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24 janvier 2025

Le Velvet Underground français s’appelait Mumbly, et on n’en savait rien

Ils s’appellent Michaël et Luc et en dépit de leur physiques de doctorants de la Sorbonne, ils n’auraient pas eu à rougir face à Lou et John. Bienvenue dans le monde très éphémère de Mumbly, comète low-fi qui repasse ces jours-ci au dessus de nos têtes grâce à la sortie de précieuses démos retrouvées au fond des tiroirs.

La synchronicité des événements a toujours quelque chose de tragicomique. Et c’est d’ailleurs pour cela que certaines choses restent après avoir été longtemps oubliées. Tiens, prenez l’histoire des Mumbly ; un groupe dont on ne connaissait pas encore l’existence avant-hier.

Formé en région parisienne au début des années 90 alors même que le pays tombe progressivement dans la frénésie grunge, le groupe emmené par Michaël Korchia1 et Luc Barjot lorgne plutôt vers les guitares légères de The Feelies et REM première période. Premier bémol : Mumbly n’est pas aligné sur les jeans déchirés et autres loques qui ont pris le dessus. Rajoutez à cela des looks peu portés sur la rébellion, des diplômes universitaires et un batteur philosophe ; ça fait beaucoup pour aller décrocher les étoiles.
Même époque en France, on fête la reformation du Velvet Underground, de passage à Paris avec une équipe disloquée et à des années-lumière de la grande époque Factory avec fouet de Gérard Malanga et Warhol en manager en jetlag. Eclipsés par l’une de leurs plus grandes influences, les Mumbly sombrent rapidement dans un oubli qu’ils n’ont jamais vraiment quittés hormis pour une poignée d’initiés. Brian Eno disait que le premier album du Velvet s’était difficilement vendu à 500 exemplaires mais que chacun des acheteurs avait formé un groupe. On aimerait en dire autant pour les Mumbly. Mais la foudre tombe rarement deux fois sur la même banane.

Plus de 30 ans après les faits, ce petit miracle remonte aujourd’hui à la surface grâce à la sortie de démos de l’époque 92-93 dans lesquelles on tombe sans retenue. Captés sur un modeste 4 pistes, les chansons de Korchia et Barjot saisissent par leur efficacité et ce son semblable à la rediffusion d’un film en VHS. Une émotion à la fois adolescente et analogique qui contraste sévèrement avec la course à la pureté dans laquelle nombre de leurs contemporains se sont lancés en perdant des dents au passage, et qui permet de se prendre immédiatement d’affection pour ces lointains cousins des Pale Saints et Felt. Le son de basse, la batterie mixée au loin dans la campagne, ce chant sans filtre, cette reprise du Velvet (She’s my best friend), ce parfum de 90’s décoloré qu’on entend sur chaque mesure, les hommages inattendus (Sesame Street sur le génial Ernest) ; tout pousse dans les bras de ce groupe tombé un peu trop vite pour la France.

Auteurs d’un tardif premier album en 1998 signé chez des Allemands (Marsh Marigold) puis d’un EP accouché 15 ans (!) plus tard, les Mumbly ont longtemps patienté comme tant d’autres (on pense ici aux géniaux Américainsde Polyrock) dans la file pour atteindre la postérité. C’est l’un des charmes d’internet : la capacité à redécouvrir des groupes oubliés comme si l’on était le premier à les entendre. On vous souhaite la même émotion en déballant ce papier cadeau aussi fragile et léger que ces chansons indiepop donnant l’impression de tomber à rebours sur un concert pirate du meilleur groupe de votre ancien lycée. Sans le savoir, vous avez peut-être croisé un Lou.

Demos 92-93, sortie le 12 février sur le Bandcamp du groupe.
https://mumbly.bandcamp.com/album/d-mos-92-93

1 Michaël fondera par la suite les groupes Watoo Watoo, Feutre & Vacance.

8 Comments Laisser un commentaire

  1. Le nombre de groupes qu’on a présenté comme les héritiers du Velvet est infini.. Comme d’ailleurs les nouveaux Dylan. Bizarre cette tendance à vouloir à tout prix retrouver quelque chose qui, en raison du talent des intéressés, ne peut qu’être unique. Ici, on à affaire à du sous sous the LOFT

  2. L intérêt ? Finalement de re écouter Les Originaux … peut le plus pertinent de votre part c’est de trouver une copie chinoise du Velvet … un véritable casse tete certainement , mais ca doit exister allez au boulot , on vi le rock par procuration … warff

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