 ans je crois. Il était fan de mon travail et me voulais pour ce disque. J’avais fait du beau boulot, vraiment, j’en étais fier, puis la maison de disques ne l’a pas trouvé assez commercial, trop bizarre et pas assez américain. Donc, ils ont retouché tout mon travail. J’étais très en colère qu’ils salopent mon travail, j’ai demandé à ce qu’ils enlèvent mon nom aussi. C’était un gros problème pour moi mais ce sont des choses qui arrivent dans l’industrie du disque : ils pensent savoir ce qu’ils font, mais en fait pas du tout !

Howie B / Howard Bernstein

Dernièrement tu as retrouvé Shaun Ryder sur un 45 tours confidentiel avec Craig Richard pour le morceau Old Boy.

Oui, un projet très simple, sorti à 100 exemplaires vinyle. Ce n’est pas de la pop, ce n’est pas un tube mais on a beaucoup aimé réaliser ce disque. Bien sûr parfois j’ai besoin de manger alors je fais certains choix, mais sur ce projet on s’est juste fait plaisir Shaun Ryder, Craig et moi. La belle équipe !

Howie, pour finir, quel conseil peux-tu donner à un jeune producteur ?

Hum… je dirais : pas de compromis. Fais la musique qui vient de ton cœur et pas ce que tu penses devoir faire. Concentre-toi sur ta propre signature, ton propre son. Et je dirais, avec le recul, de te concentrer à être le meilleur dans ce que tu fais. Mais le plus important : no compromise, kid !

« Space Is The Plaice »,  nouvelle compilation d’artistes du label Pussyfoot.
https://pussyfootrecords.com/

9 commentaires

  1. le brian eno des 90’s ah ah mdr et pourquoi pas le jm jarre des 90’s ,non mais il faut arrêté avec vos phrases d’accroches a deux balles ,écouté plutôt les productions du label CUP OF TEA RECORDS .CUP OF TEA RECORDS(1995 a 1999) est un label basé a bristol qui donne dans le trip hop,la drum and bass etc ,Créé au départ comme un hobby par deux étudiants de 21 ans,moins connu plus foutraque et éclectique que les labels mo wax ou melankolik,moi j’en garde un bon souvenir notamment d’un concert de monk and canatella circa 1996 chez hiero Colmar
    https://youtu.be/8uz56zFUa-Y
    https://youtu.be/COBVd5BJE1M
    https://youtu.be/ygrlf7BaeMA
    https://youtu.be/6sqq1a-bIts
    pour conclure brian eno ma toujours paru etre un artiste tres surestimé
    moi Music for Airports sa toujours fais super chier
    dans le genre ambiant il y a beaucoup mieux

  2. Howie B entouré d’artistes tellement géniaux qu’ils ont recourt à tout les artifices du studio pour avoir l’air pertinent.
    C’est sec tout ça

  3. vu howie tricky menbers della wild buntch dans une foire sur stoke neuwinghton avenue par un froid de canard, on se rechauufé alla dubrowski husske varna tiede, mais çà le faisait et on encaiiser LES cheques du home_orifices.

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