16 avril 2026

Penny Arcade, en odeur de synthé

@Titouan Massé

Le musicien britannique James Hoare (Veronica Falls, Ultimate Painting) revient avec un deuxième album solo intitulé « Double Exposure » plus audacieux et expérimental que le premier. Il était temps pour lui, à 43 ans, de sortir de sa zone de confort.

Très peu de gens aiment sortir de leur zone de confort. Et James Hoare en fait partie. Durant plus de 15 ans avec ses différents groupes, le musicien anglais est resté dans un salon musical bien cosy avec feu de cheminée, vinyles sixties, guitares cristallines et fauteuil usé en cuir. Les inspirations étaient évidentes (du type Beatles, Velvet, J.J. Cale, Byrds, Neu!, The Chills, Television, The Clean) et les chansons d’une limpidité déconcertante. Pas surprenant que Lou Reed ait été fan de Veronica Falls, que Dean Wareham soit venu aux concerts d’Ultimate Painting à Los Angeles ou que Yo La Tengo ait embarqué les deux Anglais en tournée, avec un profond respect pour leur musique.

Mais tout ça, c’était avant. Avant le split d’Ultimate Painting en 2018 après trois disques fulgurants et la mise en arrêt du projet The Proper Ornaments. James a dû se rendre à l’évidence : la vie de groupe apporte quand même beaucoup d’emmerdes. L’avenir se fera donc en solo sous le nom Penny Arcade. Un premier disque, « Backwater Collage », émerge en 2024 sans faire d’éclat. Puis cette année, James, qui a récemment posé ses valises à Marseille, sortira « Double Exposure » en espérant marquer les trois points au buzzer.

Krautrock et UK rock

Pour ce deuxième album, l’Anglais de 43 ans s’est retrouvé isolé dans le Devon. Il devait enregistrer vite avant de déménager dans le sud de la France. Ses amis-musiciens ont grandi, ils ont désormais une famille, un boulot, des responsabilités… Ils ont la quarantaine et moins de temps à consacrer à la musique. Sa solution ? Tout faire seul comme un grand avec les moyens du bord, à savoir des vieux synthés, des orgues et des boîtes à rythmes chinés au fils des années. Sans trop réfléchir, James s’est mis à expérimenter en bidouillant ses machines tout en se disant que ces démos allaient être retravaillées plus tard. Sauf que bah oui : en réécoutant son travail, il n’a pas eu envie d’y retoucher. Le musicien a kiffé ce qu’il entendait, au point de garder de nombreuses premières prises (guitare, voix, claviers, etc.) pour le mix final. « Les groupes que je respecte se sont toujours réinventés. Et dans mon petit monde à moi, et même si c’est encore timide, j’avais aussi envie de tenter des nouvelles choses. »

« Tu peux très vite te retrouver comme un hamster en cage à faire les mêmes disques
tous les ans avec les mêmes chansons influencées par le Velvet ou les Pastels »

On est d’accord : Penny Arcade n’est pas devenu un projet invendable de new age chelou mixé à la folk de cave. Les fans du musicien retrouveront sur ce nouveau disque des chansons doudou et des mélodies nostalgiques. Mais pas que : « Certaines chansons sont plus expérimentales. C’est peut-être lié au fait que j’écoute moins de musique sixties et plus de groupes allemands comme CAN, Cluster ou Harmonia », raconte James, assis dans un café bruyant de Montmartre.

Sa passion pour le krautrock remonte à plus de vingt ans. Une obsession souterraine. « On me demande souvent de parler du Velvet Underground, mais on me pose jamais la question des groupes que j’aime et qui ne sont pas forcément des influences majeures. CAN fait partie de ces groupes, et j’ai beaucoup réécouté leurs musiques durant l’enregistrement de l’album. » Il cite « Tago Mago » et « Future Days » comme ses albums préférés et rappelle que la plupart des groupes britanniques qu’il affectionne ont comme référence ce mouvement musical — Primal Scream, Happy Mondays, Sex Pistols, The Fall, etc. Alors même si CAN ou Cluster ne sont pas des influences directes, elles sont furtivement audibles sur ce nouveau disque. L’utilisation de vieux instruments y est aussi pour quelque chose, tout comme cette liberté dans la composition qui laisse à James plus de place aux expérimentations. Et puis il faut le dire : peut-être que le bonhomme en a eu ras-le-bol de tourner en rond. « Tu peux très vite te retrouver comme un hamster en cage à faire les mêmes disques tous les ans avec les mêmes chansons influencées par le Velvet ou les Pastels », reconnaît l’Anglais.

Si on met de côté les morceaux comme Regrets, Memory Lane, You’ve Got The Keys ou encore Everything’s Easy — qui sonnent toutes comme des vieilles démos de ses anciens projets —, ce nouveau disque offre des moments plus mémorables. Par exemple We Used to Be Good Friends, un morceau psychédélique qui rappelle les meilleurs moments de Syd Barrett, les oscillations d’Early Morning ou encore la ballade Time, à mi-chemin entre The Doors et Mort Garson. Même le single Rear View Mirror, sous ses faux airs de tube bancal, donne un coup de boost à l’album. En fait, l’équation est simple : une face regarde le passé, l’autre teste le futur. « Les morceaux les plus électroniques et expérimentaux m’aideront peut-être à prendre une direction plus claire pour le prochain disque », confie James.

On peut facilement prédire la suite pour Penny Arcade. L’Anglais va se la couler douce à Marseille, supporter l’OM, partir en tournée, défendre comme il peut son disque sans avoir besoin de créer des Réels sur TikTok et puis se terrer chez lui avec ses machines pour créer de nouvelles musiques. Avec Ultimate Painting, il a entrevu les coulisses du succès, les salles plus grandes, la pression qui grimpe, la désillusion face à une industrie qui peut te broyer. Alors même s’il aimerait gagner plus d’argent, le musicien n’a pas de regret. « Plus les salles dans lesquelles tu joues sont grandes, moins tu t’amuses, conclut James. Et j’aime garder cet esprit plus fun avec la musique et garder une forme de connexion avec le public. Tant que je peux faire mes albums comme j’en ai envie, je serais heureux. » Putain, la clé du bonheur, c’est donc la liberté.

Penny Arcade //« Double Exposure » 17 avril // Tapete Records // En tournée : 

12 Mai – Bruxelles (BE), Le Zot
4 Juin – Montreuil (FR), Le Chinois
5 Juin – St Pair sur Mer (FR), Le Rayon Vert
6 Juin – Amiens (FR), Chez Bertille
18 Juin – Toulouse (FR), Le Ravelin
19 Juin – Toulon (FR), La Bière de la Rade
20 Juin – Nîmes (FR), Le Bar du Midi
17 Septembre – Marseille (FR), L’Intermédiaire
18 Septembre – Volvic (FR), Les Vinzelles
20 Septembre – Arthez de Béarn (FR), Le Pingouin Alternatif

7 Comments Laisser un commentaire

  1. nous avons ma femme mes 3 gamins 42203 disques on compte pas lesflexis K7 ou cd et meme les vieux 78rpm, on n’en n’a Marre de ces prix! bonne chance!

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