Il a un comme un début de calvitie sur le crâne, il chante en français et ses mélodies lentes semblent taillées pour les boums adolescentes des années 90, avec jeans larges et maquillage qui coule. Autant dire qu’a priori, il n’y avait pas beaucoup de chances pour aimer Ray Jane, auteur d’un EP priapique chez Gone with the Weed.

En immobilier comme en musique, il faut croire que plus on vieillit, plus on s’embourgeoise. On pense à quitter Paris pour vivre dans plus grand, on rêve d’une cheminée vintage et de nature analogique à portée de main; on range les disques bruyants de garage écrits par quatre mecs blancs avec la moitié d’une idée pour se blottir dans ce qu’on a longtemps détesté, à savoir la pop française. Prenons des pincettes, tout de même : aucun de nous ne vit actuellement dans un château en écoutant Benjamin Biolay sous Xanax, mais certains contre-exemples comme feu Dodi El Sherbini prouvent, dans l’histoire, qu’on peut se faire attraper en moins de deux par un single empruntant à tout ce qu’on détestait jadis.

C’est le cas avec Ray Jane, projet de Mathis qui, lorsqu’il n’officie pas dans des groupes de rock (Skategang, Police Control, Music On Hold) se laisse aller désormais à des comptines très premier degré qu’on débute avec une moue de mouais avant de tomber dedans, comme on tomberait dans un trou où seraient coincés Laurent Boutonnat, Martin Rev et Jean-Luc le Ténia. Ca fait un drôle de trou, c’est vrai. Et c’est certainement ce mélange étrange, bourré de nappes synthétiques typiques des années 90 (on pense autant au « Kâmâ Sutrâ » de Polnareff qu’au Si je devais manquer de toi de Murat) qui rend les deux titres de son dernier maxi si hypnotiques. Et puis il y a des phrases comme « J’ai connu l’idée de me pendre, rien qu’à l’idée que je suis un homme« ; c’est pas rien pour attaquer un morceau (Confusion). Tout cela dans un esprit low-fi typique de virées underground au Franprix le plus proche.

A lui seul, Ray Jane ne remettra pas TOUTE la chanson française sur de nouveaux rails. Mais ces rares éclaircies dans le paysage rappelle qu’en dépit des clichés, la honte de chanter dans sa propre langue peut parfois laisser place à des vrais moments de honte joyeuse. On dit guilty pleasure en anglais, et l’on souhaite à Ray Jane de ne pas trop pondre de titres de cet acabit; le plaisir d’avoir mis la main sur un petit Ovni s’en retrouverait diminué.

Ray Jane, maxi chez Gone with the Weed
https://gonewiththeweed.bandcamp.com/

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