Sans être la merveille annoncée un peu partout, le quatrième album de Weyes Blood, “Titanic Rising”, reste un disque plutôt réussi où sa musique évolue et sans aucune référence au “My Heart Will Go On” de Céline Dion.

Probablement en raison d’un secteur totalement désargenté, la presse musicale « spécialisée » pratique l’emphase à tour de bras ces dernières années. Il faut bien vendre. Pas une sortie de disque d’artiste réputé sans partir dans le « merveilleux album de l’année qui marquera à coup sûr la décennie ». Il devient alors particulièrement délicat de distinguer la baudruche du moment de l’œuvre qu’on écoutera encore dans quinze ans. Et elles sont rares.

L’Américaine Natalie Mering, plus connue sous le nom de Weyes Blood, est un exemple intéressant en la matière. Poursuivie par les superlatifs les plus élogieux les uns que les autres depuis son impeccable « Front Row Seat To Earth » de 2016 après deux premiers albums passés inaperçus, sa pop orchestrale psyché fonctionnait effectivement à plein tube. Toute droit sortie d’un plateau de Maritie et Gilbert Carpentier en 1967, voire d’un disque des Carpenters pour rester dans le champ lexical. Avec sa très belle voix ultra-présente, elle avait trouvé ce filon improbable la plaçant comme une sorte de Nana Mouskouri hipster. Un succès prolongé par la collaboration réussie avec Ariel Pink, son Demis Roussos à elle, sur un EP de qualité ou en allant donner de la voix chez le très suspect Drugdealer. En y ajoutant le storytelling à l’américaine de la jeune fille élevée dans une famille de fous de Dieu évangélistes qui a trouvé son salut chez les freaks de l’indie-rock US, la petite Natalie a tout de l’idole à crédibilité indé de la fin des année 2010.

Soft rock et « Low » de Bowie

Autant dire que son nouvel album « Titanic Rising », coproduit par Jonathan Rado de Foxygen, a reçu un accueil dithyrambique à travers le monde avant même sa sortie (il était écoutable sur NPR depuis une semaine). Sans vouloir aller forcément à contre-courant, ce n’est pas le chef d’œuvre annoncé ce qui n’empêche pas qu’il s’agit d’un bon disque. Et c’est déjà pas mal comme ça.

En délaissant un peu la fin des années 60 et l’ambiance hippie pré-Coachella de « Front Row … », la Californienne a avancé un peu le curseur pour se retrouver coincée au milieu des années 70, entre soft-rock sous coke et arrivée massive des synthés analogiques. Si le parfait premier extrait Andromeda et sa guitare à la George Harrison (qui se retrouve aussi sur Something To Believe) maintient la tradition orchestrale des Used To Be et autres Seven Words du précédent album, Mering tente aussi des choses.

L’ambiance calibrée Bowie/Eno de « Low » en intro de l’entame parfaite A Lot’s Gonna Change, qui se poursuit en belle ballade au piano, se retrouve encore dans le court intermède ambient du nom de l’album. Une volonté d’amener des sonorités synthétiques symbolisée par un Movies bourré de nappes analogiques qui peine d’abord à décoller avant d’être sauvé par un final tout en crescendo de cordes et de voix en supplique. Dans le registre nouveauté, la pop anglaise enjouée de l’autre single Everyday – qui vient du souhait du père de Mering, ancien du rock chétien, de voir sa fille faire un morceau « uptempo » – révèle des envolées dignes du love Is All de Roger Glover.

Il y a donc pas mal de réussites ici malgré une fin d’album un peu flemmarde qui lorgne vers du Lana Del Rey avec la guitare de Brian May (Mirror Forever), voire du dispensable (Wild Time, Picture Me Better). Alors pas sûr d’écouter encore « Titanic Rising » dans quinze ans mais un bon best-of de Weyes Blood dans la bagnole tout électrique et ça ira très bien.

Weyes Blood // Titanic Rising // Sub Pop

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