(C) Rencontres de France

Au rythme où vont le réchauffement climatique et le refroidissement cérébral des financiers (voir la débâcle du Woodstock 50 en 2019), pas sûr que les festivals d’été continuent d’avoir lieu en.. été. Rien de tout ça chez les Bretons du Binic Festival, un ilot d’irréductibles passionnés guidés par Ludo, résistant depuis 2008 aux sirènes du commercial comme à la modernité technologique (il pilote tout depuis son smartphone) ou aux canicules. Après deux mois à se courir après, et après maintes annulations (du fait de votre serviteur), il a néanmoins pris le temps de taper sur son clavier pour expliquer la onzième edition fin juillet avec – notamment – Sleaford Mods, Beechwood ou encore Cannibale.

J’ai cru comprendre que tu travaillais les programmations et le Binic en général avec un simple téléphone. Est-ce la vérité vraie ?

Oui tout a fait, merci le iPhone de chez La Pomme. Pour des raisons simples comme celle d’avoir mis mon dernier ordinateur au clou il y a 17 ans, que je continue à acheter des disques tous les mois, cela m’évite de rester scotché aux mails des tourneurs et d’agents qui travaillent des catalogues d’artistes, je suis aux contacts de musiciens qui eux me font partager leurs derniers coups de coeurs musicaux ou scéniques, le hasard des suggestions de Youtube fonctionne très bien aussi… Globalement j’aime l’idée de pouvoir travailler de cette manière informelle ou ancestrale sans contraintes particulières, même si à titre d’exemple je suis capable de mettre au pas quand il s’agit de mails techniques avec un bon double click droit au foie et un Mac power point au menton… Comme disait Jean Carmet, “à quoi ça sert de laisser le téléphone branché puisqu’il ne sonne pas ?”.

Que fais-tu le reste de l’année ? Et quelle place/temps le Binic occupe-t-il dans ton emploi du temps ?

Bonne question. Comme tout le monde j’ai un travail je dirais normal, artisan limonadier à Binic depuis 17 ans, en clair propriétaire du Café Cabaret Restaurant Le Chaland Qui Passe. Depuis 5 ans l’organisation du Festival est devenue une activité à plein temps, à une semaine de cette 11ème édition, je suis déjà en train de cogiter le menu musical de la prochaine édition.

“C’est facile de profiter de vivre de l’argent des gros sponsors, de l’industrie musicale ou celui du système, il y en a de très fort dans le milieu qui y arrivent toujours”.

Te rappelles-tu précisément de pourquoi et comment ce festival a commencé, dans votre tête, au tout départ ?

Oui, sur une bonne idée de comptoir, comme souvent d’ailleurs, un soir d’hiver 2007, et en janvier 2008 nous, « El TXOTX Borroka », avons créé La Nef D Fous, de là est venue l’opportunité de prendre la suite de la partie off d’un festival de variété l’été. Ensuite, est arrivée la rencontre avec Sebastien « Boogie » Blanchais grâce à Tonio Marinesco avec leur formation Dead Horse Problem. Quelques mois plus tard je fais la connaissance de Jérôme « Buzz » Busutill en faisant jouer les Black Diamond Heavies au bistrot et trouve l’opportunité d’accéder à des artistes qui nous parlent et nous font rêver.

On n’arrête pas de lire partout que les festivals sont la dernière vache à lait de l’industrie musicale, pourtant chaque année (et encore en 2019) un paquet de festivals (Val de Rock…) se pète la gueule avant même d’avoir commencé. A quoi attribues-tu votre longévité ?

Panache et audace, honnêteté et sincérité, sans aucune envie de faire comme tous les autres, ni de vouloir ressembler à qui que ce soit d’autres, ça c’est La Nef D Fous et le Binic Folks Blues. C’est facile de profiter de vivre de l’argent des gros sponsors, de l’industrie musicale ou celui du système, il y en a de très fort dans le milieu qui y arrivent toujours. Nous on essaye de tenir en proposant un évènement musical culturel différent, une vraie aventure sonore avec vue sur mer.

 

Résultat de recherche d'images pour "binic festival"Le terme « un festival à taille humaine » (un argument que tout le monde utilise) ça veut dire quoi pour le Binic ? Vous avez fixé une jauge max qui ne sera jamais dépassée ?           

Nous n’avons pas de jauge pour l’instant puisque le festival reste gratuit. Je veux dire par là que ces artistes, ces groupes que nous proposons, sont aussi connus d’une partie de notre public que totalement inconnus de la majorité du public. Le succès du festival tient à cette mixité musicale un peu décalée c’est ce qui fait sa richesse et sa texture, on partage juste le plaisir d’offrir la bande-son d’hivers des meilleurs discothèque privées du quartier.

Au delà de ça, y’a-t-il une barrière esthétique/commerciale que vous avez fixé depuis le début, comme un pacte d’associés du wak’n’roll ?

Non, pas de compromis nécessaires puisque la sélection en interne est impitoyable et juste en ce qui concerne nos goûts musicaux, je suis à l’écoute de tout parfois mais en étant très sensible à me tenir loin de tout ce qu’on trouve au supermarché… De la vraie bonne musique il y en a partout, comme de la super bonne daube. Avant il fallait chercher longtemps et loin parfois pour trouver les pépites, aujourd’hui tu allumes simplement la radio ou la télé.

Résultat de recherche d'images pour "binic festival"En 2020, le Binic fera son entrée dans une troisième décennie d’activité, ça te met un peu les poils ou tu t’en branles ?

R.A.B., pour Rien A Battre. Difficile de se perdre quand on ne sait pas où on va dirait Jim Jarmush ! Mais en tout cas les idées ne manquent pas pour 2020, avec une grande et très belle surprise si vous voulez vraiment savoir…

Pour finir, vous êtes l’un des derniers résistants du rock au niveau national, tu confirmes ? Le rap, c’est no way ?

Vive Def Jam et personnellement je reste fidèle au hip-hop… Le reste, connais pas… Encore… On est les derniers de rien, on ne fait que se préparer à faire les choses que l’on souhaite réaliser dans les meilleures conditions possibles, là aussi la Nef D Fous reste un garant de l’esprit du festival dans toute sa singularité. Une histoire de dingues pas si folle que ça on pourrait dire… Bon, maintenant vu que cela fait 2 mois que l’on devait faire cette interview, et que cela m’a pris 1h30 pour répondre à ces questions sur cet ordinateur du diable, je me dis que la prochaine fois le téléphone me sera beaucoup adapté si tu veux me faire causer !

Le Binic Festival, c’est les 26, 27 et 8 juillet là où tu sais.
Plus d’infos ici pour réserver.

7 commentaires

  1. Une fois de +, 4 jours de kiff, simplicité sans être simplet, Binic c’est pas Woodstock hein – ni Visions, au hasard. Si les groupes viennent – et reviennent, et moi aussi depuis 9 ans, c’est pas pour peler des bananes (quoique). Alors concerts bien sûr, avec des oreilles ouvertes un peu sur tout, rencontres aussi avec des gens d’un peu partout, des ami(e)s nouveaux & anciens, des qu’on voit pas tous les jours, d’Australie, et qu’on a le temps de revoir le lendemain, avant leur 2ème ou 3ème set, le rosé avec les Moody l’après-midi sur les bancs de la Banche avant la baignade, etc etc… Bien joué la Nef, cette année encore, vous l’avez fait, tout était parfait. Je t’ai pas vu cette année Ludo mais who cares ? Ce sera pour l’an prochain – ou celui d’après. C’était juste un crève-coeur de dégager lundi soir. Merci, bravo, je pense qu’on a fait toutes les mousses au Chaland.

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