Comme toutes les semaines et quasiment tous les jours, le rédacteur en chef du magazine que vous êtes en train de lire a la tête complètement sous l'eau. Ainsi, ce matin là, il est exactement 11h45 quand je reçois un message privé : « Yo mec, y'a Parquet Courts en interview à 17h et j'ai un imprévu. T'es chaud ? ». Un groupe américain de passage pour la première fois en France Vs un kamikaze qui n’a pas écouté l’album… ready to rumble ?

Exercice 1 : interviewer un groupe que vous ne connaissez pas.

Si vous êtes en train de lire ce papier, c’est que ma réponse fut évidemment positive. Sauf que passée la montée d’adrénaline de la décision, la réalité peut faire redescendre. Cinq heures pour préparer l’interview. Je n’ai même pas écouté l’album. Et d’ailleurs je n’ai jamais rien écouté de Parquet Courts. Tout au plus le groupe m’évoque-t-il de lointaines chroniques enflammées dans l’hebdo de JD Beauvallet. Mais c’est tout. C’est à la fois inexplicable et complètement justifié Quand vous recevez 15000 disques en permanence, votre cerveau, d’une manière ou d’une autre, fait le tri. Le nom ne m’a jamais vraiment inspiré, en fait. « Parquet Courts » …

Exercice 2 : Faire bonne figure en terrain ennemi

A peine le temps de griffonner quelques questions sur un coin de table, d’écouter trois fois de suite ce ‘’Human Performance’’ et deux-trois trucs des anciens albums, me voilà qui débarque dans les locaux de Beggars France.
Quand j’y repense, la première chose qui me revient en tête est cette odeur de moquette diffuse qui me rappelle étrangement le salon de ma grand-mère. Un certain amour du confort, tant au niveau du mobilier que des goûts musicaux (fièrement) affichés, d’ailleurs. Quelle n’est pas ma surprise de me retrouver, en pleine séance de pisse, nez à nez avec Savages. A peine sorti des chiottes, ce spectacle sordide continue avec un poster de Soko plus grand que la tenture hippie de ma sœur placardé sur le grand mur de l’open space. Manifestement en terrain ennemi, je tente de faire bonne figure : « ah tiens, vous avez reçu notre dernier numéro.. ». Avant de me recevoir un bon coup de lance-flamme : « Ouais, Gonzaï. Ils reviennent de loin ces types hein… ». Les braillements insupportables de Foals font vrombir les murs, je suis comme qui dirait dans l’état idéal pour interviewer un groupe que je ne connais pas.

Exercice 3 : Coincer l’adversaire dans un coin

Il est 17h30 et je suis, encore une fois, le dernier mousquetaire à passer. Je ne suis pas encore assis que l’un des deux mômes boutonneux est déjà en train de bailler. Je mets les choses au clair d’entrée de jeu, histoire de les réveiller : « Je remplace quelqu’un au pied levé, je ne connais pas votre groupe et j’ai à peine eu le temps d’écouter vos morceaux.. ». Leurs visages, d’abord amusés, laissent apparaître quelques rictus d’énervements. « On aimerait bien avoir tes impressions à chaud… ». Tenir la barre, coûte que coûte : « c’est moi qui pose les questions ici ». Tentative de comparaison périlleuse avec les membres de Night Beats, originaires du Texas comme eux, mais qui se sont barrés west coast. L’inverse de Parquet Courts, qui a foutu les voiles à l’est : « dans mon lycée tout le monde était obsédé par Los Angeles, avec les TV Shows et toutes ces conneries stupides genre ‘’oh c’est trop cooool…’’. Qu’ils aillent se faire foutre ! ». On ne mélange pas les torchons et les serviettes, comme on dit.

En quelques heures d’écoute, j’ai quand même eu le temps de déceler quelques influences évidentes. Le Velvet ? «C’est une des plus grosses, c’est clair, on ne peut pas le nier ». Television ? « Oui, ils sont supers et tellement distillés dans notre sang que ça ressort d’une manière ou d’une autre… » Tout cela confirme ma petite théorie selon laquelle Parquet Courts représenterait le groupe new-yorkais par excellence. «Ouais, c’est vrai, nous sommes les héritiers d’une lignée très prestigieuse en fait». Ca va les chevilles ?

Histoire de les mettre un peu en danger, je leur demande de m’expliquer les paroles de Berlin Got Blurry (littéralement : Berlin devient flou) : « c’est l’histoire d’un mec qui erre dans les rues sans trop savoir pourquoi, ça parle de solitude et de crise existentielle. En gros, ça parle de la difficulté de trouver sa place dans le monde d’aujourd’hui». Des textes ancrés dans le réel, comme ceux de la chanson Two Dead Cops : « ça parle de la brutalité policière qui est un gros problème aux USA. On a été témoins d’une telle scène à côté de notre studio, la chanson parle de ça : pourquoi cette violence gratuite, et pourquoi contre les gens de couleur? ». Après cette discussion intéressante qui illustre l’étonnante capacité de réflexion de jeunes rockers, il est temps pour moi de sortir une question bien pourrie: « une des chansons s’appelle Dust, comme sur le dernier BJM. Vous aimez son travail ? ». « Mec, on est pas censés parler de nous là ? J’ai pas envie de parler de ce type.. ».

Okay. Alors évoquons avec Andrew et Max la qualité du son venant des liens du sang (ils sont frères), qui a fait pas mal de miracles dans l’histoire de la pop music. Ils opinent du chef : « c’est clair que ça marche bien. Il y a une vraie connexion.. Mais je dirais qu’on est tous frères dans le groupe ! ». Rebondissant sur cette jolie note d’humanité, il est temps pour moi de passer aux félicitations car le groupe a tout de même sorti cinq albums en six ans. Chapeau. « Dès qu’on finit un truc, on a envie d’en faire un autre tu sais, en essayant d’apporter un truc nouveau à chaque fois… Par exemple, le nouveau est bien plus produit que le précédent ».

« Votre nom de groupe est vraiment pas terrible. »

Si Parquet Courts aime bien s’exciter sur les guitares, il n’aime pas les fans bourrés qui osent monter sur scène: « la scène est faite pour les artistes. Si tu fais un truc mieux que moi pourquoi pas, mais si tu montes sur scène juste pour monter sur scène… Monte plutôt ton propre groupe, merde ! Je trouve ce comportement totalement irresponsable ». En parlant d’irresponsabilité, il est grand temps d’aborder la question des drogues. Une de leurs chansons s’appelle quand même Stoned and Starving : « ouais… Mais non, ça parle d’un mec qui se balade au petit matin, un peu bourré, et qui a la dalle. On n’est pas très drogues ». Ouais, bon, ils n’ont pas envie d’en parler. Quant à savoir comment ils sont devenus musiciens, on n’en saura pas beaucoup plus : « je sais pas, j’ai toujours été musicien… ». On arrive lentement au terme de cette interview en sept rounds. C’est là que je sors mon va-tout, la question uppercut : « Votre nom de groupe est vraiment pas terrible. Pourquoi Parquet Courts ? ». Si leurs regards trahissent leur volonté de me péter la gueule, ils décident de rester diplomates : « En fait, c’est tellement original que tu n’arrives pas à comprendre. Ça change de tous ces noms de groupes complètement stupides..». Vingt minutes sont passées et les new-yorkais ne sont plus vraiment prêts à entendre mes impressions : « Hum, non ça va, je crois qu’on va aller manger un morceau.. ». Dix-huit heures et des poussières, bruit du gong, le groupe décide de quitter le ring.

Exercice 4 : Reconnaître, malgré tout, la qualité de la musique.

Avec le recul, ce ‘’Human Performance’’ s’écoute plutôt très bien. Une rencontre qui fait mouche entre la sécheresse et le romantisme du Velvet et la nervosité, l’élégance et la fougue du post-punk, Television et Modern Lovers en tête. Avec en toile de fond un attachement profond à New York, à ses avenues impersonnelles, ses nuits d’errance et ses trottoirs blanchis par la neige du nord américain. Un album cohérent, qui met un bon coup de pied au cul avant de panser les plaies avec de très bonnes ballades. Dont la dernière It’s Gonna Happen, requiem de crooner avec le flegme du vieux Iggy. C’est évidemment mieux que 99,99% de nos merdes locales. Sans rancune les mecs, promis, la prochaine fois, je préparerais mes questions en enlevant les gants de boxe.

Parquet Courts // Human Performance // Beggars (sortie le 8/04)
https://parquetcourts.wordpress.com/

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3 commentaires

  1. h’ connos & les ostroses! la rance play pop_po contre le pays_bas ou c rance la raclée vs argentina cantina les couts y connaissent comme moi les sports………………………..

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