Vous n’avez jamais entendu parler du groupe Black Midi et c’est bien normal. Pourtant après à peine un an d’existence, il s’agit sans aucun doute du futur mastodonte de la nouvelle scène anglaise. Tentative d’explication.

Il était 15h10, le 11 novembre 2018, quand Black Midi arrive sur la grande scène du Sonic City de Kortrijk. Et ça, personne ne l’a vu venir. La programmation du festival a été confié à Courtney Barnett cette année et les londoniens n’étaient, dans un premier temps, pas conviés à la fête. Ils furent annoncés in extremis en remplacement de The Courtneys, suite à l’annulation de leur tournée européenne. Les plus grandes choses arrivent parfois par accident.

Il est 15h10 lorsque le premier accord de Black Midi retentit dans la salle de concert, annonçant directement une puissance sonore phénoménale. On assiste alors à une orgie de bouchons d’oreilles dans les premiers rangs du public.  L’avion décolle et ne relâchera pas la pression quarante minutes durant.

Black Midi est un groupe issu de Selhurst dans le district londonien de Croydon, ils s’appellent Geordie, Morgan, Matt et Cameron et c’est tout ce qu’on sait d’eux. Qu’importe, tout le reste se passe sur scène et c’est bien le but de cette affaire rock’n’roll.

Le groupe est particulièrement inventif, à la hauteur de Public Image Ltd, Can, Slint, Fugazi ou autres Shellac. Et ils s’en foutent complètement.

Tout le monde ici est leader, en parfaite communion, donnant lieu à une unité saisissante. Le batteur est phénoménal et semble avoir un métronome à la place du coeur et ses peaux vibrent de toutes parts, à tel point qu’un technicien est obligé d’intervenir pour déposer des poids devant la grosse caisse, pour éviter que sa batterie ne chute du pratos. Il met de l’ordre dans un capharnaüm sonore, dont sont responsables les guitares. Celle du chanteur principal est d’ailleurs rafistolée avec du scotch et semble se désintégrer sous ses bras pourtant gringalets. Il ne tient pas en place et passera l’intégralité du concert à tracer de longs cercles.

(C) Sam Nolin

Sur le devant de la scène tout le monde pousse la chansonnette en oubliant toutes formes de lignes et mélodies vocales. Le deuxième guitariste utilise parfois son téléphone pour martyriser ses cordes, et utilise sa pédale wah wah à l’inverse du mode d’emploi. Ca ne ressemble pas du tout à du Hendrix et cela fait un bien fou. Les cris qu’il pousse dans son micro sont ceux que John Travolta n’arrive pas à enregistrer dans Blow Up.

(C) Sam Nolin

Le bassiste, plus discret en apparence, déverse parfois une forme de liquide sonique avec ce qui ressemble à un kaoss pad, et inonde la salle d’un tsunami de larsens. L’attitude des quatres kids est désarmante, pas un mot, ni bonjour, ni au revoir. Un concert sans merci. La fin est légendaire, le chanteur enfile et reboutonne son long manteau, se met une chapka sur la tête avant de quitter la scène pendant que les autres éteignent leurs amplis.

Il est 15h50 quand Black Midi ré-instaure le calme dans la salle. Le public est médusé devant l’impossibilité de décrire ce qu’il vient de se passer. Le moment est historique à tel point qu’il faudrait férier la date juste pour rire.

Black Midi dispose de peu d’enregistrements pour le moment, un 45 tours sorti chez le très fréquentable label Speedy Wunderground, ainsi qu’une cassette autoproduite d’un live avec Damo Suzuki à Brixton. Les deux reliques sont déjà introuvables et atteignent des sommets sur Discogs. Leur prochain concert aura lieu à Paris, le 14 décembre, pour la cinquième édition du Magnétique Nord, le festival d’hiver du collectif MU.

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