Folk bizarre, krautrock format pop, art rock accessible : Moreish Idols, la nouvelle brillante signature du label Speedy Wunderground, est un puissant remède au rétrécissement auditif qui guette l’homonuméricus algorithmé.
L’accroche ouin ouin était tentante. « Encore un groupe talentueux qui n’aura pas le succès qu’il mérite, dans ce monde musical formaté où seuls ceux qui empilent les écoutes sur les plateformes de streaming jouissent d’une visibilité souvent inversement proportionnelle à leur talent, bla bla bla, ouin, ouin, ouin… » Plainte inaudible, obsolète et so boring. Les English de Moreish Idols sont entrés en studio pour mettre en boîte ce « All in the Game » sans trembler et sans chercher à jouer autre chose que ce qui coule dans leurs veines ; le moins que l’on puisse faire, c’est faire comme eux : comme on a envie.
Comme on a envie, c’est d’abord parler de Dan Carey, le boss du label anglais Speedy Wunderground. Ses oreilles ont du nez : Squid, Fontaines D.C., black midi, Wet Leg… Un label indé qui tient le coup depuis plus dix ans dans l’océan des algorithmes, des playlists et des majors aseptisées/aseptisantes tout en refusant de se foutre de la gueule de nos oreilles ? Manifestement, c’est encore possible. Un joyeux constat qu’on aurait gaiement partagé sur les réseaux sociaux il y a encore quelques années, mû par ce sentiment stupide que cela avait du poids, une résonance et aussi parce que les likes qui iraient avec, même peu nombreux, nourriraient cet ego qui avait découvert avec appétit ce pays numérique tout acquis à sa cause. Là aussi, on aurait peaufiné une accroche ouin ouin conclue par une punchline victorieuse et forcément définitive. En 2025, merci, mais non merci. S’en tenir à l’URL Gonzaï, c’est bien suffisant. Vous l’avez tous mis dans vos favoris, n’est-ce pas ?
Krautrock chelou cassant la baraque
Comme on a envie, c’est partager avec vous la joie et les picotements nés à l’écoute de ce disque intelligent, varié, beau ; à la fois accessible et à infusion lente. Il faut croire que les poissons rouges qui sommeillent en nous, décervelés par vingt ans de blietzkrieg numérique, n’ont pas encore tout à fait pris le pouvoir. Ce « All in the Game » sonne comme une défaite pour les fainéants que nous devenons jour après jour.
![Moreish Idols - All In The Game. The [PIAS] Store.](https://d1rgjmn2wmqeif.cloudfront.net/r/b/db4037de-2b12-44ee-ba91-664265f9054a.jpg)
Comme on a envie, c’est dire son incompréhension : les gars, mais pourquoi ouvrir le disque avec ce truc tout mou, Ambergrin, qui ne dit pas du tout ce qui va se passer ensuite ? C’est sauter direct à Pale Blue Dot, qui s’écoute en fumant une pipe bourrée au gingembre, tout en comptant les mesures, les ponts, tout en notant les hausses d’intensité de ce truc folk branché sur une centrale nucléaire de poche, tout en tapant frénétiquement dans ses mains, un sourire idiot XXL en travers de cette figure défigurée par la joie d’enfin, à nouveau, oui, oui, ça vient, jouir pleinement par les oreilles.
Comme a envie, c’est faire une blague facile sur ACID, qui change soudain de braquet – krautrock chelou cassant la baraque – et monte au cerveau. Comme on a envie, c’est consacrer un peu plus de signes à Out of Sight, même si juste avant, Slouch en aurait mérité autant – krautrock chelou et mélodieux. Out of Sight, donc. Intérieur nuit, bandes blanches autoroutières défilant hypnotiquement. Une inquiétude sourde, des étoiles au-dessus de la tête, le vent qui s’engouffre par la vitre conducteur, les mains qui lâchent le volant pour s’élever vers un dieu inconnu des encyclopédies et l’automobile qui, imperturbablement, avale le bitume sans dévier. Instants magiques, instants mystérieux, instants intenses. Krautrock chelou et merveilleux.
Comme on a envie, c’est finir là-dessus.
Moreish Idols // All in the Game // Speedy Wunderground
les disco sucks de paname qui veut les signer ?