Alors que le monde est au ralenti à cause du nouveau coronavirus, une autre maladie semble toucher nos chers concitoyens, particulièrement certains de nos collègues journalistes : le “journal-de-confinement-virus”. Jusqu’ici, les deux premiers symptômes observés sont un gel total des capacités de réflexion et de prise de recul, ainsi que de fortes crises de diarrhées verbales…

Cela fait maintenant une bonne semaine, que chaque matin, au réveil, après m’être brièvement saisi de mon smartphone pour prendre le pouls de la journée, je me lève du pied gauche. Évidemment, les informations concernant cette ambiance pesante et morbide que nous vivons tous, y sont pour beaucoup. Mais elles ne sont pas les seules responsables de mes sauts d’humeur. Dans un autre registre, moins dramatique, mais tout aussi affligeant, cette nouvelle tendance du « journal de confinement » me met totalement hors de moi. Je vous vois venir, et je vais vous devancer : dans ces prochaines lignes, vous ne lirez pas le même papier que nos brillants collègues et snipers de Brain ont déjà dégainé. Non. Mes cibles ne sont pas ces « écrivains bourgeois », barricadés dans leurs « résidences secondaires » – de toute façon, ils sont déjà bien trop déconnectés du monde réel pour le comprendre.

Pourquoi doit-on se coltiner l’histoire d’une égoïste nous racontant qu’il y a des séances d’“abdos-fessiers” sur YouTube ?

Aujourd’hui, j’aimerai mettre en lumière le mauvais goût de certains « collègues » journalistes, qui, à défaut d’avoir du « nez » comme il est coutume d’en jouir un minimum dans notre travail, exhibe fièrement leur énorme « melon » – ce n’est pas encore la saison, calmez-vous ! Si la démarche peut vous paraître désuète, où déplacée, elle sert en réalité à dénoncer, « un don sans technique », « une sale manie », qui a tendance à se démocratiser ces derniers mois, voire années. Plutôt que de me cacher derrière la moustache de Brassens pour la décrire, je la nommerai ainsi : « journalistes, non, vous n’êtes pas les stars de votre article ». Mon fusil est chargé, braqué sur ma victime, me voilà engagé dans une « autre guerre ».

Comme vous le savez tous, notre « magnifique » industrie de la musique est en train de sérieusement vaciller. Pendant ce temps-là, quelques-uns d’entres nous, plutôt que de louer les initiatives que ses acteurs imaginent avec plus ou moins d’inventivité pour ne pas la voir sombrer – prenons l’exemple de Bandcamp et de sa démarche du 20 mars, ou encore cet article de Sourdoreille sur le “K.O. du spectacle vivant” –, s’amusent à parler d’eux, à exhiber leur routine insipide, qui en aucun cas ne fait avancer le schmilblick. Nous disposons tous de cette capacité mirifique de nous exprimer, et c’est bien normal. Mais, pour autant…

Au milieu de tout ça, nous sommes quelques inconscients à en avoir fait un métier, et nous nous devons de respecter nos pairs : ces femmes et ces hommes qui nous ont inspirés à se saisir de la plume, à respecter cette logique de « passeur », et à ne jamais devenir des « influenceurs ». Alors purée ; au hasard, pourquoi doit-on se coltiner l’histoire d’une égoïste nous racontant qu’il y a des séances d’“abdos-fessiers” sur YouTube ? Moi aussi, comme Mylène Farmer, Je m’ennuie, et je ne crois pas que de raconter à nos lecteurs que j’ai mangé une pomme à midi – même si elle était super bonne, croyez-moi – les rendent plus heureux à la fin de leur journée. Essayons autre chose alors… Hum… Tiens, L’insoutenable légèreté de l’être de Kundera me fait face… Page 419, première ligne : « La fenêtre donnait sur un coteau parsemé des corps tordus des pommiers. » Alors, vous êtes heureux ? Moi, ça va mieux. Sans bisous, mais sans rancune.

 

 

 

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