On rencontre parfois des artistes que l’on garde au creux de soi comme une découverte importante. C’est ce qui s’est passé en février 2012 lors du concert d’un artiste supposé méconnu : The Legendary Tigerman.

The-Legendary-TigermanL’artiste portugais est un solitaire, il n’aime qu’être sur la route avec sa guitare. En y regardant à deux fois c’est une sorte de Johnny Cash méditerranéen, chemise de cowboy noire, lunettes de soleil omniprésente sur le bout du nez, jean élimé et Tiags usées. Il se déplace sans bruit, parle peu : un félin vous a-t-on dit ? Il pratique l’économie du mot en présence des autres et préfère attraper son instrument pour en jouer distraitement dans un fauteuil.

Sa musique vient de recoins désertiques et d’un peu partout ailleurs. Un folk-rock-blues sophistiquée et simple à la fois : racée en un mot.

Né au Mozambique portugais, il a connu les voyages et les errances aussi. Petit, l’Afrique, le Portugal et plus tard les USA. Lorsqu’il relève ses manches noires pour jouer, on découvre de multiples tatouages, marques d’une vie colorée et bien remplie. Si à présent il réside à Lisbonne, il a gardé ceci de son fonctionnement nomade : aller à l’essentiel.

Paul Furtado, c’est son nom, incarne l’orchestre dont il est l’unique musicien. Depuis son album « Femina », rempli de duos flambants, de reprises sulfureuses avec Rita Redshoes, Asia Argento ou encore Pheobe Killdeer, la légende s’était faite discrète. Il apparait en pointillé sur de bandes originales de films, il donne peu de signe d’un nouvel album solo. On se lasse à attendre, pensant que ce phœnix n’a de légende que le nom.
En ce début 2014 pourtant il semble bien renaître de ces cendres avec l’album « True » (Sony/Epic), un hommage au « naked blues » un retour à l’essentiel. La musique bien qu’épurée est le résultat d’un travail minutieux, quasi d’orfèvre. Comme cet opus a un titre prometteur laissant présager des révélations, il fallait en connaitre le mystère, tous les mystères. Aller à la rencontre du sauvage animal et découvrir que le Tigerman travaille actuellement à la réalisation d’un long métrage dans les hôpitaux psychiatriques de Lisbonne… Un film sans musique !

Qui étiez-vous avant devenir The Legendary Tigerman ?

Personne vraiment… J’étais déjà un musicien. Je jouais du rock, je profitais de la vie férocement ! En fait, je n’étais pas si différent, je suppose.

Vous êtes bien entouré sur vos albums, depuis « Femina », de chanteuses notamment avec Rita Redshoes. Un album solo, c’était un besoin ?

Oui, après « Femina », j’ai fait plusieurs bandes originales avec Rita, des apparitions, des duos avec beaucoup d’artistes comme Maria de Meideros ou Misia (Fado). Et tout ça c’était vraiment cool. Mais ma musique avait jusque là, toujours été mélangée, métissée aux concepts des autres. Et moi j’avais besoin de retrouver ma voie à nouveau, il m’a fallu du temps, seul, pour savoir dans quelle direction je devais aller. Musicalement bien sûr.

Depuis 2009 vous n’aviez pas fait d’album, mais vous avez travaillé à la musique, au cinéma. Comment en êtes-vous venu à expérimenter les musiques de film ?

J’ai simplement eu de la chance. Un jour on m’a proposé de composer la musique de Tebas, le premier film de Rodrigos Areias. J’avais bien composé quelques morceaux pour le théâtre auparavant, mais cette opportunité a été le vrai changement de rythme dans mes compositions, dans ma musique.
Depuis j’ai composé ces deux BO avec Rita dont l’un est un film d’animation. C’est une facette différente de la musique, elle n’est plus au centre de l’attention, elle rend service à quelque chose de plus grand : un film, une pièce de théâtre. C’est génial de pouvoir collaborer avec la vision de quelqu’un d’autre qu’un musicien, il a un point de vue différent, alors on essaie d’optimiser le tout et de le rendre existant ensemble, au mieux. C’est clairement quelque chose que je veux continuer à faire, de plus en plus. La musique c’est la partie qui est importante dans le film, elle en donne la tessiture, comme dans le film de Jarmusch par exemple, la musique fait le film aussi.

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Vous faites toujours votre musique seule, ou avez-vous eu recours à d’autres musiciens ?

J’ai travaillé avec tellement de gens ! J’adore ça, dès que je sens la fibre artistique et que ça colle alors c’est bon. J’aime les collaborations.

Votre tournée est dense, c’est un période où la création arrive à se faire de la place ?

Parfois… En ce moment je suis au Brésil, par exemple aujourd’hui je vais passer la journée en studio. Il y a plusieurs chansons que j’ai écrit sur la route. Alors j’ai besoin de les mettre sur une bande maintenant, parce que c’est maintenant qu’elles ont du sens. En plus il va y avoir de musiciens brésiliens, ça va être drôle, plein de belles énergies et qui sait : de nouvelles collaborations ! La créativité est en somme partout.

Où pensez-vous être dans 10 ans ?

J’espère bien que j’aurais réalisé moi même deux long métrages ! Et puis trois ou quatre disques aussi. J’espère être en vie et heureux. Enfin… Si c’est possible !

Legendary Tigerman // True // Sony
https://www.facebook.com/thelegendarytigerman

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