Lincoln et le Général Lee, Britney et Katy Perry , Sacha et la Team Rocket : l’Histoire et la culture populaire sont décidément jalonnés d’antagonismes récalcitrants. Nul besoin de préciser, donc, que la presse francophone n’est en rien épargnée par ce syndrome. Outre les éternelles rengaines types Libé vs le Figaro ou Le Monde vs John Malkovich, il existe, de façon plus confidentielle mais non-moins véhémente, une guerre sanglante et sans fin opposant Maître Gonzaï à D. et ses corollaires sur les réseaux sociaux. Cher D. , cette lettre, elle est pour toi bébé.

D., pour le situer un peu, représente à lui seul l’archétype de l’anti-Gonzai, est farouchement opposé à sa ligne éditoriale et se pare de chefs d’accusations relativement généraux (racisme, sexisme) à son égard avec la verve candide (soyons gentils) d’un Phillipe Poutoux gentrifié. Mais d’abord, il me semble essentiel de rappeler que le David  est protéiforme. Oui D. , tu t’appelles aussi Sergi0 avec un 0, tu t’appelles François, tu t’appelles Jean, (à plus tard sur le mur Facebook les copains) et de temps en temps tu es – où du moins tu t’improvises – Charlie. D’ailleurs, tu fais généralement partie de ceux qui ont épuisé les stocks du célèbre Hebdo satirique après les attentats, histoire de marquer le coup, de montrer que “tapapeur”. Gonzaï, lui, le lit pas plus ou moins qu’avant, parfois même pas du tout. Par contre il est de ces pédants désagréables qui pourront te dire pourquoi Cabu préférait telle marque de PQ à une autre. C’est comme ça D., y’a rien à faire, Gonzai cultive ce tic de la connaissance à tout prix et sous toute ses formes, “sans esprit de système” comme disait Nicolas Bouvier.

Mais c’est cette suffisance aussi qui empêche les sentiments à l’emporte-pièce.  C’est vrai mec, quand même, avoue que confondre l’indignation avec la pensée, c’est un peu ton mode de vie en fait. Tant qu’il y a du sentiment il y a de l’opinion, tant qu’il il y a de l’opinion il y a une raison d’être. C’est ton truc. “Je gueule donc je suis”. Tu donnerais presque raison à Manu quand il se fout de la gueule des gaulois réfractaires du haut de son pupitre en bois de pipe.

Gonzaï, Lui, il aime bien apprendre un paquet de choses dans un premier temps, puis formuler son avis de façon péremptoire avec un maximum de mauvaise foi dans l’espoir que quelques illuminé(e) s de sa trempe veuillent bien jouer le jeu en lui renvoyant la balle. Mais il est toujours prêt à discuter et revoir ses positions s’il trouve face à lui des arguments joliment emballés dans un semblant de rhétorique. Le hic, c’est qu’Il croise systématiquement des peignes-culs orthodoxes pointillistes pour remettre en question le principe  de ce ludisme certes particulier, mais sans même se donner la peine d’étayer leur propos raisonnablement.

Voilà le problème D. Tu penses sincèrement être dans le juste en cherchant à condamner tout ce qui ressemble à de la dérive potentielle, mais tu as les pieds carrés et ça t’empêche de bien cadrer. Tu es à l’humanisme ce que Materazzi fut au football. Tu cherches les sources d’étincelles, on te met un léger coup de boule pour que tu arrêtes d’aboyer et hop ! direct tu te roules par terre en criant à l’agression. Pas cool.

Le plus agaçant c’est qu’au final, ces échanges mènent rarement à une quelconque consistance philosophique. Même pas un semblant de frisson à la manière d’un Liverpool-Barça où ça marque dans tous les sens à la dernière minute. Nos rencontrent finissent plutôt par un 0-0 chiant comme la mort avec prolongations et tout le monde rentre bredouille. En plus Gonzaï Il en peut plus de boire son café froid à force de répondre à tes états d’âmes facebookiens sur chacune de ses parutions. Sache juste que derrière ses airs d’érudit condescendant, Il déteste donner des leçons et préfère 1000 fois apprendre de personnes qu’Il estime au-dessus du lot, qui ont “ce petit truc en plus” comme disait Astier dans son intervention mythique sur le plateau de Morandini.

Alors la question qui lui brûle les lèvres, à Gonzaï, c’est : Quelle gloire tires-tu à chercher frénétiquement une exactitude imaginaire dans tout ce que tu lis ? Ta grille de lecture du monde est saturée par le filtre de la chasse aux sorcières. Ton analyse des choses sombre systématiquement dans une sorte de réquisitoire brûlant sur à peu près sur tout et n’importe quoi. Et la soupape de sécurité, naturellement, c’est le classique mais efficace “c’est vous qu’avez commencé“.

À se demander, D. , si dans le fond tu n’entretiens pas une certaine nostalgie des cours d’école, parce que je lis souvent au travers de tes commentaires le même réflexe que ces petits bullies énervés à la recherche d’un défouloir plus ou moins identifiable. T’as pris de l’âge, les baux  ne sont plus les même mais le modus operandi n’a pas tellement changé. À défaut de pouvoir taxer le goûter de tes collègues, tu t’armes d’une forme de morale absolutiste et inflexible, et pendant la pause café tu pars casser du Bounzaï sur les internet. Un peu comme Pissy Principal dans South Park, les muscles en moins. Tu demeures désespérément dans cette démarche du “eux contre nous”, vous contre nous, toi contre moi, et c’est d’une tristesse infiniment Kafkaïenne.

Mais ne va pas imaginer que Gonzaï ne t’aime pas poto ; Il doit aussi un peu (beaucoup) son existence et sa longévité à des profils comme les tiens. Les indignés magnifient toujours ce qu’ils dénoncent. Seulement, Gonzaï, il a encore espoir de pouvoir battre le fer intelligemment et Il te confère même par défaut des compétences argumentatives que toi, rival prodigue, tu ne lui montres que trop rarement. Ca finit toujours par le décevoir un peu. Alors fais un effort s’il-te-plaît, au lieu de simplement rendre les armes et décréter, blasé, qu’on te « fatige ».

Pourtant je suis sûr que vous pourriez trouver un terrain d’entente, Lui et toi. C’est juste que tu as peut-être un peu peur de sentir la brûlure le jour où tu daigneras retirer ce vicieux balais qui te comble salement l’anus. Gonzaï Il est pas si méchant en vrai, Il a même un côté John Lennon qui, s’il détestait les politiciens, savait aussi leur tendre la main : “if you’re lonely you can talk to me“. Parle-nous D. La porte est ouverte. Enterrons la hache de guerre et viens boire un café à la maison un de ces jours, on me chuchote à l’oreillette que Gonzaï aurait bien besoin d’élargir sa culture Latino.

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