Il est un animal qui, ces dernières années, s'est fait ringardiser par des barbus végétariens. Si son style vestimentaire et son régime alimentaire ne figureront plus jamais en couv' des magazines en papier glacé, il a pourtant offert à la culture anglaise une palanquée de morceaux capables de défendre cet exotique territoire. Cet animal est ce qu'on appelle un lad et, selon la SPA musicale, il est encore possible d'en récupérer sur les bords de route avant les départs en vacances.

Le lad (comprendre un Briton tout ce qu’il y a de plus normal) est évidemment multiple. C’est sûrement le mec qui fait de la gonfle en attendant de se siphonner le crâne de MD le week-end, c’est un fan de ballon rond qui trouve un certain plaisir à insulter son équipe favorite, aussi probablement ce mec édenté qui promène un landau avec des barres de shit plein les poches ; voire, et là c’est carrément certain, un ado qui se réveille un beau matin au milieu d’un champ rempli de Lager.

Bref c’est le visage d’une Angleterre pas née sous les meilleurs tropiques. Mais pour en revenir à nos Britons, la généalogie musicale du lad est assez connue. Des premiers mods à Paul Weller, en passant par une bonne partie de la scène de Manchester jusqu’à The Streets, Arctic Monkeys ou les premiers Metronomy, on voit la lignée. Qu’on résumera à une sous-culture mêlant arrogance, fierté british et loose poétisée.

Évidemment, ce n’est pas ici qu’on vous fera croire à une scène ou à un mouvement qui aurait surgi d’on ne sait quel sous-sol d’Internet. En réalité, le rock anglais, contrairement à son cousin ricain ou australien, carbure au rétro. Il est conservateur, parce qu’il a une Histoire. Et les Anglais, à force de s’emmitoufler dans ces parka, cuirs et autres cabans trop lourds à porter, se sont fait méchamment doubler par presque tout le monde. Revue des troupes lads en quelques groupes qui, derrière ce constat amer, ont encore de bons restes.

The Coral

The Coral a toujours préféré tracer son sillon loin du single qui charte. Pourtant, dieu sait s’il y en a. Difficile d’ailleurs de faire le tour d’une discographie pléthorique. Plus productifs que les Libertines, beaucoup plus doués que toute la scène brit-rock, les Coral n’ont malheureusement jamais obtenu le succès escompté. Conservateurs, faux-branleurs, vrais romantiques, le groupe emmené par Ian Skelly ne collait pas vraiment aux années 2000. Leur retour sur disque, avec ‘Distance Inbetween’, les voit aujourd’hui greffer à leurs orfèvreries pop une carapace psyché. Ça fonctionne quand le groupe bouscule ses balades et se fait drôlement piquer (Miss Fortune, Million Eyes, It’s You). Seulement, ces lads de Liverpool ne sont ni des freaks ni Tame Impala et leur psyché ne s’éloigne jamais très loin d’un songwriting chevillé aux Clarks. Pour le pire (chœurs gluants, soli trainants) cela produit un rock qui sent la couche-culotte. Pour le meilleur, on jugera d’un art loin d’être évanoui en live au Trianon.

Eagulls

Beaucoup plus récent, le cas des Eagulls en provenance de la riante cité de Leeds, continue de marquer des points. En 2014, sur un LP éponyme, ces jeunes keupon ont bâti un précis de bastonnade emporté par la fièvre d’un chant à la Ian Curtis et des refrains catchy où s’effritent accents hardcore et gothique (coucou The Horrors). Et même si leur dernier EP en date enfonce le clou en lorgnant du côté de la scène américaine, les titres échappés de leur prochaine livraison nous ramènent vers l’Angleterre. Une Angleterre plus apaisée qui aurait déterré Robert Smith, Echo & the Bunnymen pour revisiter son spleen abyssal. Difficile d’être catégorique mais l’écoute répétée d’un des singles les plus troublants de 2016 (My Life in Rewind) laisse penser qu’Eagulls a eu raison de rentrer à la maison et de visiter quelques-uns de ses plus beaux fantômes.

Real Lies

Plus loin, derrière l’hydre The Last Shadow Puppet dont on ne parlera pas (tout en espérant qu’il en aura sous le pied), circule ici et là des titres bien échappés du cœur lad. En premier, ceux de Real Lies, combo moins fatigant que Disclosure, qui ravive une certaine idée de la fête comme on la pratiquait à l’époque. Sur un album gorgé d’influences et de substances, ces trois lads sont parvenus à convoquer Underworld, The Specials et la drum’n’bass dans la même éprouvette. Surtout, leur supplément d’âme est à mettre au compte d’un spokenword gorgé de rêves brisés et des sons enfumés du rap anglais. Bref, leur bien nommé Real Life compte des beats pas si stupides ; parfaits pour raver et consoler ces enfants manifestement paumés.

DMA’S

Enfin, ils ne viennent pas d’Angleterre mais c’est tout comme. DMA’S, ce sont trois Australiens qui ne font pas de surf mais trippent plus que de raison sur un groupe dénommé Oasis. Plus rétro britpop tu meurs donc, car ces kangourous à casquettes détiennent cette étrange faculté de lâcher des bombinettes entêtantes. Grâce à des refrains haut perchés et plus que concrets, la sauce prend sur un album (‘Hills End’) qui invite, comme les anciens, à parler de « redoutable efficacité ». Et quand bien même la démarche paraîtra assez indigeste (voire ridicule) à certains, laissons ces garçons se rêver trôner en haut de l’internationale lad. Et pourquoi pas réveiller ce côté I am the Resurrection que l’Angleterre semble, ces dernières années, avoir tristement oublié.

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