Pour toi qui ne te reconnais plus dans les valeurs de droite prônées par la house music actuelle, Beau Wanzer pourrait représenter la bonne alternative. Interview avec un mec fan des Residents et Killing Joke venu défoncer les corps putréfiés des pionniers de l'acid house à coups de queue de billard.

boy george wanzerBeau Wanzer est un punk. Il est punk dans son positionnement et son attitude. Sa musique a quelque chose de politique voir de militant. Il est une sorte de réponse à cette house music de blogueuse mode synonyme de clubbing en New Balance ultra dégueulasse. Wanzer se fout d’avoir sa musique en synchro pour Toyota ou de faire du design sonore pour la fashion week. En étant affilié au label new-yorkais L.I.E.S records, il défend une esthétique techno Lo-fi, crade, malsaine et cuir. Il s’apparente à ce que l’on pourrait appeler de l’ « anti-house ».

Beau Wanzer c’est l’histoire d’un gamin gothique, fan de trucs indus 80’s ultra obscurs qui découvre la house music. Il garde les TB 303 des pionniers Chicagoans et rajoute par-dessus le son crasseux de l’indus européenne, sa dimension batcave, extrême, subversive et séditieuse. Il a grandi au son de l’EBM Belge comme Absolute Body Control et son leader Dirk Ivens. Des trucs très chelous, sortis en K7, avec des pochettes photocopiées en mode fanzine noir et blanc, crapoteuses. Une scène alternative outrancière, qui prône une esthétique gothique, nihiliste, et un peu nazillarde. Sauf que Wanzer joue avec ces codes et y insuffle une certaine ironie pop. Ce n’est pas pour rien que sur la pochette d’un de ses premiers maxis apparaît le visage du héros vidéo-punk new wave 87: Boy George.

Salut Beau, tu as déjà sorti un paquet de disques mais on sait peu de choses sur toi en définitive. Tu viens de Chicago, c’est ça ?

Oui, j’ai grandi dans la bible belt et j’ai déménagé presque chaque année jusqu’à ce que j’arrive à Chicago en 2000. Cela fait maintenant près de quinze ans que j’y vis, j’ai exploré tout les coins de la ville. Actuellement, j’habite plus au sud de la ville, un quartier qui s’appelle Pilsen.

Comment es-tu allé au contact de la culture techno, tu as commencé en tant que DJ?

Et bien j’ai été un gros collectionneur de vinyles depuis l’âge de 14 ans. Etre Dj n’était pas spécialement ce vers quoi je tendais à l’origine. Quand j’ai eu 18 ans j’ai acheté mon premier synthé, un Roland Juno 6 pour être exact, un quatre pistes et une boite à rythmes, et j’ai commencé à enregistrer des trucs. J’adore jouer des disques, mais j’ai plus de satisfaction personnelle à enregistrer mes propres morceaux chez moi, en fait.

Je me trompe peut-être mais il y une forte influence de musique industrielle dans ta musique. Quels sont les artistes qui t’ont donné envie de faire de la musique?

J’ai grandi avec la musique industrielle, principalement des artistes européens. Il y en a tellement, la liste serait trop longue. Mais je peux t’en citer quelques uns comme John Zewizz, Chris and Cosey, Liaisons Dangereuses, Dirk Ivens, Zickzack Records, The Residents, Ant-Zen, Der Plan, Data Bank A, Cold Meat Industry, Skinny Puppy, Nigel Ayers, Stone Glass Steel, AFX sans oublier Hank Williams Sr, bien sûr.

http://youtu.be/kEvw17HV8wA

Ta musique a un coté DIY, Lo-fi aussi. Un peu comme un film de série B. Ce genre de slasher ou thriller 80’s avec des drop sur la VHS. Une ambiance glauque et menaçante. C’est quelques choses de réfléchi ?

Et bien pour tout te dire, pendant mon adolescence j’étais obsédé, complètement fans de films d’horreur et de tout ce qui attrait aux effets spéciaux. J’étais abonné à tout un paquet de magazines d’horreur, en particulier je me souviens très bien de la revue Fangoria qui était recouverte d’un cellophane noir pour qu’on ne puisse pas voir au travers. Je me souviens que je sautais littéralement du bus jaune de l’école primaire pour me précipiter à la boîte aux lettres pour voir si j’avais reçu le dernier magazine. C’était un truc qui m’obsédais. Une vraie passion. Tous les vendredis soir mes parents me conduisaient au vidéo store. Evidemment je choisissais des films d’horreur la plupart du temps. Je suis toujours un fan enragé de film d’horreur d’ailleurs. Je collectionne des films gore quasiment introuvable en VHS. Mais pour te répondre, je n’ai pas intentionnellement tenté de transmettre cet état d’esprit ou cette ambiance dans la musique que je produis. Je pense que si cela se ressent, cela relève du subconscient.

Tu viens de Chicago, comment s’est faite la connexion entre toi et les artistes de New York comme Ron Morelli  (patron de L.I.E.S Records, Russian Torrent Records) ?

J’ai rencontré Ron en 2006, bien avant qu’il ne crée L.I.E.S records. Il effectuait une tournée en Dj set avec Novamen , DJ Overdose et Manhunter. J’avais organisé une soirée à Halloween pour eux à Chicago. On est restés en contact depuis. Quand il m’a dit qu’il montait un label à New York, il m’a demandé de lui envoyer quelques morceaux. J’ai dû lui en envoyer trente ou quarante. Il a choisi ce qui lui plaisait pour le premier EP.

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Parlons matériel, si tu veux bien. Tu te produis la plupart du temps en live. As-tu des machines que tu préfères ?

Je ne sais pas si j’ai des machines favorites. Il y a certains aspects des machines que j’adore en fait, c’est plutôt des fonctions préférées plus que d’autres. Par exemple, j’adore le son de snare d’un vieux CR78, les son de la TR 909 avec laquelle je construis mes beats la plupart du temps. Les handclaps viennent d’une CR8000. Pour les basses par exemple, je me sert principalement d’un DX100. A la fin je me rend compte que cela dépend vraiment de comment tu veux obtenir ton son, de la manière de procéder. En terme de live, j’évolue constamment et change souvent d’équipement. Je tente des choses différentes à chaque fois, et honnêtement je m’ennuierais et ennuieraient les autres si je ne changeait pas un peu mon équipement.

La culture acid house a tout inondé, pas seulement Chicago, mais toute la planète.

Tu fais partie des geeks collectionneurs de synthés vintage ?

Je ne dirais pas que je suis un collectionneur mais plutôt une sorte d’antiquaire. J’étais assez chanceux, et j’avais assez d’argent à l’époque pour acheter la majorité de mon équipement avant que les prix augmentent. Car ces dernières années les prix sont montés en flèche, de façon démesurée, sur tout ce qui est synthé et machines vintage. J’ai toujours préféré le coté imprévisible des vieilles machines, être entouré de câbles, me salir les mains et juste expérimenter. Je ne peux réellement pas m’imaginer une seconde être juste assis devant un écran d’ordinateur. Cela me semblerait surnaturel. Mais plus que tout, je ne pense pas que tout cela soit très important. Sers-toi des machines avec lesquelles tu te sens à l’aise. Ce n’est pas ce que tu possèdes qui prime, mais la manière de t’en servir.

http://youtu.be/pqKVnp-6Cg0

Je t’ai découvert avec ton superbe projet Mutant Beat Dance. On dirait que c’était un de tes premiers side project dans lequel tu revenais au son originel acid house de Chicago. Est-ce que la culture acid house reste très présente dans la ville ?

Il y a définitivement des aspects du son de Chicago dans Mutant Beat Dance, mais ce n’est pas de l’imitation consciente. Ce qu’il y a de particulier dans ce projet c’est que Melvin (Melvin Oliphant, connu aussi sous le nom de Traxx, forme le duo Mutant beat Dance avec Beau. Nda.) et moi essayons de faire quelque chose de différent à chaque fois. On a chacun des background différents et je pense que cela s’entend dans nos productions. Et oui, définitivement, la culture acid house a tout inondé, pas seulement Chicago, mais toute la planète.

Est-ce que les pionniers dance de Chicago ont eu une influence sur ton travail ?

Oui et non. C’est impossible que la house music ne ce soit pas infiltrée dans mon esprit durant toutes ces années, c’est un fait. Mais non ce n’est pas une influence majeure.

Parlons d’un autre de tes side projects : Streetwalker. C’est quelque chose de plus industriel, mais aussi beaucoup plus pop et peut-être accessible. Comment est né ce projet?

J’ai rencontré Elon Katz, mon partenaire au sein de Streetwalker, quand il a fait son premier concert sous le nom de White Car ici à Chicago c’était vers 2009 je crois. Quand je l’ai vu jouer, ça m’a mis sur le cul, je n’en revenais pas de sa performance, son énergie. A la suite de ça, nous sommes devenus bons amis, on partageait notre passion de la musique mais aussi des films, de l’art. On a commencé à faire de la musique ensemble vers 2010. On se produisait en live la plupart du temps dans des soirée DIY à Chicago. Il n’y avait pas d’idée particulière derrière le projet, si ce n’est que nous recherchions à avoir une configuration complètement live et tentions de garder l’énergie qui va avec. Certaines des pistes qu’on a joué pendant cette période auraient pu éventuellement donner ce que tu entends sur le LP qu’on a réalisé sous le moniker de Streetwalker, « Future fusion ». D’ailleurs, c’est un disque qui a été réalisé dans des conditions live, une seule prise à chaque fois.

Ton morceau Balls of steel (sortie chez L.I.E.S records) est devenu une sorte de « club anthem », il a eu pas mal de succès et a été promu par un paquet de Djs. Quelle a été ta réaction devant ce succès, est-ce que ça t’a ouvert des portes ?

C’était vraiment chouette de voir des gens jouer ce morceau mais pour être honnête c’était aussi un peu bizarre. Je veux dire, ce morceau représente seulement une petite portion de ce que je produit d’habitude. Je ne suis pas du tout intéressé par le fait de produire des « club anthem ». Pour tout te dire, c’est la chose que j’ai le moins à l’esprit quand je travaille sur des tracks. Je ne pense pas à l’auditeur quand je fais de la musique ni dans quel contexte ce morceau sera joué. Après, en terme de porte ouverte comme tu dis, ce morceau à confronté plus de personnes à ce que je fais. Je pense que c’est important de rester humble et de ce rappeler constamment que rien ne dure pour toujours. Ma priorité première c’est de faire la musique que j’aime.

Je n’ai jamais enregistré de musique avec l’intention de la sortir officiellement.

Toujours à propos de Balls of steel, je me demandais d’où viens le sample vocal. C’est tiré d’un film ?

En fait, ce n’est pas un sample. C’est juste ma voix que j’ai enregistré en une prise avec un micro à travers la CR-78 Compuryhtm (un synthé analogique de chez Roland, en bois d’acajou.nda).

Tu viens de sortir un album long format sous ton nom. Certaines des pistes issues de l’album ont été enregistrées à la moitié des années 2000. Il faut voir cet album comme une compilation ?

Plus ou moins, oui. À la base tu sais, je n’ai jamais enregistré de musique avec l’intention de la sortir officiellement. Ça a toujours été une sorte de hobbies pour moi. Pendant ces treize dernières années, je faisais juste des CD-R gravés que je donnais à mes amis à Chicago. Certaines tracks sur le dernier LP, mes amis les possédaient déjà depuis 2002. Il n’y avait pas d’idée spécifique pour la réalisation de cet album si ce n’est le fait que la plupart de mes productions jusqu’à présent n’étaient pas sorties de manière officielle. Je voulais changer ça.

Comment se porte la scène électronique à Chicago ? Elle est très présente ?

Oui, définitivement ! Mais ce n’est pas comme New York ou Los Angeles. Ici à Chicago, la scène dite underground  reste quand même assez marginalisée. Mais les artistes qui font vivre cette scène sont vrais dans leurs intentions, dans leurs travaux. Chicago c’est une ville vraiment « no bullshit », les gens faux, les poseurs, n’ont rien à faire ici. Il n’y a pas de place pour eux. Après, pour la scène, il reste encore une ségrégation, ce que l’on peut appeler des guerres de chapelles : Les personnes qui aiment la techno ou la house vont à des shows de techno, en club. Et celles plutôt indie ou noise vont dans leur circuit de club indie, etc. Mais dans l’ensemble la situation évolue. Disons que ces quatre dernières années, j’ai vu certaines barrières tomber et les scènes se mélanger et c’est vraiment super. Les meilleures soirées ici ont lieu dans des caves, des warehouses ou des lofts. C’est là où la vraie scène prospère, tout le monde se connait. C’est un peu une communauté. Pour tout te dire, je vais rarement en club.

http://beauwanzer.com/
Illustration : Gerard Love

Depuis la publication de cette interview, Beau Wanzer a déjà sorti un nouveau maxi sous l’alias Mutant Beat Dance : Polyfonikdizko EP chez Rush Hour recording. (Vinyl only)

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2 commentaires

  1. Je ne comprends pas tellement pas pourquoi vouloir faire une opposition à la house. Cela ne me semble en plus pas transparaître dans son discours, il essaie juste de faire son truc. Cette opposition me gène car c’est comme si on associait la house dans son ensemble (ou même si l’on restreint à la production récente qui est variée) à un son pour bloggueuses mode. C’est pourtant une musique extrêmement riche et spirituelle qui comme le rock n’a pas toujours été décliné avec goûts (mais à qui cela viendrait à l’esprit de tenir rigueur à Elvis pour shaka ponk ?).

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