Ils sont éternels, mais chaque face ne dure que 23 minutes au maximum. Voilà pourquoi certains de ces disques intemporels nécessitent parfois qu’on les retourne pour reprendre l’histoire au début. Aujourd’hui, le troisième album d’une Japonaise esthète ; tellement à cheval entre tous les genres que « Lunar Cruise » est une course hippique à lui tout seul. Il fête ses 30 ans en 2020.

Dans la frénétique course à la méditation que l’Humanité semble s’être imposée afin d’alourdir un peu ses jambes folles, « Lunar Cruise » a de belles chances de s’imposer sur le long terme. On parle ici d’un temps qui échappe à Twitter, et d’un album composé avant l’apparition d’internet. Lorsqu’il est finalement publié par Epic en 1990, voilà déjà que Midori Takada, cheveux courts comme c’était de rigueur à l’époque, a composé « Through the looking glass », son premier album pas encore remis sur le devant de scène par les puristes. « Lunar Cruise », pourtant, détonne plus encore.

Loin des esquisses naïves à peine crayonnées du premier album, « Lunar Cruise » se situe à la réécoute dans une interzone, coincé entre les années 80 et 90 sans jamais appartenir à aucune de ces deux décennies. Jazz synthétique, pop japonaise, musique mini-minimaliste ; les adjectifs manquent. Ce qui en fait le charme ; ce charme si passionnant, c’est justement que la percussionniste à l’œuvre se méfie tellement des étiquettes qu’elle va finir par créer des patrons, du sur-mesure où chaque gong, cloche ou batterie chante des notes invisibles, une espèce de novlangue rythmique dans laquelle on coule librement, comme si l’on avait décidé de suivre le corps de Laura Palmer le long de la rivière du Twin Peaks de David Lynch. C’est à la fois flottant, avec un son VHS, terriblement intriguant.

Réédité en vinyle pour la première fois en 2017, « Lunar Cruise » a cette couleur liquide, un bleu qui tire sur le noir, sans jamais y sombrer. C’est l’une de ses nombreuses forces ; il glisse sur toutes les modes et les amateurs de musique instrumentale sachant éviter le tourisme japo-nian-nian devrait y trouver une bande-son pour tous les travaux nécessitant la paix intérieure. A l’époque, cet album de Midori Takada ne passa évidemment pas en boucle sur MTV, mais pu compter sur la basse de la déjà-légende Haruomi Hosono (Yellow Magic Orchestra). Et en écoutant Iron Paradise ou A Vanished Illusion, dur de ne pas penser à l’écurie belge et bordélique de Crammed Discs, où la professionnelle de l’ambient aurait parfaitement pu signer. Bref, on ne réécrira pas l’histoire, mais celle qui se passionna très tôt pour Terry Riley (écouter son hommage, In D) tiendra avec « Lunar Cruise » le bambou : elle inspirera consciemment ou pas des carrières (voir le premier album de la Française Lucie Antunes) et peut, à 69 ans, se targuer d’être devenue l’une des références en matière de mélodies percussives.

Dans un autre genre, et sur un autre continent, on vous recommandera le premier album au téton teuton du groupe allemand Niagara ; autre album où les batteries tiennent une place centrale. Comme quoi parfois, les batteurs peuvent servir à autre chose qu’à servir de réincarnations à de vieux footballeurs alcooliques et bas du front.

 

8 commentaires

  1. il faut arrêté de vous gargarisé avec des disques faussement oublié ,je connais ce disque depuis 1990 , je connaissais une nippone qui bossé pour le label Vinyl Japan ,elle m’a rapporté a ma demande une salve de disque japonais de premier plan dont l’album lunar cruise

  2. Cher BESTER ,j’ espère que tu passes de bonnes vacance sur ton bateau peumatique au du côté de ramatuelles, cimitière des éléphants du chobiz tendance GUY LUX-RPR-SEGUELA,. J’attend cette nouvelles saison des publication GONZAI avec un grand interêts, et S’IL DE PLAIT ;DE GRÂCE EPARGNES NOUS ces billets indignes qui chroniquent des disques connus depuis maintnenat 40 ANS. je t’embrasse amicalement, AP <3

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