Il a passé la cinquantaine, est à 70% chauve, porte parfois un collier Vulcain et ses passions, ce sont les synthés, Jean-Jacques Perrey et l’espace. Avec autant d’asteroïdes dans sa chaussure, croyez-vous encore qu’il existe actuellement quelqu’un de plus bizarre que Man From Uranus ?

La première fois que je l’ai rencontré, ça devait être il y a un peu plus dix ans. Phil s’était pointé à l’entrée de la salle où il devait jouer sur l’une de nos soirées, mais comme je l’avais confondu avec un autre groupe pas programmé sur la soirée – pour vous dire le professionnalisme – on s’était engueulé pour une histoire de cachet, finalement règle en liquide trois heures plus tard sur mes fonds personnels. Voilà quelques mois, on s’est revu ; il avait encore perdu des cheveux. Et peut-être deux dents sur le devant. C’était pour un concert avec les formidables Vanishing Twins, autre assemblage déviant londonien dans lequel il tient la guitare. En forme étonnamment étincelante, Phil m’avait alors parlé rapidement de ce « Hot Space » qui sort ces jours-ci et qui, contrairement au pays où il réside, ne déçoit. Américain d’origine mais exilé à Londres après avoir été recalé par Pluton, Man From Uranus est l’un de ces bugs authentiques qui donne à l’anormalité un parfum d’exotisme. C’est assez évident en écoutant ce nouvel album, à classer à côté de vos albums de Roger Roger et autres disques de Library cosmique. Vous serez sans doute vingt-cinq en France à vous laisser saisir par ce vertige, mais ça fera déjà vingt-cinq tickets de gagné pour l’espace.

Le téléphone sonne. J’appelle Uranus. Décalage horaire oblige, quand Phil décroche, c’est déjà le futur.

Vous êtes où au moment où on se parle ? A Londres ou dans l’espace ?

Un peu des deux on va dire.

En France, on utilise désormais le terme « freak » pour désigner n’importe quel mec avec un léger pète au casque, mais vous, on a l’impression que vous êtes tombé dedans quand vous étiez petit.

Absolument. Etre un freak, pour moi, c’est naturel ; à la limite moi j’ai l’impression d’être complètement normal, et que c’est mon entourage qui ne tourne pas rond, aha. Ca a commencé très tôt je dois dire, je devais avoir 3 ou 4 ans quand j’ai eu l’impression d’entrer dans un univers parallèle, et je commence tout juste à accepter cette différence.

Ca nous amène naturellement à « Hot Space », votre dernier méfait en date. Vous étiez dans quel état d’esprit en entrant en studio ?

Je transpirais. Car il faisait incroyablement chaud, c’était la canicule à Londres ; j’étais littéralement entouré par la chaleur et j’ai donc en toute logique axé toutes les chansons autour de la chaleur. Il se trouve que parallèlement je suis un inconditionnel de l’astrologie. A cette période, de très dangereux signaux astrologiques flottaient dans l’air, et comme je bossais 10 heures par jour sur « Hot Space », tout s’est un peu mélangé dans ma tête. J’étais tout seul à Londres, tout le monde s’était barré à cause des températures ; j’avais l’impression de vivre sur Mercure. Avec mes synthétiseurs, c’est donc devenu un concept. Et j’ai déjà les chansons du prochain ?

Déjà ?

Ouais. Comme il fait actuellement très froid, il pourrait bien s’appeler « Cold Space »…

J’ai l’impression d’être constamment coincé dans un vaisseau à tenter d’éviter les obstacles, perdu au milieu de nulle part.

Vous semblez aussi obsédé par l’espace. Ca vient d’où ?

Eh bien… quand j’ai commencé à jouer de la musique, au début des années 2000, j’étudiais l’astronomie à l’université ; j’étais déjà bien perché dirons-nous. Je me suis donc lancé dans un pub à côté de mon chez moi de l’époque, à Cambridge, et c’était poilant. En fait ma vie, c’est une sorte de voyage dans l’espace, j’ai l’impression d’être constamment coincé dans un vaisseau à tenter d’éviter les obstacles, perdu au milieu de nulle part.

C’est facile de retrouver votre chemin dans l’Angleterre actuelle ?

C’est à dire ?

Toutes vos références, de Jean-Jacques Perrey à Roger Roger, sont plus françaises et européennes qu’anglaises. Vous êtes du mauvais côté du Brexit, en quelque sorte.

Mon truc à moi, c’est la Library Music. De ce point de vue, l’Angleterre a connu son âge d’or avec les collections Bruton ou KPM, mais c’est vrai que des labels comme Tele Music à Paris ou Renonance. Sans oublier la Library allemande ou italienne. J’achète encore ça par paquet toutes les semaines sur Discogs, c’est ma vie. En fait je crois que je viens d’une planète à mi-chemin entre les mélodies, l’abstraction et le groove spatial.

Au fait, vous foutiez quoi avant de devenir musicien spatial ?

Dans les années 90 ? J’écoutais les disques de Stereolab et j’espérais un jour pouvoir faire du rock, aha ! Et aujourd’hui je suis devenu pote avec Stereolab donc mon cycle karmique est bouclé.

Man From Uranus // Hot Space // Freaksville
https://manfromuranus.bandcamp.com

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