30 mars 2026

Los Retros, ou la lo-fi californienne sous les néons japonais

Odisea marque le retour de Los Retros après cinq ans de silence radio. Mauricio Tapia, connu pour sa bedroom pop intime, déplace l’esthétique de son projet vers des formes plus sophistiquées : harmonies jazz, synthétiseurs 80’s, arrangements satinés — sa musique s’éloigne de la chambre adolescente pour s’ouvrir à l’imaginaire plus vaste et nocturne de la city pop japonaise.

Derrière le nom Los Retros se cache un artiste solitaire : Mauricio Tapia, jeune musicien à part dans la scène indie. Dès ses 15–16 ans, il enregistre ses premiers morceaux dans le salon familial, sur un petit 4 pistes. Très vite, il compose, joue et assemble ses chansons avec des moyens réduits, jusqu’à trouver son propre style.

Son approche artisanale est simple : nappes de claviers analogiques, basses rondes, arpèges de guitare légèrement saturés et mélodies suspendues. Une musique minimaliste qui deviendra la signature du projet.

Chez Tapia, la bedroom pop prend une forme douce et romantique. Ses premiers morceaux sont encore marqués par une écriture juvénile, une nostalgie diffuse à la croisée de la soul vintage et des ballades latino-américaines des années 1970 et 1980. Issu d’une famille d’origine mexicaine, il grandit avec ces références en toile de fond — des groupes comme Los Ángeles Negros ou Los Terrícolas — dont il réinvente aujourd’hui les mélodies dans un cadre indie contemporain.

Une chambre, un 4 pistes et des millions d’écoutes

À la fin des années 2010, Mauricio met en ligne ses premières chansons, enregistrées avec ses amis du lycée. Aucun plan de carrière en vue, aucun réseau : juste des morceaux lo-fi, fragiles mais déjà habités, qui commencent à circuler sur internet.
Puis, en 2019, tout s’accélère. Repéré par Stones Throw Records — label emblématique qui a notamment signé le rappeur MF DOOM — Mauricio enregistre Someone to Spend Time With. Il a alors 19 ans. Le morceau, une ballade pop adolescente, simple et terriblement attachante, dépasse rapidement les cercles confidentiels pour s’imposer bien au-delà de la scène indie, jusqu’à atteindre des dizaines de millions d’écoutes. Une trajectoire rare, presque anormale dans une industrie musicale saturée.

Avec son premier album, Looking Back, sorti en 2021, Tapia consolide les bases posées par ses premiers EP et en affine l’esthétique sonore. Les morceaux s’appuient sur des structures simples, toujours héritées de la lo-fi, qu’il enrichit par des touches discrètes empruntées à la soul et à la pop psychédélique. La formule reste inchangée : une musique discrète et maîtrisée, portée par des basses souples, synthétiseurs légèrement voilés et voix feutrées. Le projet gagne en cohérence sans perdre sa fragilité initiale — au risque de se répéter indéfiniment.

Cinq ans plus tard, Los Retros changent d’horizon sonore

Cinq ans après Looking Back, Mauricio Tapia ouvre un nouveau chapitre avec Odisea. Si les premières productions de Los Retros reposaient sur une ambiance lo-fi très DIY, les nouveaux morceaux dévoilés ces derniers mois témoignent d’un changement radical. Sans renier la douceur mélancolique qui a façonné son identité sonore, Tapia explore désormais un nouveau style, ouvertement inspiré de la city pop japonaise — courant né à la fin des années 1970, mêlant funk, jazz et pop citadine. Ici, les arrangements et la production gagnent en précision. Claviers et textures analogiques occupent une place centrale, tandis que les harmonies jazz redessinent les contours du projet.

Sur deux titres, Tapia invite notamment deux figures de la scène japonaise contemporaine, les chanteuses Hikari et Hitomitoi — une orientation qui se confirme dans les premiers morceaux déjà dévoilés. Doves (feat. Hikari) déroule sur près de sept minutes un dialogue nocturne et mélancolique, porté par de longues nappes de synthétiseurs. Secret Admirer retrouve la douceur introspective des premiers enregistrements, dans un cadre plus maîtrisé. Et enfin Joven Pobre y Sabio, musique instrumentale soutenue par une basse slappée et des inflexions jazz, qui prolonge cette ouverture vers une écriture plus structurée et complexe, traversée d’influences directement liées à la city pop.

Tout fonctionne dans ces trois morceaux. Tapia y prolonge l’intimité de ses débuts tout en élargissant son écriture, avec un soin particulier apporté aux harmonies, à l’espace et à la production. Ces premiers extraits esquissent déjà un basculement net dans la trajectoire de Los Retros : celui où le projet s’affranchit enfin de ses origines pour s’ouvrir à de nouvelles latitudes musicales.

https://losretros.bandcamp.com/album/odisea

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