Peut-on raisonnablement placer un jeu de mots aussi pourri que « Om sweet Om » pour introduire cinq morceaux qui semblent avoir été enregistrés au fin fond d’une grotte afghane par des soldats américains adeptes de drone – la musique, pas l’instrument de guerre ? Assurément non. Tentons tout de même un « allez l’OM » comme un ultime tagada tsoin tsoin et ouvrons nos manuels bibliques à la première page.

Leçon 1 : dépasser les préjugés.

Ne sachant sur quel saint se brancher, Bester se gratte la tête en regardant passer silencieusement les nuages. Par quel bout prendre cet étrange objet, comment en décrire les enluminures très « 1515 à Marignan » à celui qui croit encore que le drone est avant tout l’affaire de tripoteurs de chats morts à la pleine lune ? Si vous prenez l’émission en cours de route, et histoire de vous familiariser avec l’histoire du groupe dont il est ici question, on résumera Om comme la bande-son d’un film où Jésus aurait troqué la toge et les sandalettes contre un hélicoptère de combat chargé ras la gueule de K7 de rock stoner des années 90, avec « JERUSALEM » inscrit en gros sur Google Maps. Autant dire que si tu ne crois pas plus en Dieu qu’en Charles Manson ou Kyuss et que tu as décidé de passer ton été à bouffer des chips devant une rediffusion des Dix Commandements de Pascal Obispo, désolé mon p’tit mais ça va pas le faire. En humant les odeurs de narguilé qui s’échappent d’Addis, Bester craque sa première hostie ; il vient de trouver une bonne punchline : « Ce cinquième album d’Om, c’est un peu tout ce que la religion chrétienne foire complet depuis deux millénaires. Donnez un DVD d’Apocalypse Now et un paquet de Marlboro à Saint Jean, ça vous donne ‘Advaiting Songs’ ! »

Leçon 2 : combattre l’axe du mal.

Bien évidemment, c’est un peu exagéré. Saint Jean n’a jamais conduit d’hélicoptère, pas plus que les fabricants de cigarette n’ont écrit les grands chapitres du rock’n’roll. La grosse besogne étant comme souvent laissée aux losers, on imagine la vie romantique de ces deux nigauds d’Om coincés dans leurs vies normales – réparateurs d’amplis à San Francisco le jour, membres d’une confrérie locale la nuit – puis l’on se demande, en écoutant les prières orientales de Sinai, si les deux mormons intégristes n’ont pas pété une durite à force de contempler en boucle le déclin des États-Unis sur CNN.
Paradoxalement, il émane de cet « Advaitic Songs » un parfum de mystère spirituel, un peu comme si Thomas Vandenberghe avait trouvé le Saint-Suaire et, ne sachant quoi en faire, avait subitement décidé de foutre cette guenille bariolée à la machine. En cinq chansons, Om lave le rock américain plus blanc que blanc en croisant les codes du drone – rythmes lents – à ceux du stoner – guitares lourdes, les codes du christianisme – bon, la pochette quoi – à ceux de l’islam – les chants gutturaux, le côté « Mecque plus ultra », tout ça sans qu’on parvienne à comprendre de quel oppresseur ces deux zouaves tentent d’expier les fautes. Il se peut également qu’ « Advaitic Songs » soit un immense foutage de gueule piloté par deux membres de la National Rifle Association, ayant pour seul objectif de fourguer à l’Américaine moyenne du fusil à pompe et des compiles des 13th Floor Elevators en guise d’obus pour faire tomber les dictatures. Tout ceci reste, comme la possibilité de voir les synapses de Roky Erickson se retoucher sans encombre, hautement hypothétique.

Leçon 3 : appeler un Shah un chat.

Vous conviendrez que jusqu’ici, on n’a pas appris grand chose sur ce disque plus sombre que le trou du cul d’un mineur – ceci n’est pas une blague pédophile, rangez vos colts. Ah ça, Bester pourrait en faire des pleins et des déliés sur ce drôle d’album estival qui vous donne envie de nouer la serviette de plage autour du premier touriste en short à fleurs. Le seul bémol quand vient au poète d’entrefilet l’envie de décrire la musique d’Om, c’est que cette musique est viscéralement indescriptible. Coutumier des croisades impossibles depuis son « Pilgrimage » en 2007, le duo s’en bat l’œil des descriptifs touristiques ; sa route de Damas est parsemée de tant d’objets incongrus – de gros fans qui croient au grand barbu comme à l’existence du Seigneur des Anneaux – que leur chemin semble tracé depuis le départ. Droit et aussi peu flexible qu’une corde de basse.

En guise d’épilogue, Bester pourrait tout au plus souligner qu’ « Advaitic Songs » sonne comme si les Canadiens de Black Mountain avaient subrepticement décidé de prendre un billet pour Islamabad avec du haschich planqué dans la pipe à crack. Et puis on s’arrêterait tous là, l’air un peu prostré à force d’avoir trop écouté ces mantras religieusement rock ou l’inverse. Arrivé à la septième minute de Haqq al-Yaqin, et alors que les magnifiques arpèges de guitare, à la fois cristallins et ancestraux, évoquent autant le dernier album de Earth que les hautes falaises d’Irlande ou les membres de Pentangle affublés de babouche taille 52, on se dit que la messe est dite. Que comme avec les femmes, on n’entre pas à moitié dans la musique d’Om, pas plus qu’on en sort complètement indemne.
Au moment de dérouler sa chute, l’auteur est assailli par le doute. S’agit-il juste d’un bon moment de psychédélisme ou d’un beau manifeste contre les her(m)étiques ? Persuadé que la vérité est comme souvent au croisement, nous conclurons que « Advaitic Songs » est un disque de désert plus que de déserteurs. Quelque chose d’épique et de rare, le genre de disque qu’à l’instar du Christ, on ne croise pas tous les jours.

Om // « Advaitic Songs » // Drag City (Module)
http://omvibratory.com/

OM – Gethsemane (Edit) by Drag City

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