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12 juin 2025

Load de Metallica : dernière décharge

Le mastodonte californien enchaîne les albums pénibles et les rééditions luxueuses : là, c’est au tour du sous-estimé « Load » qu’il est temps de réhabiliter près de trente ans après sa parution. Et on peut même se risquer à affirmer qu’il s’agit là de leur meilleur disque. Et le plus audacieux, assurément.

On ne va pas se mentir, Metallica tourne à vide depuis un moment, les albums sont convenus, les riffs peu mémorables, ils tiennent là une formule bien rodée qu’ils éprouvent sans prise de risque. Cela sert de prétexte à des tournées mondiales des stades et tout le monde y trouve son compte. Cette trajectoire artistique convenue est également suivie par les Rolling Stones et d’autres groupes horribles comme Muse et Coldplay. C’est un fait : les artistes qui drainent le plus de monde sont des vieux machins ringards dont l’écoute des disques récents est une torture que je ne souhaiterais pas à mon pire ennemi. Si Israël voulait vraiment vider Gaza dans la minute, il leur suffirait de balancer les cinq derniers albums des Red Hot Chili Peppers en boucle via des enceintes géantes. J’obtiendrais alors le Prix Nobel de la Paix dans la foulée.

Load (Remastered Deluxe Box Set)

Une réédition avec 193 titres (!)

Pour alimenter la machine à cash plus abondamment encore, les quatre metalleux rééditent leurs albums dans des formats complètement fous. A titre d’exemple, celle de « Black Album » compte 193 titres et dure près de seize heures et je pense sincèrement qu’aucun fan n’a pu s’infliger une telle souffrance. En décidant d’écouter attentivement une fois ce « Metallica (Remastered Deluxe Box Set) », il faut donc plus de deux semaines en y consacrant une heure par jour. Je crois que je préfèrerais encore écouter des chansons de Beyoncé.

Dans le cas de « Load », il y a une excellente raison à écouter cette réédition, c’est qu’il va être enfin possible de profiter de la version non coupée du meilleur morceau du groupe postérieur au « Black Album » : The Outlaw Torn. Flashback : l’arrivée du CD a modifié sensiblement la longueur des disques en raison d’une capacité de stockage accrue. C’est ainsi qu’au fil du temps, nombre d’artistes se sont cru obligés de sortir du format habituel des quarante ou quarante-cinq minutes règlementaires pour approcher des 78 minutes, limite maximale qui a amoindri la qualité artistique des albums concernés dans la majorité des cas (il suffit de réécouter « Be Here Now » ou « Wu-Tang Forever » pour s’en convaincre). Pour coller à cette contrainte, Metallica et le producteur Bob Rock ont choisi de couper le solo final du dernier morceau du disque ce qui, rétrospectivement, est remarquable en terme de loupé.

Découvrir la version de The Outlaw Torn sous cet angle, c’est comme se passer de sucrer son café pendant une semaine : on ne peut plus revenir en arrière.

Les 10 minutes et 42 secondes de l’originale ont été amputées d’une minute et cela change tout ! Maintenant, démarrez le morceau et faites glisser le curseur de votre application de streaming à 7 mn 48 précisément, et profitez donc des 2 mn 54 restantes : c’est selon moi le plus beau geste musical du groupe, un solo magnifique qui se déroule et s’étend avec une section rythmique impeccable. Ce fameux solo est, une fois n’est pas coutume, joué par James Hetfield qui relègue Kirk Hammett au second plan. J’ai d’ailleurs remarqué qu’Hetfield joue sur les titres que je préfère du groupe : Orion, To Live is To Die, Master of Puppets, My Friend of Misery et ses contributions y sont pour beaucoup. Il y a des morceaux faiblards sur l’album, il est évident qu’ils auraient dû virer Poor Twisted Me ou Ronnie et laisser The Outlaw Torn. C’est rageant, certes, mais l’anecdote est mémorable ! Imaginons que les Beatles aient viré Blackbird du « White Album » pour laisser la place à Revolution 9… Découvrir cette version de The Outlaw Torn sous cet angle, c’est comme se passer de sucrer son café pendant une semaine : on ne peut plus revenir en arrière.

Cinq ans après le « Black Album » qui avait vu Metallica accéder au statut de stars planétaires en 1991, élargissant sa base de fans acquises au fil du temps après des albums novateurs et devenus des classiques du thrash metal, la question se posait de se réinventer ou de continuer à tracer la même veine. C’est la première option qui a été retenue, les compositions de « Load » sont globalement moins brutales que par le passé, certains morceaux lorgnent vers le blues rock (2*4, The House Jack Built, Bleeding Me), du hard rock (Ain’t My Bitch, King Nothing), la country avec Mama Said et le rock alternatif The Outlaw Torn. Trois morceaux sont faibles – je les saute systématiquement – la ballade Until It Sleeps (une sorte de « Nothing Else Matters » bis), Poor Twisted Me et Ronnie. Le reste est génial et les tentatives de toucher à d’autres styles sont réussies car Hetfield et Ulrich étaient de grands songwriters à l’époque. La production de Bob Rock est plus aérée que sur l’album précédent et, enfin, on entend distinctement les parties de basse de Jason Newsted, son bizutage semblant s’être terminé avant le début de l’enregistrement. Quoique… Un certain nombre de ses riffs est mémorable et il n’est curieusement jamais crédité parmi les compositions. Le pauvre Jason échouera à trouver une place équivalente à celle de Cliff Burton qu’il remplaça après son décès et cela dénote d’un certain manque d’élégance de ses équipiers, ou plutôt patrons. Il quittera le groupe cinq ans plus tard plein d’acrimonie et conservera une image de ronchon permanent depuis.

A la sortie de l’album, le plan com de l’album tranchait singulièrement avec le passé : sur les photos esthétisantes prises par Anton Corbijn, les musiciens portaient du khôl, des manteaux de fourrure, et fringues en cuir donnant une image camp au groupe, il y avait une volonté manifeste de sortir des clichés du metal qui n’est pas le courant musical le plus gay friendly qui soit. Cela dit, les choses changent puisque Rob Halford a annoncé être homosexuel quelques mois plus tard et les fans de Judas Priest l’ont complètement accepté. Tant mieux. Je me souviens que le fait que les membres de Metallica se soient fait couper les cheveux et aient remisé leurs kuttes (les vestes en jean à patch portées par les hardos qui va de pair avec un mullet et du duvet sur la lèvre supérieure) avaient donné lieu à pas mal de papiers dans la presse à l’époque. C’est totalement dingue.

Metallica Load | Remastered Expanded Edition - Sealed UK 3-CD album set (Triple CD) BLCKND011R-3

Ulrich en détox grâce à un Gallagher

La pochette représentait une œuvre d’Andres Serrano intitulée Semen and Blood III, soit un mélange du sperme de l’artiste avec du sang de bovin plaqué entre deux feuilles de plexiglas. Dans le même temps, Lars Ulrich donnait une interview aux Inrocks en évoquant son amour pour la musique de Björk et d’Oasis, comme s’il voulait bien insister sur le fait qu’il était devenu un artiste total avec ces nouvelles inspirations. Anecdote rigolote : il déclarait quelques années plus tard avoir guéri de sa toxicomanie à la coke grâce à l’aide de… Noel Gallagher. Je crois sincèrement qu’au moins Ulrich et Hammett tapaient des lignes grosses comme des poutres à cette époque et gobaient plus que de raison, ce qui pourraient expliquer leurs choix promo hasardeux. Le titre de l’album, une allusion possible à l’éjaculation et son illustration avaient été choisis par les deux compères pour emmerder James Hetfield qui trouvait la photographie de Serrano horrible.Mission accomplie pour les deux junkies. Hetfield biberonnait à fond et les textes s’en ressentent : culpabilité, autodestruction, douleur, deuil et rédemption. C’était avant sa première cure de désintox relatée dans « Some Kind of Monster » qui est le documentaire le plus dingue du monde, dans tous les sens du terme. Et pas besoin d’aimer le metal pour être fasciné par ce machin voyeuriste qui voit un groupe égotique exploser en plein vol.

Metallica Discography: Load | Metallica.com

Résultat des courses, les fans et les critiques ne les ont pas épargnés en les traitant de vendus et en les soupçonnant qu’un tel écart avait pour but d’élargir encore un peu plus leur base commerciale. Je crois sincèrement que le public metal est assez conservateur et n’aime pas le changement : AC/DC a toujours fait le même disque et tout le monde est content. Quand Slayer a innové, c’est juste parce que les BPM variaient d’un disque sur l’autre. De la même manière, Guns N’Roses a perdu une partie de son public initial lorsqu’Axl Rose a mis son talent mélodique pour composer des chansons qu’on aurait plutôt imaginées interprétées par Elton John. L’équilibre subtil entre statu quo et rupture stylistique est délicat. Une grande partie des chansons écartées ont été ensuite réunies sur le successeur de « Load », fort justement intitulé « Reload » et paru un an plus tard, mais n’a ni le souffle ni la qualité du premier volume. Les compositions sont moyennes et je me souviens notamment d’un duo avec Marianne Faithfull absolument épouvantable. Je ne m’attarderai pas sur le sujet de peur de garder le refrain dans la tête pendant les heures qui suivront la fin de la rédaction de cet article.

Même résultat : l’accueil fut plus que mitigé et fort de ce constat, Metallica retourna en studio et entreprit de revenir à ses premières amours, à savoir le thrash metal, pour satisfaire ses fans et enrayer cet insuccès critique. Panne d’inspiration et conflits, c’est ce qui est relaté dans le documentaire précité et la chute du groupe se confirma avec la sortie de « St Anger », album brutal, bien trop long et dénué de solos. Ce deuxième virage stylistique à 180° s’achevait par un nouvel échec et le groupe amorçait alors son lent déclin créatif mais toujours démenti par son immense popularité transgénérationnelles et la fréquentation à ses concerts géants.

Par quel mystère un groupe dont la musique est aussi brutale est-il devenu l’un des groupes phares de notre époque, trente ans après la parution de son dernier bon album ? Je n’ai toujours pas de réponse à cette question.

Commissaire au Plan chez Gonzaï depuis 2013, Romain Flon aime bien les anecdotes inutiles, salaces ou non, et digresser à l'infini. Il fait partie de la confrérie lourdingue des mecs qui ont écouté plein de disques parus avant l'an 2000.

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