Après avoir contribué à notre enquête légendaire sur Burger Records parue dans notre numéro estival, Thomas Dahyot est de retour dans le rock jeu avec un clip de bras cassé inspiré à 1000% de la mise en scène paresseuse inventée par Bob Dylan. Sauf que là, le titre n’a absolument rien à voir avec la technique révolutionnaire du cut-up. Et si sa version est bien plus drôle que l’originale, c’est donc surtout ici une manière très habile de ne pas dépenser (trop) d’argent pour faire la promo d’un morceau pas trop mauvais et de son histoire générationnelle de loser trentenaire.

On avait quitté Thomas Dahyot en mode vénère à la fin du mois de juin. Il nous racontait dans les moindres détails sa collaboration avortée avec le label américain Burger Records qu’il se gardait bien néanmoins d’insulter comme des milliers de con(s)nectés ne connaissant rien à l’histoire. On retrouve l’ex Madcaps en ce début frisquet de mois de novembre avec le clip de Rom Com, une vidéo musicale courte et plutôt très drôle où il copie volontairement (on dit « rendre hommage ») la fameuse mise en scène ultra minimaliste inventée par Bob Dylan en 1965 pour clipper Subterranean Homesick Blues, et qu’il avait écrite en utilisant la technique simplifiée du cut-up mise au point par William Burroughs. Réponse de Dahyot :  « Mon clip est une référence à celui de Dylan en effet, j’y opère le même principe que lui en y mettant sur les panneaux les mots clés et les mots forts »

De là à apparaître raide comme un piquet sur la place du centre-ville de Rennes (on a pas demandé vérification à Google pour une fois, on la joue au talent, NDR) déguisé en homme-sandwich avec un putain de cœur obèse autour du cou, des lunettes noires, des cheveux blancs et donc des centaines de feuilles blanches qu’il s’est bien fait chier à imprimer pour qu’on s’intéresse (enfin) aux paroles, il n’y a qu’un pas, que Thomas D. franchit allègrement en mélangeant cut-up visuel, comédie romantique et (grosse) connerie puisqu’il finit non seulement comme Dylan en foutant tout en l’air (c’est facile) mais aussi en envoyant de sérieux pas de danse avec son putain de gros cœur toujours accroché à lui et ça, il fallait non seulement y penser, mais il fallait surtout oser le faire.

Si l’imagerie utilisée par Dylan avait un sens fort directement lié à sa technique de création, la mise en scène piquée par Thomas Dahyot au sérial-menteur apparaît surtout aujourd’hui comme la méthode ultime des (gros) branleurs pour éviter de se faire des nœuds au cerveau avec un scénario à la con, un casting et (pire) un montage interminable. «Il n’y a pas de cut-up comme le pratiquait William Burroughs et Bob Dylan dans l’écriture de la chanson. L’idée étant de focaliser le public français sur les paroles qui ne l’intéressent généralement que trop peu ». Des paroles dont tout le monde se fout en effet alors qu’elles racontent ici une histoire générationnelle au combien intéressante puisqu’elle en dit long sur l’époque: la crise de la trentaine. Rom Com ne raconte donc pas le destin d’un gitan mais bien celui de Pepper White, un trentenaire middle-class et branché désabusé qui n’a pas attendu la quarantaine pour déprimer et mate des comédies romantiques à n’en plus finir dans le salon tristement vide de ses rêveries de jeunesse perdues. Un bon résumé des années 2010 où (une partie) des vingtenaires trouvent que le passage à l’âge adulte arrive (beaucoup) trop tôt et n’arrivent même plus à assumer la trentaine pourtant excitante à bien des égards, tellement ils ont kiffé la décennie magique, et se mettent du coup à déprimer dix ans trop tôt. Peut-être un mal pour un bien, car ces adulescents qui souffrent un peu trop tôt ne connaîtront pas (on l’espère pour eux) la fameuse « crise de la quarantaine ».

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Bon, on ne vas pas vous le cacher : l’écoute de l’album-concept de Pepper White, « The Lonely Tunes of Pepper White », a été un calvaire. Si les deux premiers morceaux à ranger dans la catégorie pop sont sympas mais pas dingos, avec notamment ce Rom Com, la suite est un fourre tout esthétique indigeste avec une tripotée de morceaux country-jazz-rock-pop sans émotions, sans inspiration et sans énergie.
Toujours en reconstruction après une sévère décompression consécutive à la fin de ses rêves d’adolescent éternel, le néo-adulte nostalgique Thomas D. évite de justesse le zéro pointé avec les chansons Needed To Cry et Home Alone.. qui font vaguement monter le thermomètre mais ne cassent pas non plus trois papattes à un canard. Ce disque se termine comme il avait commencé, avec du moyen-bien – ce qui laisse augurer de meilleures choses pour la suite – et un final western pensé comme la montée de sève finale d’un chef-d’œuvre, sauf que là, il s’agit du contraire. L’apothéose d’un album raté, il fallait y penser.

Pepper White // The Lonely Tunes of Pepper White // Howlin’ Banana // Sortie le 17 septembre
Pour voir un ex-jeune déprimer en live, tenez-vous informé par ici.

The Lonely Tunes Of by Pepper White

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5 commentaires

  1. Wow, peu importe ce qu’on pense de Dahyot (les Madcaps ne m’intéressent plus depuis ce troisième album sans sel), il faut reconnaître que le papier est écrit avec le cul.

    « un trentenaire middle-class et branché désabusé qui mate des comédies romantiques à n’en plus finir dans le salon tristement vide de ses rêveries de jeunesse perdues »
    ça a été le confinement Mit Homann ?

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