Les toujours impeccables Allemands de chez Bureau B publient ces jours-ci « Ambientale », une compilation réunissant une somme de perles méconnues de l’ambient des années 80 à 2000, et parfaite pour faire fuir tous les diggers de la planète bon goût. Raison de plus pour monter dans cet ascenseur qu’on a longtemps cru en panne.
La musique est un(e) ex. C’est parfois l’être qu’on croyait ne plus aimer et qu’on redécouvre parfois sous un nouveau jour. Cela tient parfois à pas grand-chose : une flûte inca digne du générique d’Ushuaïa de Nicolas Hulot, un son de basse fretless hésitant entre le pire des disques de Marcus Miller et le Random Access Memories de Daft Punk ou bien encore cette vicieuse tentation d’hommage aux sous-cultures des pays oubliés sur la carte en réunissant Brian Eno et Jon Hassell dans un studio avec un pipeau et des maracas.
L’ex du jour, c’est la musique ambient des années 1980 à 2000. Une période un peu trop « plus jamais ça » pour que les moins curieux les osent s’y attaquer, mais assez aventureuse pour que le collectionneur Charles Bals tente de réunir la crème d’un genre quasi inexploré jusque-là et délaissant les basses funky au kilomètre de la musique d’illustration sonore pour se plonger dans cette époque néo-new-age à la fois synthétique et boisé ; un peu comme si une bonne âme avait décidé d’enfoncer un hectare de gazon dans le gosier d’Eric Serra.

En délimitant son travail à la période 1983 – 2000, Charles Bals livre avec Ambientale un résultat prodigieux consistant à découvrir les soldats inconnus d’une guerre qui n’a jamais eu lieu. On pense notamment au Japonais Akira Mitake, présent trois fois sur la compilation et qui parvient à enfouir bien profond toutes les erreurs musicales de bistrot lounge (Hotel Costes, Café del Mar, etc), quitte à prophétiser le son lynchien des années Twin Peaks, à cheval entre VHS et forêts digitales. Comme certaines parties honteuses du corps, évidemment, la frontière entre bon et mauvais goût est parfois mince. Ce qui rend précisément Ambientale si savoureux en ces longues soirées de lost weekends, et permet de remettre un pied sur un étage qu’on n’osait plus visiter depuis si longtemps.
Charles Boals explique : « Au fil des années, j’ai collectionné toutes sortes de disques, et parfois, quand on prend du recul, on voit des fils invisibles qui les relient. C’est ce qu’est Ambientale : des échos d’un endroit que l’on croit presque se souvenir. J’ai aussi voulu créer quelque chose qui pourrait flotter dans un film comme Le Grand Bleu ou un néo-fantasy asiatique du début des années 90, quelque chose entre l’océan et l’éther ».
Ainsi donc, cette ex qu’est la musique d’ascenseur de 1985 parvient quarante ans plus tard à nous surprendre, et il n’est pas dit que cette petite somme de musiques vaporeuses soit exclusivement réservée à celles et ceux ayant grandi avec le générique d’Un flic dans la mafia. A la frontière entre jazzy et creepy-chic, Ambientale c’est aussi l’occasion de découvrir des ex avec qui, en fait, nous n’avions jamais couché. Il y a le mystérieux Peaceful Traffic des Français de Private Joke qui aurait parfaitement eu sa place sur cette autre compilation des cinglés de Transversales, ou encore le très John Carpenter Heart Beat de l’Italien Luigi Ceccarelli. A chaque fois, le même piège : redécouvrir une pièce mentale de soi-même, réelle ou fantasmée. Parmi tous les délires immobiliers de Karl Lagerfeld, grand collectionneur devant l’éternel, il y eut cette idée du couturier de reconstruire à l’identique sa chambre d’enfant, à l’objet près. Ambientale procure le même effet en moins cher. Comme quoi, la patine du temps qui passe a plutôt bien réussi à votre ex.
Seul bémol de cette compilation réunissant de faux affreux de la musique studio : n’être que partiellement disponible en streaming – la faute à des questions de droits, surement. Il faudra donc se ruer sur la version vinyle pour profiter de cet étrange voyage dans le temps à la recherche de noms disparus des grandes tablettes de la musique instrumentale. « Ce qui rend la musique profonde, immersive et vivante n’a rien à voir avec la catégorie où elle est rangée conclut Charles Boals ; c’est ce qu’elle vous fait ressentir. Certaines musiques se contentent d’exister, de remplir un espace. D’autres musiques créent un espace. C’est là toute la différence ». Les portes de l’ascenseur viennent de s’ouvrir : vous êtes arrivé à destination.
Compilation Ambientale par Bureau B
Pour commander, c’est par là.


the worst bootlegs by richard d james
oops y’a aussi miniatures version japonaise 1981, allez dig!