Ils sont éternels, mais chaque face ne dure que 23 minutes au maximum. Voilà pourquoi certains de ces disques intemporels nécessitent parfois qu’on les retourne pour reprendre l’histoire au début. Aujourd’hui, le troisième album d’Avignonnais un peu plus barrés que les autres.

Pour quiconque a grandi dans le sud de la France, en dessous de la ceinture allant de Montpellier à Montélimar, il est difficile d’imaginer que l’avant-garde et le jazz poétique aient pu y creuser des racines. Cela fait partie, sans doute, des clichés associés à la région. Foot, pastis, pétanque, farniente ; autant de poncifs qui ont la vie dure et font hélas souvent oublier que le sud, ce n’est pas que la chanson de Nino Ferrer mais aussi la Fondation Maeght qui, pendant 10 ans, invita la crème des extraterrestres sur ses terres chaudes. On pense à Sun Ra, Terry Riley ou Albert Ayler, et pour plus de détails, lire ce long portrait sur Shandar.

C’est sur cette même base, souterraine, que va naitre en 1976 le dernier album de Chêne Noir, du nom du théâtre installé à Avignon depuis 1971 et, dit-on, à l’origine du célèbre « off » du Festival. A deux pas du Palais des Papes, c’est ici qu’une bande de zouaves anars et libertaires comme on en croisait beaucoup dans le Vaucluse dans les années 70 va accoucher d’un disque étrange, beau, radical à sa manière : « Orphée 2000 ».

Avant cela, Chêne Noir, emmené par Gérard Gelas (aux claviers, et patron de la compagnie installé sur place en 1971) et Nicole Aubiat (chant) a produit le premier album « Aurora » chez Futura, en 1971. A cheval entre la performance et le dernier souffle des sixties (comme on peut l’entendre sur la B.O. de Pink Floyd pour « More »), le disque va lentement acquérir ses galons de disque culte, sans qu’on trouve forcément assez d’os à ronger sur la longueur.

Cinq ans plus tard, la même bande, toujours dans le même esprit talkover expérimentale, lâche « Chant pour le delta, la lune et le soleil », un deuxième album où progressivement la rêverie prend le dessus sur l’expérimentation théâtrale. Le titre Hey sera exhumé sur la compilation « Mobilisation générale » de Born Bad, en 2013.

Puis vient finalement un troisième album taillé pour les fans de Catherine Ribeiro et Brigitte Fontaine période Saravah. « Orphée 2000 » n’est évidemment pas un disque d’anticipation du 21ième siècle, mais une longue divagation jazz captée au théâtre en novembre 1976, et qui s’extirpe de tous les qualificatifs tant l’ensemble entre dans ce triangle des Bermudes que furent les années 70 pour la musique underground française. Libre est le mot.

Après ce disque-cercueil enfermant définitivement dans son coffre l’esprit baba de l’époque, Chêne Noir s’auto-détruira – musicalement s’entend – en faisant la joie des diggers qui feront monter la côte du disque tout au long des années 2000. « Orphée 2000 » a finalement été réédité en 2020 à l’occasion du Disquaire Day. Il permet d’apporter un regard neuf sur la ville fortifiée et lui offre un nouveau pont, où l’on danserait certes, mais pas en rond.

https://chenenoir.bandcamp.com/album/orph-e-2000

5 commentaires

  1. & le living theatre qui se faisait courrir apres dans les rues d’Avignon (oh! qu’ils sont cons!) par des supporters du club de rudebiii de bedarrides, j’ai achete tout les disques & manuscrits sur le chêne noir dans une petite boutique pres du cinema Utopia, avignon n’est plus rien & n’a jamais été a la ‘pointe’ de la sous_culture, beaucoup de projets abandonnes, & manifestations pro Pastaga!

  2. aussi.. oubli… quand on aime… on oubli… achete tout les disques de l’acier (comelade & consorts) vinyles avec livret et dedicasse, a avignon aussi, mais NOW rien n’existe,

  3. en 77 y’a aussi des punks qui se battent sur la place de la raie, resultat un chinois enfonce un pied de parasol sur un maghrebien.

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